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D.Gray-Man: Lost Chapter gray man lost chapter
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Not the end, but still...

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MessageSujet: Not the end, but still... Mer 14 Oct - 16:09

La marche du temps est la plus grande machine de l'univers, connaisseuse ni de limite, ni de déroulement ordinaire, linéaire. Elle n'est probablement qu'une succession d’échelons, tenus par plusieurs lignes, à l'image de L’ADN qui nous fis homme, il y a de cela des générations.  Il est celui qui nous sépare de son intemporalité, et nous jette où bon lui semble, en dehors de cette immortelle fatalité.

J'ignore depuis quand les choses sont devenues si évidentes, et pourtant, me paraissant si lointaines. Comment accepter ce fait,lorsqu'il est plus facile d'oublier la douleur, de se blottir dans un réconfort qui, au loin des jours, la fait disparaître, quand son rappel n'est qu'un reflet de ma prochaine agonie. Tous, nous devons périr, mais il est des choses qui doivent demeurer au-dessus des générations, et mon héritage est de ces choses. Il est de ces choses..

Mais au-dehors de cette citadelle, le monde n'est plus que grisaille, et approche sa fin. Comme j'aurai espéré que cela ne se passe sous mon commandement..Les nuages pèsent sur la ville, englobent ses demeures et alourdissent autant le paysage que la faiblesse alourdit mes membres. Mais je demeure, et continuerai mon devoir, car il me fut légué, et mon serment est de la simplicité du memento morii. Jusque la mort.

Mes doigts se crispent sur le carré de soie, aux broderies si légères d'oiseaux d'argent, et aux flambeaux de cuivre. Morgane ignorait sans doute combien son présent m'est utile, et lorsque mon siège accueille mon corps, m'affalant , posant les coudes sur le revêtement de cuir vert du bureau centenaire qui vit passer les illustres membres de ma famille,je le presse de nouveau contre mes lèvres. Ma gorge n'est plus qu'un sentier de douleur qui déverse sa bile et son sang sur le tissus. Sous le rouge à lèvre, la chaire n'est plus que blême, et ma peau même s'est affadie pour revêtir la couleur du ciel froid de l'hiver. Nul encore ne le sait, mais je sens bien qu'il se doute de la vérité.

Mes yeux aux reflets métalliques restent d'infimes instants, noyés sous les brumes de la maladie, luisants, brillants. Ils fixent le cadrans de l'horloge antédiluvienne qui veille silencieusement sur cette pièce atemporelle.
Sur combien de crime a t-elle veillé ? Combien de râle d'agonie, de hurlements de rage, de frustration ..de rire de joie et de larme de tristesse..combien de vies , son impassible visage a t-il pu voir ?  Ainsi, c'est à mon tour d'écrire mon testament, les derniers mots que je prononcerai d'une voix qui sera imaginée, peut-être dans dix ans. Peut-être dans six mois..
Et d'une écriture travaillée à l'encre noire, je commence par ce prénom sur le papier de Bohème. Maxwell.

J'ai peur, Max. Peur que ton visage à toi ne puisse garder cette force paisible dont nous allons tant avoir besoin dans les jours à venir. Tu es notre gardien, et je ne suis qu'une porteuse de lumière, qui passera, le jour venu, le flambeaux à un autre être que tu devras protéger, et sur qui tes mains veillerons comme elles le font aujourd'hui pour moi. La mort ne m’effraie pas, car j'ai droit au repos qui s'en découle, et à ce qui demeure derrière son voile. Mais le néant qui s'offre à toi, est ma plus obscure terreur. Je me sais cruelle de t'adresser ces mots, mais lorsque tu les liras, j'ose espérer ne plus être là pour croiser ton regard qui, je m'en doute déjà ,brûlera d'une colère née de tison de tristesse. Alors promet moi, de ta plus vive voix, que tu ne cherchera pas à me suivre, et que plus que tout, tu veilleras sur cet Ordre jusque la fin. Fais cela en mémoire de moi.

