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« Un One Shot » - Ordre et chaos

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MessageSujet: « Un One Shot » - Ordre et chaos Lun 1 Aoû - 18:06

Un One-ShotOrdre et Chaos  
Bonjour bonsoir à tous !

Le staff de Lost Chapter et moi-même sommes ravis de relancer les One-Shot.

Le principe est très simple. Partant d'un sujet donné par les membres de l'équipe, vous aurez la possibilité d'écrire un One Shot (c'est à dire une histoire/post rp d'un seul chapitre), en dehors de la trame principale du forum, et donc, sans que cela n'impacte votre personnage d'une quelconque manière que ce soit.

Libre à vous de vous permettre toutes les fantaisies sans limite de mots, et sous la forme que vous préférez (ce qui inclue les poèmes, pour les plus romantiques).

Et qui sait ? Peut être que celui qui mettra le plus de cœur à l'ouvrage obtiendra une petite récompense !

Le sujet est :

"Ordre et chaos"

Il vous suffira de poster votre réponse à la suite de ce sujet.

Bon courage à tous et à toutes, et, surtout, amusez-vous bien (c'est le but) ~
 
(c) Reever Wenhamm pour DGM: Lost Chapter  
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Peanut Butter Jelly Time
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MessageSujet: Re: « Un One Shot » - Ordre et chaos Sam 13 Aoû - 11:15

OneShot
Ordre et Chaos
OneShot d'août
ft. Diane
Ʃkaemp はは ™

Les pieds fixés dans l'abîme et le regard mobile tourné vers l'éther, terres et cieux s'alourdissaient d'oppositions dans le crépuscule sanglant, un soleil rougissant comme un caillot, choyant comme le taffetas d'un rideau épais. Pénombre grouillante et lueur alanguie luttaient dans ce tranchant clair-obscur dont l'inéluctabilité dépeçait toutes les certitudes. Bientôt l'orbe stellaire évanouirait son éclat vers des contrées intangibles, un espoir pour d’autres, tandis que le cercle de mes pupilles s'élargirait, noir. Deux lunes nouvelles déchues de leur céleste nocturne pour contempler d'autres ténèbres suintantes. Point une pluie de pétrole des nuages d'un plafond goudron mais les vrais abysses , ceux de la nature humaine. Ceux que l'hémoglobine, miasme aussi souillé et empestant qu'une essence inflammable.

Ma lippe congestionnée déchirait son ruban carmin, minces filins à dérouler de ténus crins ensanglantés dans le creux de ma nuque fraîche, blanche comme de la céramique, épiderme de porcelaine écaillé par l'usure, sale d'argile et de rouille mésalliée.

Le chaos de cette nuit était reposant.

Ô Morphée, berce moi dans ce Styx et fond les fers de cette vie en oboles.

Étendue à l'ombre d'un orme, je toisais les derniers figurants de cette pièce assujettis dans leur ultime révérence. Dos inclinés ou contorsionnés, leur sommeil était imperturbable, leur faciès appesanti d'une douceur envieuse.

Le chaos de cette nuit était silencieux.

Leurs corps s'alignaient dans la ronde d'un carrousel sans notes. Tourniquet mortuaire. Les vertiges de la danse macabre s'infusaient dans leurs grandes faces livides.  

Le chaos de cette nuit était sublime.

Leurs cadavres s'esthétisaient dans l’opalescence naissante d'un satellite trempé d'acier. Puissant miroir vénéré des songeurs, des poètes mais aussi puissant aimant attractif drainant leurs vies. Abandonnés comme des poupées brisées, l'émail de leur chair rutilait d'une pâleur spectral. Fantôme qu'ils allaient devenir. Feu follet vacillant comme la flambé de ce qu'avait été leur existence : un embrasement.

Le chaos de cette nuit était solitaire.

Je me redressai péniblement des racines où ma carcasse avait chaviré, un caveau d'ermite, la tombe d'une jeune nymphe dont je ne souhaitais point la couche. Si je devais m'endormir, ô ma belle Noëlle, ce serrait en effleurant de ta tiédeur, comme un gosse serein d'une présence maternelle. Tes longs doigts auraient peigné des rêves auréolés d'or. Ton souvenir me confrontait à une véracité redoutée : « Quoi qu'il arrive, on meurt seul. » J'ai jaugé les cadavres, ils riaient sous cape, hargneux d'une équité implacable.

J'allais périr, partir, sortir de cette vie et découvrir si la tienne s'animait encore par cet invisible pourtant palpable dans ce que la raison périssable ne peut concevoir.  

Pris d'un soubresaut impromptu, je toussai des pétales de rose s'impactant en grêle purpurine sur l'herbe spongieuse. Le bouquet incrusté à mon flanc me déchirait d'épines lancinantes m'écorchant les tripes. Et le pistil synaptique se brouillait tandis que les tiges osseuse s'en retournèrent à la poussière dont elles avaient voulu l'évasion. Les pensées se superposaient, s'annihilaient, se restructuraient  dans la boite encéphalique se désagrégeant peu à peu de sa matrice mémorielle. La corolle croissait sur mon diaphragme. Sans un son, sans un cri, je fanais en sourdine telle une belladone que l'on arrache, pétrit.

La fin du monde, du mien, celui de mon corps s'orchestrait en une apocalypse anatomique.

Des ronces câlinaient mes nerfs. Une toxine léchait mes muscles... Puis dans la grande implosion ultime de ce microcosme interne, mon univers s'égara.

J'ai trouvé la lumière dans le chaos de cette nuit.

Les pieds mobiles dans l'éther et le regard fixé dans l'abîme, affranchie, dans son grand globe de verre statique, jamais la Terre n'avait semblé si magnifique.

c'est court-


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Wish You Were Here
Did they get you to trade your heroes for ghosts? Hot ashes for trees? Hot air for a cool breeze? Cold comfort for change? And did you exchange A walk on part in a war for a lead role in a cage? - Pink Floyd © art - N'Hakow
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MessageSujet: Re: « Un One Shot » - Ordre et chaos Ven 19 Aoû - 19:53

Their first time in « Paradise »

Une à une, se déposant..
Une à une venant danser sur mon bureau…
Bien alignées, bien rangées, comme l'on me les apportera, demain, à mon tour, comme lui auparavant….
Bien propres, bien immaculées…
N'attendant plus qu'une signature pour les souiller…
Ça et là des notes…..
Rapport d'expériences à droite, rapport d'exorcistes à gauche….
Papiers urgents devant, papiers moins urgents derrière…
Autour de moi bien alignées des bibliothèques pleines à craquer…
En haut les diverses formulaires…
Demande de mutation, demande de transfert à un secteur, demande de départ, papiers signalant le renvoi…Le tout en exemplaires restreints.
Mon prédécesseur avait apparemment pour coutume de les mettre en haut pour une raison bien précise.
La véritable raison de ce fait est que peu veulent quitter leur place.
Et les Intendants sont des êtres pragmatiques.
C'est connu.