Rochelle.


Je ne peux me relire, car je me sais incapable d'écrire les sentiments qui m'envahissent alors, plus efficacement que ce sentiment d'abandon de ma propre part. La pulpe de mes doigts effleurent les lettres mates, l'encre sèche, et replient finalement la feuille épaisse à l'odeur de plomb.

   Mon esprit paraît si clair, à présent..Il est étrange combien la lucidité étreint notre âme lorsque la fin soulève doucement les voiles qui l'habillent. Je ferme les yeux, profite du silence étouffé de la pièce , avant de me laisser sombrer dans cet état de conscience si floue que mon corps m'oblige à subir. Ma joue se presse sur ce bureau,et mes paupières obscures me plongent dans les souvenirs les plus doux que son odeur m'inspire..ramenant, vivace..celle qui se dégage de toi..
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MessageSujet: Re: Not the end, but still... Mer 14 Oct - 18:28

Lorsque le temps relâche son emprise, que les furieux engrenages qui corrompent les corps et avilissent les cœurs cessent brusquement de tourner, dévorés par la rouille, que reste t-il, si ce n'est un long chemin à parcourir dans la solitude la plus totale, la compagnie la plus abstraite, entouré de milliers de gens aux visages ombragés, silhouettes vacillantes comme la flamme d'une bougie dont un simple souffle suffit à dissiper l'existence dans un nuage de cendres et de fumée ?

Rien, le monde se vide un peu plus à chaque fois que le soleil se couche, les visages connus et appréciés, disparaissent, remplacés par ceux de leur descendance, seul le sourire reste le même, masque d'une blancheur éclatante dissimulant le plus atroce des questionnements, celui à qui chaque être de chair et de sang est contraint de se soumettre, ne serait ce qu'une unique fois, dans l'infime seconde qui précède le toucher de la faucheuse.

Comment pouvais je ainsi m'avancer ? Elle ne me concernait pas, je n'étais qu'un spectateur depuis la nuit des temps, observant les civilisations connaître leur grandeur et leur déchéance sans férir, agent de l'ombre au service de la Première, ange de pierre agissant sur Terre jusqu'au moment où le terme de ma mission viendra conclure mon existence, et ensuite …

Ensuite, cela m'importait peu. Peut être mon existence se terminerait il, peut être n'étais je rien de plus qu'un but personnifié, contraint de traverser l'espace et le temps jusqu'au moment de la Délivrance, peu avant que mon âme ne rejoigne celle de ceux qui n'existent que dans les profondeurs du néant.

Cette obscurité écrasante qui faisait naître des papillons sombres au devant de mes iris lorsque j'y songeais avec trop d'ardeur, celle qui engourdissait mes synapses d'émotions jusqu'alors méconnues lorsque je songeais que si je ne voyais dans cette absence de vie que l’intérêt d'un observateur millénaire, ce n'était que pour moins me projeter dans un avenir, lointain je l’espérais, où elle y plongera à son tour.

Cette pensée m'arracha un frisson incontrôlable, fit frémir mon épiderme d'une telle manière que je ne l'aurais jamais cru possible, naître l'appréhension jusqu'au plus profond de mon cœur, celui que je n'avais jamais senti battre avant qu'elle ne vienne au monde.

Sans que je ne puisse savoir si l'idée de la perdre avait conduit mes pas, je me retrouvais devant sa porte de bois sombre, tremblant d'anxiété sans que je ne puisse décemment en connaître la raison qui m'y incitait. Que risquais je donc à entrer dans le bureau ovale, là où se trouvait mon aimée ?
Et pourquoi diable devais je ainsi signifier ma présence, moi qui avais prit pour habitude d'y entrer sans somation à toute heure du jour, et à toute heure de la nuit, lorsque l'occupante de ses lieux ne trouvait pas le repos nichée au creux de mon torse ?

Qu'importait, mon poing se levait déjà et s’abattit sur la surface polie, fit résonner le coup dans l'ensemble du couloir, sans que la moindre réponse ne se fasse entendre par l’intermède du vasistas.

Alors, ma main trouva la surface métallique du pommeau de la serrure, et enclencha le mécanisme, ouvrant de toute la lenteur du monde ce passage vers l'obscurité.

Ils pourront prier, crier, hurler, pleurer aux pieds de leurs faux dieux.

La première vision qui transcenda mes prunelles lorsque je m'imiscais dans cet interstice me fit me figer quelques secondes, le temps que mes synapses ne me confirment que la scène qui se déroulait sous mes yeux n'était nullement fantasmée, bien loin des illusions qui emplissaient mes pires cauchemars.

Une fraction de seconde, pareille à une éternité lorsque je me retrouvais soudainement à ses côtés, et que mes mains s'accaparèrent ses épaules pour la faire se relever, pour que mes doutes n'en viennent pas à se confirmer, savoir que son palpitant battait encore au même rythme que le mien, et que son souffle caresserait encore mes joues lorsque nos lèvres se joindront, une fois de plus … tant de fois encore.

« Rochelle ? »


Qu'importait alors que je lui doive respect et diligence, le fauteuil fut si habilement repoussé, et le corps de mon aimée soulevé dans les airs, porté par des bras vêtus du plus noir des tissus. Je la portais, telle une enfant, réminiscences de scènes tant de fois vécues par le passé mais qui jamais n'auraient pu augurer le présent. Je la berçais, comme on berce un nouveau né pour qu'enfin il ferme les yeux … A la différence que je souhaitais qu'elle ne s'endorme jamais.

« Rochelle ... »

Inopinément, j'en vins à poser mes yeux sur le papier qu'elle tenait encore lorsque je l'extirpais de son fauteuil, une lettre qui, je le sentais, ne pouvait me concerner … Jusqu'à ce que mes iris cobalt ne devinent mon nom, figé à jamais par l'encre au devant du premier paragraphe.

Et mes yeux dansèrent sur le papier, capturèrent chacune de ces syllabes, chacun de ces mots qui faisaient tant de mal lorsqu'ils étaient ainsi exposées, lorsqu'ils ne laissaient plus place ni au doute ni à l'imagination, et lorsque le point final termina de clouer le cercueil, je serrais un peu plus l'enfant contre moi en me dirigeant à pas mesuré vers son sanctuaire, sa forteresse de solitude, alors que le couperet tomba sur ses dernières présomptions.

« Non. »

Les quelques mètres que je franchis se firent dans le calme le plus complet. Je ne repris la parole qu'à l'instant où les draps enveloppèrent ma dulcinée telle une couverture ethérée qui la protegerait du monde, lorsque mes pupilles d'obsidienne se posèrent sur le corps pâle et fatiguée de celle qui venait de me donner le premier ordre auquel je ne pouvais obéir.

« Je t'interdis de me demander ça, je t'interdis même de seulement y songer, est ce que c'est clair ? »

Mais il ne trouveront que le silence
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MessageSujet: Re: Not the end, but still... Mer 14 Oct - 19:28

J'ai toujours su que ta plus grande douleur serait infligée de ma main. Je pense même l'avoir parfois désiré du plus profond de mon cœur, car..après tout, cela ne signifie t-il pas que je sois la seule à pouvoir te toucher, à pouvoir t'atteindre là ou la pierre perd sa signification physique.. ? Égoïstement, j'ai toujours désiré être la seule à pouvoir te blesser.

C'est un poids si lourd,mais qui à de si belles contreparties..Entendre ta voix murmurer mon nom dans un effort grave, effleurer ton étreinte de tes mains et te sentir à mon échos, vaudra toute les larmes que tu pourras couler sur ma tombe. Mais ce poids si lourd m'empêchera probablement de rejoindre la paix. J'en regrette parfois ces sentiments, et me suis longtemps dis, ma jeunesse passée, qu'il aurait mieux fallut que je tombe d'un pont, plutôt que pour toi.