Mais…. En sachant ce que l'on savait de sa fin…...Peut être….
Hors de portée de la main, hors de portée du cœur comme s'il tenait tout particulièrement à garder auprès de lui les siens… Quand on sait comment il a terminé…
« Pathétique. »
La légende urbaine dit qu'il a fini, ici… Allongé sur ce même bureau, un revolver dans une main, une balle en pleine tête…. On raconte aussi que c'est la Scientifique de l'époque qui l'y a trouvé…
Encore saignant, les yeux grand ouverts sur le désespoir qui l'avait emporté…
Et si on y regarde bien sur ce bureau,  on pourrait presque y voir des tâches de sang…
Ou bien est ce de l'encre rouge…..
Je dois divaguer quelque peu.
Ici, tous les drames s'effacent les uns après les autres alors très certainement en changeant le mobilier, un drame de plus a été effacé…..
Si simple.
Heureusement pour la Congrégation, le nouveau propriétaire de ce bureau ne sait pas manier un revolver.
« Pratique.»
Les drames d'antan ne se reproduiront pas ainsi.                                      

Et puis celui-ci n'a aucune famille à prévenir, après la guerre, s'il meurt entre temps. Sa famille est déjà ici. Il n'a plus rien. Plus que sa sœur. Et s'il l'a perd, et meurt après cela ne fera qu'un anonyme de plus dans une tombe.
« Si facile. »
Tout leur ait si aisé…. Pas besoin de chercher des gens, des milliers se pressent volontiers, désireux de travailler pour la sainte Église. Ils arrivent emplis de rêves et d'espoirs, s'imaginant l'Ordre comme un modèle d'humanité….
Et déchantent devant les horreurs de la guerre et ce qu'elle leur fait perpétrer…
Découvrent l'ignominie d'un Ordre qui use jusqu'à la moelle de ses membres…
Découvrent les milliers de morts qui se pressent dans les registres juste en dessous du plus haut étage des bibliothèques…..
Ils sont là, tout près, ils ne quittent jamais ce bureau… Des milliers de noms, de garçons, de filles, d'adultes, d'enfants, d’adolescents, de vieillards,  d'il y a un siècle ou d'il y a quelques jours….
Et dont la plume de l'Intendant se couvre presque chaque semaine d'encre pour rajouter au bout un nom..
Je les ai vu. Je les ai consulté. Après tout à partir de demain, ce sera à mon tour de les remplir.
Remplis à l'encre rouge. Comme leur sang.
Une nouvelle lubie de mon prédécesseur au poste.

Dont le nom suit étrangement un nom qui a le même nom de famille que le sien.
Quand on connaît l'histoire….
Le père qui tue sa fille pour lui éviter la guerre puis se tue à son tour…
Ici même.
Il est mort il y a une semaine.
Que savais-je de lui ?
Pas grand-chose.                                                                                                                                                                                    

Il était mon dirigeant. Je faisais partie de ceux qui lui amenais chaque jour sa dose quotidienne de discipline de papier. Je faisais partie de cette longue liste d'anonymes qui chaque jour venaient mendier une signature au bas d'un document…. Et comme un de ces robots que je construis de temps en temps, il obtempérait…
Intimement parlant… Je ne savais rien.
J'aurai voulu, en apprendre doucement, mais sûrement mais il n'émettait rien.
Ne laissait rien voir.
Mis à part qu'il est mort en se suicidant, et en tuant, comme dans un élan d'humanité revenue par on ne sait quel miracle.

Se soucier de lui ?
En avions-nous ne serait-ce que le temps ?
Voilà ce que la plupart des nôtres répondait à cette question.
Voilà ce que lui même répondait….
Et lui, de toute façon, ne se souciait de nous que si nous nous ne lui amenions pas sa dose de papier.
Et la légende urbaine…
Je la connais bien aussi.
Après tout c'est moi qui suis entré ce jour là, pour mendier une signature qu'au final je n'aurai jamais. Une signature que ce bougre me laissera apposer.
Et pour le symbole, ou par cruelle ironie, ce document à signer est l'un des plus urgents de la pile…
Il sera mon premier.
Le signe de la continuité d'un ordre près établi que je rejoins, ici.
D'un ordre qui a perdu son écrou et qui en appelle un autre pour continuer.
Pour faire en sorte que la machine reprenne son court.
Comme il y a une semaine.
Que tout se remette en ordre parfait et articulé.

Comme les milliers de règles qui occupent tous les autres étages des bibliothèques.
Des milliers et des milliers de règles compilées en milliers de pages toutes tracées d'écritures différentes, se rajoutant au fur et à mesure des temps, par les diverses écritures des Intendants…
Et il y a fort à parier qu'à partir de demain, à mon tour je devrais rajouter des règles dans ses milliers de document….
Mais il y a aussi fort à parier que je ne consulterais pas ses règles.
Je les connais déjà par coeur.
C'est quelque chose qui a étonné assez rapidement mes collègues.
La mémoire que j'avais qui en peu de temps avait mémorisé l'ensemble des règles compliquées de cet endroit.
Trois ans, pour eux, est peu au vu du nombre de règles.
Ils ignorent tout ce qui a été derrière.
Les pleurs, les cris, les horreurs, les nausées, les cheveux que je me tirais, le désespoir, la peur, l'horreur, à me demander si je pourrais tenir le rang pour elle…
Les nuits à tourner en rond, dans ma chambre à me réciter des mots…
Les nuits à hurler parce que le temps filait et que j'en étais toujours au même point….
La volonté de se forger un masque assez fort pour dissimuler toute l'horreur que cela m'inspirait….
Pour enfermer petit à petit l'humain en ma chair…
En pensant qu'ainsi plus jamais je n'aurai de problèmes et que ma position ne me permettrait pas d'abandonner toute humanité…

Mais ici..
Ce que l'on me demande maintenant….
Est de le tuer, n'est ce pas ?
Qu'il meure une fois pour toute..
Je ne peux pas me contenter de l'enfermer en moi…
Mon prédécesseur n'avait pas de conscience, n'est ce pas ?
Il n'était qu'un écrou qui faisait tourner une machine aux formes humaines.
Il ne faisait qu'articuler chaque bras avec le précédent pour que la machine soit effective..
Il n'était que le contre maître qui s'assurait que le travail à la chaîne marche correctement…
Il était celui qui passait avec un tournevis pour resserrer les boulons ça et là…
Errant comme un fantôme au milieu d'autres fantômes…
Qui ne pensaient à rien mis à part les documents…
Faisant hurler leurs pauvres victimes…
Ne se souciant pas du sang qui macule leurs mains et que les Intendants se lèguent en changeant, récupérant les noms des précédents morts et y ajoutant les leurs….
Et qui quand l'humanité l'avait rattrapé avait fui.

Et je me rappelle, cette promesse que je m'étais faite en arrivant ici…
Faire arrêter, au moins au QG Central les expériences humaines…
Mais qu'avais-je pu en tant que chef de la Scientifique ?
Fermer mon cœur et avancer….
Bien en ordre, bien aligné avec les idées que l'on me disait d'avoir…
Pieds et poings liés…
Et je l'avais regardé, lui, là haut…
Il devait être si libre le contremaître….