Emportée dans tes bras, ma faiblesse ne devient qu'un prétexte pour me blottir dans tes bras, toi seul qui me verra ainsi, et la brûlante douleur qui vis en mon sein, ne me fais que me fondre davantage contre ce qui bat dans ta poitrine. Si tu savais combien..
Te rappelles-tu de nos premières étreintes ? La sottise s'emparait toujours de mon esprit lorsque je croisais ton regard, et c'est comme si le monde, notre cause..tout disparaissait sous la lave que tu faisais naître , d'un regard, au creux de mon ventre. Aujourd'hui encore, tu ne cesse de me traiter comme l'enfant qui fut à jamais tienne. Et le demeurera..

Tu me couches, mais sans cet empressement habituel qui prélude de nos jeux devenus adultes, et ta voix aussi ferme que ton regard sur mon corps défraîchis,montre sans tremblement ton refus de la triste réalité. J'ai depuis longtemps perdus mes si belles années, sais-tu..et si je ne suis pas encore une vieille femme, les lèvres du spectre de l'Age caressent déjà mes plus intimes entrailles.
Alors je rouvre les yeux, et mes doigts frêles effleurent ton visage, le guide au plus près de moi, là où mon souffle brûlant s'évapore dans l'atmosphère silencieuse de ma chambre.

Ce n'est pas la fin, quoiqu'il arrive. Ni pour moi, ni pour toi. Simplement un détour, avant que nous ne nous retrouvions. Et nous avons encore du temps pour cheminer ensemble, sans délier nos doigts, et séparer nos paumes.
Je dois te paraître étonnamment fragile en cet instant, et je ne peut que me féliciter d'avoir retardé autant ta découverte,bien que tu vas probablement, me reprocher de t'avoir caché tout cela, demandant depuis quand.. Mais quelle sorte d'importance peuvent bien avoir les réponses à ces questions, contre la promesse que j'avais , de voir tes iris sans inquiétude, et ton sourire paisible qui répondait au mien.

Est-ce la fin de ta sérénité ? Ma peau glisse contre celle de ton faciès tandis que je me redresse, me relève parmi les draps qui portent si fortement ton odeur, me consolant lors de tes absences. Je ne peut que murmurer des pardons , le front contre le tiens, mes doigts se liant contre ta nuque, et de nouveau, le fer envahit ma bouche, teintant mes dents de taches sanguines que j'espère invisibles à tes yeux.

« -...tu sais que tu ne peux refuser...tout comme tu ne peux me l'interdire. C'est ma volonté, dusse t-elle être accomplis dans un siècle, ou demain. Veille sur notre héritage.. »

Dans mes plus sombres rêveries, il m'arrive de t'imaginer errer parmi des tombeaux, et telle la plus triste des ombres, rester auprès de ma dernière demeure, perdu dans les années, impassible aux siècles passant..Les jours passant, les saisons..et toi seul, entouré d'un monde qui s'effondre. C'en est si douloureux, mon amour...Mais comment puis-je te préférer mort et dévoré par ce qui t'es étranger..

Je suis consciente de n'avoir que peu de force, tout comme je le suis de la délicatesse ont tu empreinte tes gestes quand tu me les adresse. Et de ton cou, mes mains s'abaissent à la douceur tendre de ta gorge..à la prise solide de tes épaules, quand je te ramène contre moi. Cela fait si longtemps que ce geste existe entre nous. Toi et moi, couchés l'un contre l'autre, ne formant plus qu'un car liés de nos mains. Je t'avais promis de refaire le monde. Voilà que s'effondre le tiens..

Mes yeux abîmés de ce cuivre que nous chérissons tant ne peuvent voir d'autre joie que celle de ton regard, et j'y cherche l'apaisement que mon contact m'a toujours semblé te procurer, alors que je viens lier mes lèvres à toi, d'un effleurement de battement d'aile, désireuse d'apaiser cette tension qui se devine dans tes traits durcis.. Il ne s'agira que de se retrouver.
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MessageSujet: Re: Not the end, but still... Jeu 29 Oct - 5:52

Le temps d'un simple soupir peut parfois sembler se prolonger à l'infini, une inspiration, quelques décennies, et un clignement d'oeil, sans que vous ne le sachiez, vous plonge dans les profondeurs de votre âme pendant une infime fraction de seconde, à tel point que vous ne pouvez en discerner que le noir absolu, et votre vie qui se dessine entre deux battements de cils. Combien de fois se fermeront ils ? Des millions, des milliards de fois, peut être, avant que le rideau opaque de vos paupières ne se ferment sur le triste spectacle de votre existence ?

Et alors, peut être serez vous taraudé par le regret, peut être vous rendrez vous compte que votre vie n'est pas ce que vous auriez voulu qu'elle soit, qu'en vain vous avez tenté de vous faire paraître pour ce que vous n'avez jamais été dans l’espérance de rendre votre errance terrestre meilleure, au crépuscule, vous verrez que ce court temps qui vous ait imposé, vous l'avez gâché, vous l'avez perdu, et jamais vous ne pourrez le récupérer, jamais vous n'aurez droit à votre seconde chance, il ne restera rien de moins que le néant dans lequel vous vous fondrez jusqu'à ce que, de votre enveloppe charnelle, il ne subsiste qu'ossements, cendres et larmes sèches tombées dans l'oubli.

Ou peut être, sur vos lèvres, se dessinera un dernier sourire, paisible et doux, celui, très rare, qui précède le dernier sommeil. Peut être auriez vous vécu comme vous l'avez toujours voulu, peut être l’achèvement ne pouvait être mieux espéré. Vous attendez vous à revenir arpenter notre monde sous un nouveau visage, ou désirez vous des tréfonds de votre âme effleurer la félicité éternelle ? C'est dans la joie et la sérénité que votre esprit s'immergera dans les abysses, peut on simplement prévoir meilleure fin que celle là ?

Qu'importait, ma chère et tendre, que la faucheuse tende une main salvatrice ou, au contraire, n'agrippe implacablement les poignes des mortels, je refusais de te voir connaître un tel sort.

« Tu me demandes dès à présent de vivre chaque jour en sachant qu'à chaque seconde qui passe tu es un peu plus à même de me quitter ? »

Le sablier s’écoule, grain par grain, inéluctablement, il se gausse de nous voir supplier pour quelques minutes d'accalmie, quelques heures de plus à passer auprès de nos proches, pourtant, lorsqu'il ne reste rien d'autre que le vide, il se saisit de nous et nous emporte, sans même que nous ne puissions faire nos adieux, ainsi est le destin des mortels.

Et jamais il ne m'a autant pesé de ne pas en être un.

J'avais naïvement pensé qu'elle serait toujours là, le regard dur, pourtant doux lorsqu'elle le posait sur moi, les lèvres figées dans une expression sévère, ne souriant que lorsque je levais la main pour caresser sa joue, ses long cheveux flamboyants, si similaires aux miens dans lesquels j'aimais tant faire parcourir mes mains, cette peau claire que je me plaisais à admirer et à y faire glisser mes doigts, cette voix qui me rappelait à l'ordre, trop doucement pour que je ne puisse relever le visage en espérant capter dans ses yeux une lueur de moquerie.

Que nenni

Tu n'as jamais été aussi sérieuse, et, inconsciemment, tu ne m'as jamais autant fait de mal qu'en me faisant miroiter la possibilité que ces quelques instants d'euphories perdues dans les méandres du temps ne soient que mirages prompts à s'effacer au fil des ans, jusqu'à ce qu'il ne reste de toi qu'une pierre terne et froide que je ne pourrais que fixer en maudissant ma créatrice et tes ordres, de ne me permettre de perdre la vie, mais de perdre pourtant ma raison dans le chagrin.