Au final, il était bien plus enfermé que nous tous ici bas.
On ne lui laissait aucun espace pour respirer.
Papiers, papiers partout, signatures, lectures, réflexions éternelles, commandements, solitude...
Je le sens, là…
Prisonnier au milieu d'une disposition.
D'un vaste système dont je ne suis qu'un écrou qui peut se casser à tout instant et qu'alors on remplacera et qu'on effacera…..
Avec pour seule compagnie un souvenir, une âme qui hante peut être encore ce fauteuil.
Seul, isolé, coupé du monde, enfermé entre quatre murs…
Quatre murs étroits coupés de tous les autres, sans savoir ce qui m'entoure.
Sans connaître les cœurs, ou même les noms des gens.
Sans connaître les rires, les joies, les peines, les liens entre les gens…
Voilà l'avenir qui m'attend.
Un avenir savamment tracé par le fil d'une plume qui dort posée sur ce bureau et d'une encre rouge.
Avec plus de pouvoir que je n'aurai jamais pu en rêver si je l'avais ne serait-ce que désiré…

Car au final pourquoi suis-je ici ?
Pourquoi moi plutôt que Baka Bak ?
Il est intelligent, charismatique, prêt depuis longtemps à endosser ce rôle….
Son clan est réputé et tout le monde le pressentait…
Mais c'était moi qu'on nommait…
Pourquoi ?
Quelles étaient leurs raisons ?
Su je me mettais à leur place…
Plus inhumain que lui, plus apte à rentrer dans le trou laissé…
Bien moins résistant….
Il ne laissera aucune trace de son passage et s'effacera le moment venu….
Il fera ce que l'on lui dit de faire et surtout ne changera rien.
C'est tout ce que l'on peut attendre d'un Intendant.
« C'est une chance » selon Hevla.
Une chance… ?
Pour un être empli d'humanité….
Devenir inhumain… Une chance ?

Une chance ?
Une chance ?
Une chance de continuer un schéma tant de fois esquissé ?
Une chance de noyer son coeur à jamais ?
Devenir comme l'homme qui a vécu ici….
Abandonner tous mes rêves, toutes mes volontés….
Abandonner ma sœur aux affres de la guerre…
Laisser l'humanité des autres vibrer mais ne jamais la ressentir….                                                              
 Perdre son propre coeur pour travailler comme tous les autres. Le pantin de la Congrégation, des inspecteurs, du Vatican.
Le bras armé qui dirige et contrôle…
Le bras armé qui travaille pour la survie de l'humanité…

Mais qui n'a pour arme que ses mots et qui se cache derrière des centaines de personnes et qui trouve normal qu'elle meurent quand lui ne peut rien….
Que commander et les envoyer à la mort….
Qui n'a d'humain que le corps et les besoins.
Seul, perdu à jamais dans ce qu'il croit ne pouvoir bien faire que lui seul.
Alors qu'il est aussi aisément remplaçable que le reste.
Bienvenue dans l'ordre et la fonction inhumaine qui travaille pour l'humanité.
Voilà ce qu'aurait pu marquer mon prédécesseur..
En rajoutant que je finirai par un cynisme à toute épreuve...
Peut être aussi fou…
En n'ayant d'humain que le corps.


Le chemin est tout tracé.
Il m'attend à présent.
Il me murmure avec douceur qu'il m'attend avec impatience, qu'il a hâte de me déchirer comme tous les autres, me rendre étranger à moi-même, me faire cesser d'exister comme je pensais le faire, me faire faire détester de tous les gens qui m'entourent, de tous les gens auquel je m'étais attaché même à distance sans trop révéler de moi-même.
Le chemin est brillant et immaculé. Il est parfait, froid, dénué d'humanité…
Il est droit, tracé, il ne réserve aucune surprise.
Comme aucun des emplacements d'ici.
Il est sûr et emprunté des milliers de fois.
Par tant d'autres avant moi et c'est à mon tour d'embrasser cette cause…
Mais au final pour quelle raison ?
Devenir l'un des leurs…
Continuer un cycle et y mourir à mon tour…
« Une chance »

Ça n'a rien d'une chance….
Ça a tout d'une malédiction….
Une malédiction qui venait m'enfermer…
Me priver du moindre sens en ce monde…
Et que pouvais-je faire ?
Qu'est ce que je pouvais faire ?
Je ne pouvais qu'accepter…

Ou tout détruire et construire mon propre chemin.
Me construire un chemin moins certain mais qui serait mien.
Sans renoncer à rien.
Peut être cela que veut Hevla.
Peut être ce la la chance que je suis.
De pouvoir créer un chemin différent.
Qui me demanderait simplement d'accepter d'être seul à jamais et de porter les croix que tous ont refusé par peur peut être d'entraver trop leurs cœurs.
Qui me ferait hurler le soir, enfermé, qui m'amènerait des moments d'impuissance, des luttes effrénées contre Luberrier, des moments où mes mains seraient liées sans que je ne puisse rien faire…
Qui me demanderait de ne jamais afficher complètement ma véritable nature, qui me demanderait de veiller sur les autres dans l'ombre….
Plutôt que devenir le contremaître de l'inhumanité, devenir le bras armé de l'humanité.
Devenir la munition de l'espoir, de la vie, du ressenti et le répandre partout de manière discrète mais certaine.
Et au milieu de la nuit alentour, je réalisai subitement cette autre possibilité.
Cet autre chemin…
A portée de main.
Et au milieu des symboles d'antan un sourire se dessine sur mes lèvres.
Peut être le premier sincère que ce lieu puisse contempler.

Et tout aussi sincère vint le geste.
Venant écrouler les piles bien dressées, bien alignées, bien droites.
Venant les disperser, se répandre, se mélanger les unes aux autres…
Les règles avec les rapports, les morts avec les vivants, les formulaires avec les rapports d'expériences….
Et l'empire de l'inhumanité s'effondre.
Un à un les documents s'effondrent et leur ordre sacré s'en va.
Un à un les documents se répandent comme le sang dont ils ont parlé et qui ici vient signaler la mort de l'inhumanité.
Et le bureau de bois disparaît sous eux.
Et l'encre s'efface, devenant ce blanc immaculé de feuilles qui n'attendent qu'une signature.
Il n'y a plus que le blanc souillé de l'encre qui sera souillé comme mon propre cœur qui portera chacune des cicatrices que les autres auront refusé de porter.
Et les feuilles apprenant à virevolter au dessus de ma tête et je danse, sans pouvoir m'arrêter, sans vouloir m'arrêter, célébrant la vie que personne ne soupçonnait plus qui revient  et que je rappellerai….

Et le lendemain me trouve assoupi parmi les feuilles libérées.
M'apporte mon lot de commentaires choqués.
Mais ramène par là même la vie sur les visages alentour.
Leu ramène une réaction même minime.
Et la glace fond, légèrement.
Mais c'est déjà suffisant pour un début...
De chaos venant recolorer l'ordre d'autrefois.

Et de l'ordre naquit le chaos.

OoO

Elle me tendait la main…
Elle se voulait ravissante avec sa robe immaculée, ses longs cheveux noirs qui coulaient sur ses épaules et sa couronne de fleurs dans les cheveux. Et elle y réussissait à la perfection.
Et elle avait l'air d'une innocence sans fin, de cet air d'innocence d'enfant qui ne ferait jamais le moindre mal au monde.
Mes yeux ne semblaient pas l'effrayer le moins du monde, au contraire, ils semblaient luire à ses yeux d'une beauté qui m'échappait. A la contempler ainsi, j'avais l'impression d'être normale, et même jolie… Je n'étais plus ce monstre que j'étais au dehors….
A ces yeux j'étais aussi une enfant de ce Dieu qu'elle adorait et qui n'était pas le même que le mien…
A ces yeux dans ce que je lisais j'avais aussi une place dans ce monde qu'elle semblait vouloir me faire contempler….
Il me suffisait d'accepter de la suivre…
Mais mais…
Je n'étais pas  venue pour ça.
Mais pourquoi déjà ?