Pourtant il reste tant de temps, mais à présent l’échéance ne m'a jamais paru aussi courte, et je ne peux que porter ma paume à ta pommette comme je l'ai tant de fois fait en captant ton regard, tes lèvres d'un rouge trop sanguin que je caresse lentement du pouce pour y déceler les quelques traces de sang que tu ne peux me cacher. Quels docteurs pouvaient guérir de tels maux ? Certainement pas ceux qui, le front plissé et l'air académique, ne sont que charlatans en blouse blanche et au sourire trompeur, incapables de traiter la plus ténue des toux. Alors les possibilités s'amoindrissent, et le constat reste le même, toujours aussi douloureux : mon amour, que puis je donc faire pour te guérir ?

« Sais tu ce que représente une éternité à porter un deuil, Rochelle? »


A mes yeux tu sembles pourtant similaire à la jeune femme de seize ans qui me portait tant d’intérêt, ton corps réagit au mien de la même manière, et les mots qui traversent la barrière de ta gorge font toujours naître autant de doux sourires sur mes lèvres. Même lorsqu'en cet instant je presse ton corps sur le mien, j'ai l'impression de murmurer les même paroles que lors de nos prémices, elles qui sont pourtant teintées de bien trop de peine à présent, semblent incapables de me faire desserrer mon étreinte lorsque les syllabes déferlent de mes lippes comme autant de notes d'une triste symphonie.

« Je t'aime … Je t'ai promis d'être toujours à tes côtés, pourtant, lorsque cela arrivera, je ne serais pas là. »


Et cela me terrifie.

Tout autant que les gouttes d'eau claire qui s’écoulent le long de mon visage que je voulais pourtant impassible.
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MessageSujet: Re: Not the end, but still... Lun 1 Fév - 19:49

Dès ma naissance, il fut décidé que la solitude serait ma plus tendre amie, et que son étreinte serait la seule que je pourrai connaître. Certes non, l'amour ne m'était interdis, mais lorsque mes prédécesseurs n'avaient le trouble de voir se dessiner une vie de rire d'enfant, et une famille qui permettrait à notre Ordre de continuer à porter le nom des Gry-Joie... L'horizon qui s'est toujours dessiné sous mes yeux est celui d'une ère empuantie de deuil.

Et pourtant, te voilà. Oh mon amour..si tu savais combien mon cœur se désole de la vérité qui,pour la première fois, te saute au visage dans son intense cruauté. Tes mains sont plus douces qu'elles ne le furent jamais, mais elles me font si mal...tes mots même n'ont jamais été aussi doucereusement tranchant, à l'image de l'odeur de la mort, ta voix me serre la gorge avec la fermeté d'un gantelet de velours.

Ta peur est d'une triste mélancolie, de celle qui te condamnera à demeurer, tandis que ce monde changera. Autour de toi, ce ne seront plus les saisons qui défilerons, mais les époques. Tout cela.. tu le sais pourtant mieux que moi, mais tels un enfant, j'ai le sentiment de t'arracher le repère qui t'attachais à notre monde, celui dont tu n'as jamais désiré faire partie.

Hormis aujourd'hui..

Contre ton corps, le mien se détend, les muscles se relâchent doucement,. Acceptant enfin ma faiblesse, je la laisse m'étreindre sous le couvert de tes bras, et mes doigts , aux bagues un peu grandes, se glissent dans les mèches cuivrés comme si là est leur place. Tu ne changera donc jamais.. Depuis mes plus belles années, je te désire. Ce ne fut jamais ton corps qui attira le premier mon regard, mais tes yeux. Toujours sérieux, plongés dans leur objectif et peu à peu... Peu à peu, ils sont devenus si beaux..

Sais-tu, dès mes premiers jours, mes yeux n'ont pu être tourné que vers toi, qu'il s'agisse de mes premiers apprentissages dans ce sombre univers, à mes premières obligations mondaines. Il n'étaient que tes bras pour me combler, dès lors que j’eus su marcher. A me retenir comme ils le font , me retenant de la chute dans ce précipice qui m'avalera, lorsque la fatigue l'emportera, et que mon amour pour toi, ne suffira plus à faire battre ce cœur par forçat.

Ta voix est si rauque, mon amour. Se dessinent sur tes traits les émois les plus tranchants de cette nature humaine,ces limbes qui accompagnent la perte, la colère et la souffrance. Notre existence est maudite, de pair avec ce siècle, et tant celui-ci s'enfonce dans les ténèbres, tant nos pas se dissolvent dans l'obscurité. Oui, je te demande de vivre. Vivre les minutes qui me restent en les rendant plus brillantes encore, afin qu'une fois éteintes, leurs lumières continuent d'éclairer ton chemin.

Lorsque j'écoute tes mots, je revois ces instants passés en ta compagnie, et alors je réalise. Ma vie est sur la pente du versant, et je me laisse lentement glisser au-delà des falaises blanches. Et tu ne pourras m'y suivre, bloqué pour l'éternité dans cette noirceur sauvage du monde des hommes. Tes yeux n'ont que plus d'éclat, ravivé par les flammes salés de tes larmes, dégoulinantes pour la première fois, brûlantes comme des embruns, un tonnerre d'émotion submergeant ton corps , à cause de la faiblesse du mien..Oh, mon amour, je regrette parfois tant de ne t'avoir croisé qu'ici..Mais sous tes mots déchirés, ta peine scinde mes lèvres en un sourire, et mes mains caressent ces pleurs si beaux, te ramenant à moi pour te dissimuler de cette terre si laide d'où jamais tu n'aurais du surgir en de tels desseins.

« ...Ainsi est ce qui doit être, Max...mais si tu dois porter mon deuil pour l'éternité, sache que mon amour te suivra dans chacun de tes pas. Et à mon tour, je serais toujours avec toi. »

Scelle-je ainsi cette promesse, en scellant mes lèvres contre les tiennes, emprisonnant mon souffle et mon âme contre ta peau à jamais immuable, dans cette enveloppe fragile de force brute .Je me suis toujours demandé si tu étais si immortel qu'il le semblait, et si tel est vrai..qu'as-tu donc fais pour mériter telle malédiction..
Mon cœur se serre , mes doigts se glissent sur ton crâne et te ramène en mon sein. Mon tendre ami...il est si facile de fermer les yeux , une fois toutes bougies éteintes..mais la plus infime des lueurs peut éclairer l'horizon..
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MessageSujet: Re: Not the end, but still... Mer 17 Aoû - 17:50

Le temps passe, il file comme l'ombre, inexorablement. Le son de la trotteuse me semble soudainement assourdissant, le rythme régulier de l'horloge ne m'a jamais encore paru si oppressant, et la vision des aiguilles qui, inlassablement, accomplissent et répètent le cycle primordial sur un disque de pierre, semble à même d'extirper les racines de ma raison, du plus profond de mon être.

Sa peau trop douce, trop pale, semblait glisser sous mes doigts, mes phalanges parcouraient cette enveloppe charnelle, celle la même que j'avais tant désiré dès ses premiers regards brûlants, dès ses premiers gestes tendres, dès ses premiers mots aimants, que j'avais tant de fois enjôlé, tant de fois étreint, tant de fois possédé.
Elle paraissait désormais si éthérée, translucide, tel un mirage, un doux songe, l'un de ceux dont je ne pourrais plus jamais me passer, dont l'absence, l'abandon, me plongerait dans les méandres de la démence, de ma propre solitude. Alors j'enveloppais son dos de mes bras, l’enlaça, comme nous nous sommes enlacés par le passé, pour ne pas la voir partir,  pour l'empêcher de disparaître

« Jamais. »

Mes paumes effleuraient le fin tissu qui couvrait une chair brûlante que je rêvais de sentir se presser contre la mienne, traversaient cette barrière de soie jusqu'à atteindre les épaules de ma chère, de ma tendre dirigeante, soutenant mon visage lorsqu'il quitta son appui pour se tourner vers les yeux aux cercles mordorés, luisant de tristesse, vibrant de dépit, mais brillant d'amour.