« Pour détruire, non ? »
Elle me le rappelle avec une étrange gentillesse.
Oui, c'était bel et bien pour ça….
Tel était bien mon but…
Mais mais…
C'était la première fois qu'on me regarde ainsi sans être lié au Comte…
En étant même à son opposé…. C'était la première fois que je ne lisais aucune volonté de me nuire dans un regard.
Pourtant, elle pourrait… Elle devrait le faire mais…
« Pourquoi est ce que je te ferais du mal ? Nous avons le même but non ? »
Je sursautai à ces mots et la regardai.
Le même but ?
« Créer un monde parfait où chacun aura sa place. Et il existe, à présent. Laisse moi t'y mener et prendre ta place parmi nous. »

Et ses yeux dorés se plongèrent dans les miens…
Et le monde bascule.
Et le ciel vira à l’éclat du lever du soleil et côtoyait juste à ses côtés le gris magnétique des tempêtes auquel se mêlaient le noir d'une nuit éclairée de milliers de petites lumières, auquel s'entrelaçait le doré d'une aube naissante auquel se tissait le blanc cotonneux et paresseux d'un jour d'hiver qui s'élançait en ces cieux.
Un méli mélo de tous les cieux de ce monde rassemblés en un lieu….
Et puis sur les hauteurs de collines aux sommets que le ciel dissimulaient, des temples comme l'on en faisait autrefois, de ces immenses temples Mayas aux escaliers infinis….
Au pied de ceux-ci une ville hétéroclite où se mêlaient plusieurs types de constructions différentes….
Pagodes, grand immeubles Haussmaniens, palais comme le Taj Mahal, cases, maisons sur pilotis, maisons dans des arbres, maisons de glaces….
Forêts et plaines, plateaux et vallées, montagnes et mers, déserts et glaces,  partout, autant que le regard peut embrasser….
Et moi au sommet d'une butte à contempler un monde qui n'avait rien de celui que j'avais connu…
Moi que le vent caressait comme chaque être sur cette terre…
Sans que mes yeux ou ma peau grisée de mes pouvoirs ne fut lésée par rapport à un autre…
Le vent était empli d'un parfum méconnaissable et pourtant connu…
Les effluves de lilas auquel se tressaient l'odeur envoûtante et mystique de la verveine, serpentée de douces effluves de poudre dont s'ornent les femmes, agrémentée des notes acidulées des agrumes dont un champs s'étendait en contrebas, piquetée de ça et de là des effluves de fleurs qui deviendront dans un jour prochain des fruits….

Et mon odorat chantait ses informations que je n'avais jamais perçu avant…
Comme si ma malédiction avait cessé, subitement et que La Bête, s'était transformée en La Belle….
Comme si en ouvrant les yeux, j'allais me trouver avec un livre entre les mains dans une sublime bibliothèque remplie jusqu'aux hauteurs de milliers de livres fascinants et qui m’appelleraient dans une danse de mots infinies et en laquelle je me perdrais avec mon Julian à mes côtés….
Et je ris légèrement…
Cela n'avait aucune chance d'arriver, même si je rêvais le plus fort que je pouvais, même si je suppliais le ciel de toutes mes forces….
Et mes mains bleuies en seraient le témoignage éternel, elles que le bleu tenait et enserrait un peu plus chaque jour…. Qui me rongeaient doucement, chaque jour passant où j'appelais à moi ce qui devait me détruire….
« Pas forcément, tu sais..... Ici, tu pourrais abandonner toutes tes chaînes… »
A nouveau sa voix, douce et tendre comme l'air alentour. La voix de ma guide innocente et lumineuse comme un de ces jours d'été….
Qui face à moi saisit mes mains et me les serre gentiment en me souriant avec la plus grande douceur et grande chaleur que l'on puisse donner à un être vivant….
Comme si mes mains n''étaient pas grises et bleues entre les siennes….
Et qu'elles étaient comme les siennes, aussi laiteuses que le jour d'été qu'elle évoquait…

Et puis venue d'ailleurs…
Une douce mélodie comme un souffle de vent vint chantonner dans l'air…
Tremblotante et douce comme le vent d'un de ces jours calmes et tranquille dont on a tous rêvé et qui ont disparu le jour où tous m'avaient été enlevé….
Chaleureuse et tendre comme les bras de Maman qui s'ouvraient pour me recueillir autrefois, doux et délicats comme les bras de Julian quand ils me serraient contre eux, gentille et attentive comme les bras de Papa qui me portait vers des nuées qui ne voulaient pas de moi…
« Pourquoi les nuées ne voudraient pas de toi ? »
Sa question pare son visage d'un délicat air surpris et perdue qui ne la rend que plus adorable encore et me fait sourire attendrie….
Elle est encore si douce, si naïve…. Elle ressemble à ce j'étais avant que les flammes et la fumée ne me prennent tout ce que j'avais….
A ce que je ne suis plus à présent.
« Parce que je ne suis qu'un monstre. »
Ma réponse vint caresser l'air alentour sans chercher à se dissimuler…
A quoi bon ? Dans ce monde de chaos, elle lit en mon coeur aisément….
Me dissimuler ne servira à rien….
-Pas du tout… Tu n'es pas un monstre…. Comment peut-on être un monstre quand on a le coeur aussi pur ?
Sa voix était douce à nouveau alors qu'elle me sourit doucement et accepte l'intégrité de mon être en un sourire qui me fait vaciller et trembler….
Qu'elle continuait de me fixer de ce regard qui ne me jugeait pas et acceptait mon coeur tel qu'il était, qui acceptait mes mains sombres entre les siennes, qui lit en moi, savait ce que je désirais du plus profond de mon âme et me le montrait….
Elle qui devrait pourtant me détester…
Mais est-ce que cela avait t-il la moindre importance, en ce lieu alors qu'elle m'acceptait telle que je étais, qu'elle se montrait douce et tendre avec moi, moi qui suis si infâme pour répandre la mort et la destruction rien qu'en touchant un être comme un Midas infortuné qui changerait ce qu'il touche en ombre et destruction…. ?
Moi qui détruis ses sœurs d'un seul effleurement…
Elle qui tenais mes mains et qui pourtant devrait hurler, souffrir et mourir..
Mais qui me sourit alors que de nos mains liées naissent des milliers de roses, porteuses des couleur de l'arc en ciel…
Le vert de l'espoir, le rouge de la passion, le bleu de l'évasion, le rose de l'amour, le jaune de la joie, le blanc de la pureté….
Et elle qui se dessinait en espoir d'un monde nouveau.
Puis qui me fit tourner, doucement, très doucement comme une valse sous l'air balbutiant qui nous parvenait comme une berceuse.

Et je ne cherche pas à résister.
Je me laisse porter. Je me laisse envahir par le silence alentour et la tranquillité autour.
Rien ni personne ne viendra tuer ce moment et cet endroit. La poudre et la fumée se sont enfuies de cet endroit. Dans cette utopie de couleurs et de sensations, la mort, l'horreur et la guerre n'ont pas leur place. Tous ont fui cet endroit et ne reste que la paix et la tranquillité…
Ici toute chaîne n'en est pas, ne règne que la tranquillité…
Je pourrais fermer les yeux et m'y endormir…
Je pourrais m'y assoupir et rêver à jamais.
Je pourrais oublier jusqu'au commencement de mon existence teintée de tristesse et la récrire dans cette féerie alentour et m'y perdre à jamais.
La raison de ma venue ici me semble déjà si lointaine….
Pourquoi étais-je venue ici, quel était mon but ?
Je ne me souviens plus….
Il ne me reste que ce mot….
Détruire.
Détruire, mais détruire quoi ?
Détruire cette perfection, détruire ce monde ?
Alors qu'il était notre rêve, notre perfection…
Alors que nous avions ce même but, ce même rêve…
Et qu'il était sous mes yeux, chaleureux et tendre comme les bras d'une déesse Mère protégeant ce monde et m'emportant dans son monde de douceur et d'amour, dans ce monde qui n'avait plus rien des ténèbres d'autrefois...

Et mon partenaire de danse me sourit tendrement en retour.
Toujours cette acception, cette douceur,cette tendresse….
Toujours cet amour qui vient charmer mon coeur. Et puis d'un léger tour il m'élance plus loin pour me faire rattraper par une autre, cette fois-ci, aux cheveux dorés comme les prés, à la robe immaculée et au sourire d'ange qui ne semble en rien me juger et qui me fait tournoyer doucement, tendrement dans un hall aux lustres en cristal et où tout scintille d'un éclat doré et raffiné et en lequel s'élance, indistinctement couples de femmes, couples d'hommes, couple des deux, couples d'enfants qui tous rient, sourient se laissent bercer et emporter comme moi même je me laisse porter, rejetée de bras en bras avec une douceur infinie…
Comme si à chaque pas je me changeais de plus en plus…
Là, ma peau reprenait sa couleur immaculée, là mes yeux cessaient de flamboyer de leur éclat doré, là ma peau cessait de bleuir, là mon odorat m'apportait le doux filet de viandes délicieuses que nous mangerions après la danse, là ce que je touchais cessait de se changer en fumée, là, mes vêtements sombres prenaient des incarnations incarnat, là mes vêtements venaient effleurer le sol, las mes vêtements venaient tourbillonner en bouillonnés de dentelles et de plis, là mes cheveux venaient se parer de diadèmes et de roses fraîches alors que je tournoyais sans fin dans un ciel de raffinement.
Et puis il vint comme une fleur me recueillir dans ses bras et me serrer contre lui de toutes ses forces en me murmurant que tout était fini, que notre temps pouvait reprendre, qu'il venait me chercher….
Il me souriait de son sourire intact à celui de mon souvenir avec tout l'amour dont son regard avait toujours débordé à mon égard et me tenait entre ses bras comme il m'avait toujours tenu, comme l'être le plus précieux qu'il avait sur cette terre.
Et doucement avec sa tendresse habituelle il porta ma main à ses lèvres sans quitter mes yeux des siens, comme s'il voulait s'y pendre à tout jamais alors que mes yeux se brouillaient de larmes….

Je voulais me jeter à son cou et le serre de toutes mes forces, lui crier à quel point il m'avait manqué, lui hurler à quel point je l'aimais, lui chuchoter au moins la nuit entière à quel point il était beau et doux, lui chanter toutes les odes et ballades que j'eus pu trouver, lui narrer tout ce que j'avais vécu, lovée contre lui, près de la cheminée, même s'il avait assisté au quart depuis le ciel, aller lui chercher toutes les fleurs du monde pour les déposer à ses pieds, aller chercher cette robe et ce dessin et enfin réaliser mon rêve de le demander en mariage sans me soucier des mots qui viendraient, enfin saisir sa main et me couvrir des voiles de la mariée et de sa robe immaculée pour gagner l'autel et devenir aux yeux de tous sa femme, parader au bras de mon époux, lui chuchoter des plaisanteries et entendre son rire parfait venir orner les murs de la pièce où nous nous tiendrions, l'asticoter pour le voir se défendre et tenter de se protéger, le chatouiller pour le faire rire aux éclats, le faire rougir en lui rappelant de nos tendres souvenirs…
Mais je n'en fis rien.
Je restai immobile, paralysée…
Comme si…
Comme si… Rien n'était réel.
Comme si quelque chose n'allait pas dans cette utopie, comme si quelque chose n'aurait pas du être ici. Comme si quelque chose nuisait à la réalité de ce rêve.
En fait….
Tout sonnait irréel.
Mais pourquoi ?
Julian était face à moi et me souriait comme avant, me tenait la main comme autrefois comme le gentilhomme qu'il avait toujours été.
Tout était comme avant, comme autrefois….

Derrière mon manoir dansait et devant, tout devant celui-ci Maman me souriait de son air le plus heureux qui soit en me tendant les bras, Papa à ses côtés en me souriant tendrement, mes cousines et cousins courant dans les jambes de mes nombreux et nombreuses oncles et tantes me jetant des regards plein de joie d'enfants qui n'avaient pas grandi… Alors que mes oncles et tantes me guettaient avec attention et gentillesse...
Et à leur côté, Diechi qui souriait en tenant enlacée par les épaules Road qui me souriait de son air de grande sœur de la famille Noé et que Dia semblait tenir une ombrelle au dessus de la tête de Road pour la garder d'un soleil d'été, Wisely non loin d'eux me souriant en toute simplicité comme s'il lisait chacun de mes pensées ce qu'il faisait certainement alors qu'à côté Tyki semblait sur le point de mourir d'ennui et semblait m'appeler pour partager une partie de cartes alors qu'à côté de lui Sheryl ne perdait pas des yeux un instant Diechi et Road avec l'air de guetter la moindre faute sans remarquer le tentacule qui, non loin de lui semblait prêt à lui rappeler que ce qu'il vivait avec Road ne regardait que lui…
Alors que Talie en remarquant mon regard me sourit avec la plus grande gentillesse et se hissa sur la pointe de ses talons pour m'adresser de grands signes, alors que Lero inclinait sa tête en signe de respect et que le Comte m'ouvrait ses bras lui-même comme le second père qu'il était…
Mes familles de coeur et de sang unies, qui m'appelaient à leur côté…
Comme toujours, comme autrefois, comme hier, comme aujourd'hui….
Et moi qui restait là la lisière à tenir la main de l'homme que j'aimais et qui ne semblait attendre qu'un mot de moi pour me mener à ce rêve, ce paradis qui s'écrivait sous mes yeux…
Ce paradis irréel….
Parce que tout les gens d'autrefois n'étaient plus.
Parce que tout était « comme avant, comme autrefois. »
Parce que mon seul présent était ma famille de cœur.
Ma vraie famille de cœur qui m'attendait, là bas hors de cet endroit et qui peut être s'inquiétait pour moi alors que je me laissais emprisonner dans un rêve….
Qui somme toute n'était qu'un rêve. Qui n'avait encore rien de concret, qui n'existait pas encore, qui n'avait pour existence que mon propre cœur et mes propres souhaits pour le nourrir.
«Tu te trompes, nous sommes réels ! Ne nous renie pas, je t'en supplie, ne nous tue pas à nouveau… ! »