J'effaçais l'image d'un mouchoir ensanglanté de mon esprit, de ces moments ou sa température semblait grimper, que la fièvre la prenait. J'oubliais sa fatigue omniprésente qui l'accaparait par trop souvent et ses cernes qui soulignaient ces orbes où je rêvais de me noyer. Rien, plus rien n'existait, seul le souffle de la dirigeante, se brisant contre mes lèvres, animait le mien.

« Que quoi qu'il puisse advenir, nous ne serons jamais séparés, Rochelle. »

Ma voix ne vacillait plus,  ne tremblait plus, elle devenait sûre, claire, malgré la larme qui ne cessait de sillonner ma joue jusqu'à disparaître dans le creux de ma mâchoire. J'avais souvenir de ces iris lorsqu'ils n'avaient encore prit la teinte du cuivre, lorsqu'ils se posaient sur moi, lorsque je pouvais lire les milliers d'émotions qui, part moment, illuminaient ses prunelles et son merveilleux visage. L'amour, la peine, la tristesse, la joie ... le désir.

Les avais je seulement ressenti auparavant, avant de croiser ta route, Belle de Gry-Joie ?

L'amour, je ne pouvais alors le comprendre, l’appréhender, mon cœur était fait de pierre, trop froid, trop sombre, impossible à fendre, pire encore à atteindre. La peine, la tristesse, je ne pouvais que m'y accoutumer, voir des êtres que j'ai aidé à grandir, vieillir, puis mourir, se joindre a la poussière, puis, sous une bourrasque, disparaître à jamais. Peut être un jour, me disais je,  ne pourras  tu supporter de me voir rester éternel, lorsque les ans reprenaient doucement leur droit, peut être me chasseras tu, loin de toi, loin de la vue de ton corps que je cesserais jamais de trouver splendide, que je ne pourrais jamais cesser d'aimer.

« Crois moi, lorsque je dis que nous sommes lié par une force plus forte que la Mort, que jamais cette dernière  ne pourra nous empêcher de traverser les âges ensemble. »

Le mot était dit, et ce qui en découlait n'était ni des paroles en l'air, ni des promesses que je ne comptais tenir, mais un fait indiscutable sur lequel il n'y aurait eu nul intérêt à palabrer. Rochelle vivra, son temps n'était , - ne devait pas être – encore venu. Il fallait qu'elle vive, quelques années, quelques décennies, si je puis y parvenir, quelques siècles de plus. Sa main dans la mienne, nos doigts entrelacés ensemble, comme la toute première fois, je lui fis cette promesse muette, celle de tout faire, tout ce qui pouvait m'être possible, pour préserver sa douce existence.

Et si elle ne devait vivre, immortelle, telle que moi, alors, ma tache accomplie, je la rejoindrais dans l'autre monde, j'en fis le serment lorsque mes mains ouvertes glissèrent de sa nuque pour dénuder ses épaules.

« Laisse moi te faire mienne, laisse moi te le prouver. »

Je l'attirais vers moi, et à mesure que nos doigts se liaient de nouveau, que sa longue robe glissa le long de ses bras sous l'impulsion de mes ongles, et que nos regards s’enfiévraient, mille réminiscences d'un lointain passé vinrent fleurir dans mon esprit.

Fierté, lors de ses premiers pas, joie lorsqu'elle se dirigeait vers moi en place de ses géniteurs, troubles lorsqu'elle se mit à grandir, félicité lorsqu'elle m'avoua son amour, jalousie lorsque les demandes d'union et de mariage affluèrent, euphorie lorsqu'elle me présenta aux yeux du monde comme sien

Tous ces souvenirs se fondaient en un maelström que je fis taire en pressant mes lèvres contre les siennes, une fois de plus, sans jamais que la passion ne s'atténue, sans jamais que le moindre baiser ne perde sa valeur.

« Te souviens tu des premiers mots que tu m'as dit, au crépuscule de l'adolescence ? »
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