Il prit mes deux mains blanchies dans les siennes et les serra, me supplia du regard, me demandant de l'épargner, lui et tout ceux qui étaient morts en haut, au-delà du rêve qui s'étendait ici.
Il me les serra fort entre les siennes, m'appelant à l'aide du regard comme jamais Julian ne l'aurait fait, Julian qui aurait préféré mourir que m'appeler à l'aide.
Et derrière Maman me supplia du regard d'une femme qui n'était pas montée sur le bûcher en faisant passer ses enfants pour des ensorcelés et mes cousins et cousines me regardèrent d'un regard empli d'une vie qu'ils n'avaient plus et qu'ils avaient perdu au fil des armes…
Ils me suppliaient et le ciel d’été se changeait doucement en un ciel gris et pluvieux qui embaumait la fumée et l'ombre et qui semblait m'appeler, me supplier de faire quelque chose pour lui, lui qui n'avait jamais eu cure de moi….
Les odeurs mouraient les unes après les autres, m'abandonnant une à une dans une triste agonie, en caressant mon nez comme en me suppliant de les retenir….
Et eux me regardaient d'un air de plus en plus désespérés et m'appelaient d'une voix qui ressemblait de moins en moins à la leur…
Seul Julian gardait sa voix...
Lui qui n'était qu'un songe. Qu'un songe qui dansait sous mes yeux.
Comme ma famille, comme ce ciel, comme ces moments de bonheur qui s'étaient évanouis et qui dansaient ici.
En ce monde de tolérance et d'acception d'autrui.
Ce rêve qui était le mien depuis le début et qui avait dansé devant mes yeux un instant.
Mais qui n'était qu'un rêve.
Et qui comme tout rêve n'appelait qu'à une chose.
L'éveil.

Julian avait été là….
Il m'avait tenu contre lui, m'avait fait danser…
Ma famille avait été là et m'avait souri et appelé….
Tous s'étaient accepté en ce doux monde….
C'était déjà bien assez beau...
Même si tout n'avait été qu'un rêve qui était venu me voir..
Un rêve que j'allais à nouveau tuer, comme il était mort entre mes bras.
Et qui allait mourir, par ma faute, à présent, de mes propres mains…
Parce que en ce monde je n'avais jamais eu qu'une fonction.…
Détruire.
Et un sourire aigre et terni, un sourire de douleur dans ce monde de bonheur qui s'effondrait vint crisper mes lèvres qui avaient réappris à sourire dans ce monde l'espace d'un instant face à un possible qui n'était pas…
Et ma main, douce et câline, presque comme autrefois vient caresser sa joue et contempler le visage de l'homme que j'avais tant aimé, que j'aimerais à jamais alors que mes lèvres laissent s'exhaler nos tendres adieux...
« Pardonne moi, Julian. »

Car rien n'est comme avant et ne le sera jamais…
Et que nues mes mains ont toujours été une arme plutôt que le salut…
Qui venaient détruire le rêve qu'il venait m'offrir, sortant de sa tombe pour quelques instants et que moi, sans pitié je l'y renvoyais.
Et un cri qui avait la voix de l'homme que j'aimais s’éleva…
Comme les cris d'agonie de ma famille qui retrouvaient leurs cris d'agonie et qui venaient se jeter autour de moi me jetant la seule chose que je savais faire et que je faisais à nouveau.
Détruire.
J'aurai voulu me boucher les oreilles, ignorer les cris et l'horreur qui s'élevait.
J'aurai voulu fermer les yeux et ignorer ma peau qui grisait à nouveau, ignorer le bleu qui venait tâcher mes mains à nouveau.
J'aurai voulu ignorer la peau de mon Julian qui bleuissait sous ma joue et son expression d'horreur.

Mais je n'en fis rien.
Je plantais mon regard dans celui de l'homme que j''aimais et que je détruisais même s'il n'était qu'un rêve…
Je plantais mon regard dans mes proches que j'assassinais à mon tour pour revenir dans le seul présent que l'on m'avait donné.
Je les regardais de mon regard devenu doré par les pouvoirs des Noés qui vivaient en moi depuis tout ce temps et qui s'étaient éveillés quand ils avaient disparu.
Je les regardais alors que je leur ôtais la vie à nouveau….
Je leur devais bien ça.
Le regard de leur meurtrière pour suivre l'agonie de la petite pierre verte échouée dans ma main qui avait croisé ma route alors que je ne la cherchais pas, comme si l'innocence elle-même avait décidé de ruiner la seule chose qui m'avait mené ici…
Je lui devais bien ça à cette pierre échouée en ma main qui m'avait offert un peu d'un rêve illusoire….
Et je regardais le rêve chuter, l'empire de l'innocence s'effondrer, son monde de rêve prendre peu à peu la couleur de la mort et de la destruction….
Ce monde de rêve redevenir la cruelle réalité.
Les couleurs qui s'éclipsaient une à une, redevenant le gris d'un ciel en pleurs qui laissait tomber ses larmes sur une terre de malheur rongée par une guerre sans fin qui prenait et vidait la terre de son sang….
Qui envoyait l'un contre les autres de ses enfants pour combattre, l'espoir contre le désespoir….
La lutte éternelle du bien contre le mal comme dirait la Congrégation…

Un sourire amer tordit mes lèvres alors que mon regard vint caresser la surface grise qui s'étendait au dessus de nous, pauvres fleurs mortelles que l'on regardait vivre et mourir puis renaître sans fin, toujours plus nombreuses, dans une nouvelle vie mais avec les mêmes souvenirs amers que nos prédécesseurs et une haine et une colère viscérale contre ce monde….
Une haine et une colère contre le monde si infâme et si noir, une haine contre l'innocence…
Qui au final rêvait comme nous, voulait elle aussi d'un monde parfait…
Qui rêvait d'un monde où chacun se tiendrait aux côtés des autres avec des sourires aux lèvres…
Qui faisaient miroiter des choses d'une beauté sans fin et emmenait avec elle ceux qui lui donnaient la main et la suivait….
Le sourire sur mes lèvres se fit encore plus amer et tordit plus encore mes lèvres alors que je levai ma main grisée fermée sur ce qui était autrefois une innocence vers le ciel comme pour le toucher, l'effleurer, le caresser, emmener avec moi un peu de sa saveur éthérée et comme appelant de ses rêves, offrant mon regard doré au ciel grisé et aux larmes qu'il versait comme s'il pleurait celle qui agonisait dans mon poing fermé….
Ou comme s'il versait à ma place les larmes que j'éprouvais de voir devant mes yeux incarné le rêve qui était aussi mien que celui de l'innocence…
Ou comme s'il versait à ma place les larmes que j'éprouvais en songeant que je venais de tuer mon fiancé de mes propres mains même s'il n'était qu'un rêve…
Mais il était une part même de ce rêve, et il agonisait dans ma main…
Je me devais le libérer, le rendre à ce à quoi il appartenait alors que je restais sur cette terre, à errer sans but, à simplement détruire, en notre nom….
Et mon sourire plus encore amer j'ouvris le poing et laissait la fumée des restes de mon fiancé s'envoler vers le ciel alors que les larmes redoublaient sur mon visage sans que la pluie ne changea de débit…
Allez savoir pourquoi..
Les monstres et les sorcières ça ne pleure pas, enfin….
Mais ce n'était pas possible autrement….
Pourquoi le monde aurait-il pleuré pour moi alors que j'étais son ennemie…
Pathétique…

Et un rire doux, puis qui monta en puissance gagna mes lèvres pour me secouer entièrement….
J'étais si pathétique…. Si pathétique…
J'étais l'ennemie du monde et je me souciais du regard des autres, de leur acception quand je devais tout détruire et tout jeter à terre…..
Quand la destruction était ma seule voie, la seule chose que je devais faire, la seule chose que je savais faire….
Je ne savais que créer le chaos, et détruire tout autour de moi, je ne savais que répandre des larmes autour de moi et de la mort, que libérer la fumée et faire agoniser….
Je ne pouvais que faire plonger dans le désespoir et être moi même une émissaire du désespoir….
Je n'avais vu le jour que pour ça.
Comme tout était amer, comme tout était triste, comme tout était cruel.
Est-ce pour cela que je dois te détester, innocence, pour que je puisse voir uniquement ma noirceur et me tenir face à toi en émissaire ?
Est-ce pour cela que je dois te trouver redoutable, Ô innocence, pour ta capacité à créer un rêve que de mes mains je détruirai en infâme être que je suis et qui me montrera telle que pour toi je suis, un monstre ?
Je n'étais vouée qu'à te détruire n'est ce pas ?
C'était bien ce que mon prince attendait de moi, tout détruire, tout faire plonger dans le chaos ce monde si sombre que tu tentais de protéger tout en rêvant secrètement de le modifier, innocence ?
Je devais tout détruire, n'est ce pas ?
Je ne devais rien laisser, pas même l'espoir  ni aucun rêve…
C'était mon chemin, n'est ce pas…
Celui qui m'attendait, bien tracé, bien droit, prêt…
Le chemin était brillant et immaculé. Il était parfait, froid, dénué d'humanité…
Il était droit, tracé, il ne réservait aucune surprise.
Par tant d'autres avant moi et c'était à mon tour d'embrasser cette cause…
Il m'appelai à lui maintenant en me chuchotant que toutes mes souffrances seraient noyées et qu'un jour je cesserai de pleurer ce que l'on m'avait enlevé et que je ne garderai que le plaisir de tout effondrer de mes mains…

Était-ce le monde tel que tu le rêvais, Julian ?
Voulais-tu le détruire de la sorte, le jeter à terre entièrement sans rien en faire ?
Était-ce ton ambition, ton rêve, ta volonté ?
Devais-je détruire à mon tour, sans rien faire de plus ?
Était-ce la voie que tu voudrais me voir suivre, puisque j'ai les mêmes rêves que cette cruelle innocence ?
Au final, Julian, quel sens a ma destruction ?
Quel sens a t-elle ?
Dis le moi depuis l'enfer où ton âme pure doit croupir, faute aux prétendus anges de ce monde qui n'auront pas su voir ton âme….
Ces mêmes anges qui protègent ce monde infâme, sale et impur et rêvent de le modifier sans jamais rien faire…..
Parle moi Julian…. Parle moi…
Murmure-moi ce que tu voudras, je t'écouterais, je te suivrais, à jamais.
Car c'est pour toi que je me bats.
Car c'est pour toi que je me suis éveillée à la destruction.

Et au milieu de ce monde infâme, je tressaillis.
Pour quoi m'étais-je levée la première fois ?
Parce que mon fiancé agonisait dans mes bras et que l'on voulait me tuer à mon tour….
Pour le venger….
Mais aussi avec l'espoir de donner de moi l'image qu'on attendait…
Et puisque ce monde était imparfait, de le détruire pour mieux le réécrire…
Un monde où Julian et moi pourrions être heureux, un monde où ma famille serait acceptée, un monde où chacun aurait sa place et jamais l'autre ne jugerait….
Un monde tel que celui que tu m'avais montré, petite innocence que je suis sensée haïr.
Un monde dont tu ne faisais que rêver, mais que tu m'avaiss offert, à contempler quelques instants.
Garde donc ta haine pour moi, si tu l'entends.
A présent moi qui t'aurais connu, je ne te verrais que comme une rêveuse idéaliste et naïve qui ne fais rien.
Te haïr innocence ? Au final, c'est bien vain…
Nous avons le même rêve, nous n'avons juste pas les mêmes moyens…
Tu es comme Kant à vouloir modifier en douceur quand je suis pour l’annihilation et la reconstruction…
Nous n'emprunterons juste pas les mêmes voies.
Et si tu m'en empêches, rêveuse idéaliste, je t’annihilerai.
Pour le bien de notre monde.

Un monde que je peux bâtir.
Il me suffisait de tracer ma propre voie.
Elle était bien moins sûre que la destruction pure, bien plus incertaine et plus fragile.
Il y aurait des moments où mes victimes tenteraient de comprendre ma volonté sans y parvenir en me rappelant le monstre que pour eux je resterais, il y aurait des sacrifices que je devrais alors accepter, il y aurait des larmes parce que je conserverais mon humanité et ce que j'ai perdu, mais….
Et le rire s'arrêta sur mes lèvres comme il avait commencé…
Et un sourire naquit sur mes lèvres alors que mon poing se crispait et que me revenait le sens de ma destruction.
Détruire… Pour reconstruire.
Pour purifier.
Pour sauver.
Ce cran que l'innocence n'aurait jamais….

Et je souris de plus belle sous la pluie battante.
Je souris en recevant le désespoir d'un monde qu'un jour nous reconstruirions dans une lumière plus belle que tout ce que l'innocence pouvait offrir.
Bien plus belle, bien plus brillante…
Un monde où Julian et moi serions fiers de marcher ensemble main dans la main sans que personne ne nous arrête et nous juge…
Un monde où chacun marcherait en tenait la main de celui qu'il voudrait sans jamais se faire arrêter….
Un monde que nous serions fiers d'aimer.
Mais il n'était qu'un rêve encore, enfoui au fond de mon cœur et fragile que je devrais veiller et surveiller, que je devrais nourrir et chérir comme le plus précieux enfant du monde.
Comme s'il était ton enfant, né de ta souffrance et ton sacrifice, mon Julian.
Et que j'allais aimer, chérir à la folie avec la plus grande passion du monde  car à la fin…
Peut être qu'il te ramènerait enfin, vers moi.
En attendant mon amour dors bien.
Et sache par ses fleurs que je t'amène….
Ses fleurs que je veux t'amener depuis mon réveil mais que je n'ai pu, devant d'abord souffrir pour renaître….
Que je ne t'oublie pas.

Et du chaos naquit l'ordre.

OoO

Dans un royaume où aucun son ne régnait, où aucune lumière n'éclairait, où aucune couleur n'existait, elles dormaient, membres entrelacés.
Personne ne pouvait les voir, personne jamais ne les voyaient.
On croyait les saisir, sans jamais y arriver.
Elle n'avaient pas de corps, pas d'existence, pas de réalité.
Elles n'étaient que rêves éthérés et alanguis dans les bras l'une de l'autre sans commencement ni fin.
Elle n'étaient que des idées que l'on séparait, à tort, que l'on opposait, comme l'on oppose le bien et le mal et que l'on brandissait en étendards selon son camp.
Pourtant elles ne pouvaient vivre l'une sans l'autre.
Elles se donnaient du sens réciproquement et se chassaient mutuellement.
Elles étaient éternellement mêlées et alternaient dans les cœurs des hommes, se laissant danser, puis chasser réciproquement..
Elles n'étaient pas uniques, elles étaient plurielles.
Elles vivaient de chaque homme, chaque fait, chaque geste.
Elles étaient partout, sur tous les mots, sur toutes les bouches, dans différentes doctrines…
Mais elles n'étaient pas ennemies.
Elle existaient pour donner du sens à l'autre.
Et les humains pouvaient vociférer, crier, se réclamer de l'une ou de l'autre…
Dans leur vie intime, toujours elles alternaient,
et toujours elles dansaient sans même que l'humain ne le sente ou le remarque…
Alors que l'une d'elle, comme une mère prenait doucement sa main….
Pour le guider un temps sur son chemin.

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MessageSujet: Re: « Un One Shot » - Ordre et chaos Mar 30 Aoû - 1:30

Résurgences


L’écho de la pluie sur les carreaux réveilla Morgane de sa torpeur, la redressant sur les draps froissés qu’elle serrait entre ses doigts pâle. L’odeur de l’eau et de la fumée propre à la capitale montèrent jusqu’à ses narines en des relents irritants qui manquèrent de la faire vomir, tordant ses lèvres en une grimace déchirante. Lentement, la courtisane se redressa, laissant l’étoffe criarde glisser le long de son dos dans un froissement de tissu, et frôler les marques du corset ancrées dans sa chair blanche. Ses boucles délavées dévalèrent la courbe de sa colonne vertébrale et cachèrent les cicatrices infamantes qu’elle gardait de sa vie actuelle et passée. Dehors, un éclair zébra le ciel, plongeant le monde dans une image de contrastes en noir et blanc. Sa poigne se resserra, la boule dans sa gorge se fit plus forte. Elle se leva brusquement et se dirigea, nue, vers la chemise de nuit légère qu’elle enfila à la va-vite avant de s’asseoir à son bureau. Les mains tremblantes, elle alluma la lampe à pétrole posée non loin de son secrétaire et observa la flamme lancer sur la pièce un halo ambré. Sa grimace se fit moins crispée, ses paumes calmèrent leurs tremblements, son cœur cessa doucement sa cadence désaccordée pour reprendre le rythme plus calme et serein qui pompait habituellement son sang à chaque souffle.

Dans un soupir, Morgane replaça une mèche rebelle derrière son oreille, ses yeux clairs se posant sur l’amas de lettres laissé en évidence sur le bois du bureau. Elle n’avait pas besoin de les relire pour se rappeler de leur contenu, mais elle ne put s’empêcher de suivre les lignes noires apposées sur le papier jauni, de suivre ces lettres qui amenaient avec elles de l’ordre, un point de repère. Lentement, la courtisane se dilua dans la gradée des serpentaires, enfouissant les peurs qui prenaient la jeune femme à la gorge sous les battements stridents des gouttes d’eau sur les carreaux de sa chambre.

D’un geste, elle saisit sa plume et son encrier, prit une feuille vierge et commença à écrire. Les mots et les liens qu’elle tissait à la lueur de sa lampe dénouèrent lentement les tensions qui habitaient ses épaules. Son esprit se défit des attaches qui la maintenaient à son environnement, ne gardant que l’essentiel : la lettre qu’elle écrivait, les phrases qu’elle choisissait, l’objectif qu’elle visait. Le silence engloba son ouïe, l’odeur particulière du feu chassa celle de la pluie. Ses dents vinrent mordre sa lèvre inférieure lorsque, happée par son travail, elle en venait à butter sur une formulation qui ne lui semblait pas assez recherchée.

Elle ne vit pas le temps passer, le fuyant même en se donnant corps et âme à cette tâche qu’elle exécutait depuis plusieurs heures. Dehors, la pluie n’avait pas cessée, bien au contraire, et frappait bien plus violemment à la fenêtre avec l’aide du vent qui venait de se lever. La concentration de Morgane se laissa peu à peu fendiller par ce vacarme, et finit par exploser lorsqu’un coup de vent plus fort que les autres se mit à hurler à plein poumon dans la ruelle.

La jeune femme se crispa sur sa plume, clignant des yeux. Des tâches d’encre tombèrent sur le papier, brisant l’ordre des lignes, réveillant le chaos qui gisait dans l’esprit de la courtisane.

Ce fut d’abord l’odeur qui revint. Une odeur d’eau de Cologne fort onéreuse mêlée à celles, plus âcres, de l’alcool et de la transpiration. Puis, ce fut le goût d’absinthe qui envahit son palais, suivi de près par les illusions habituelles de se faire violemment agripper au niveau des poignets et des cuisses. Et enfin, elle le revit. Cru. Horrible. Monstrueux. Avec ses yeux de glace, son sourire malsain, ses dents cariées d’ogre, sa peau ridée de vieillard, son expression de damné. Elle revoyait la luxure et la violence qui dansaient dans ses iris gelé. Elle ressentait la force qu’il avait employé pour la plaquée dans le lit. Revivait avec horreur la douleur qui l’avait traversée de part en part.

La chaise tomba au sol dans un fracas épouvantable. Mais elle n’en avait cure. Sa respiration était malaisée, de la transpiration glissait le long de ses tempes et de sa nuque. Vivement, elle se mit à se gratter les poignets, se concentrant sur la sensation de ses ongles raclant la peau. En vain. Des larmes de détresse et de rage coulèrent le long de ses joues alors qu’elle se laissait submerger par ces souvenirs qu’elle ne parvenait pas à effacer, à enfermer. Un hoquet traversa ses lèvres pâlissantes. Elle était pitoyable. Minable. D’un geste furieux, elle envoya valdinguer les lettres et l’encrier sur le sol, se souciant peu de voir l’encre laisser des flaques sombres sur le tapis, assombrissant un peu plus les motifs déjà souillés aux pieds du secrétaire.

Elle n’entendit pas la porte s’ouvrir derrière elle, pas plus qu’elle ne sentit l’odeur familière se disperser dans la pièce. Ce ne fut que lorsque deux bras chauds et tendres vinrent entourer sa taille qu’elle sursauta, troublée, tournant la tête vers un sourire inquiet.

-Hey, Morg’… Ça va aller… Je suis là…

Les doigts qui vinrent essuyer ses larmes étaient plus tannés que les siens et tout autant couverts de cicatrice. Leur chaleur détruisit peu à peu ces foutues réminiscences, et ramena un sourire fragile sur ses lèvres. Le chaos se fit supplanter par l’ordre, l’eau de Cologne et l’alcool disparurent pour laisser place à l’odeur de papier, d’encre et de poudre qui accompagnait Marianne au moindre de ses pas. Dans un soupir, elle posa sa tête contre le cou de son amante. Leurs cheveux se mêlèrent tranquillement alors qu’elles restaient debout au centre de la chambre. Les rayons du soleil matinal percèrent les nuages et chassèrent la pluie avant de se poser sur leur épiderme. Morgane ferma les yeux. Serra les mains de la serpentaire.

- Merci...

Elle la sentit sourire contre elle avant que ses bras ne la fassent légèrement tourner. Leurs lèvres se touchèrent, finissant d’emporter au loin ces cauchemars du passé. La haute gradée se pressa contre la jeune femme, les yeux clos, laissant son monde retrouver un ordre qui n’appartenait qu’à elle seule. Un ordre aussi fragile que l’équilibre de ce monde vacillant. Un ordre qui, elle le savait, éclaterait au moindre contretemps.

Son étreinte se fit plus forte. Ses demandes plus franches. Ce n’était pas le moment de penser à ça, pas maintenant, plus tard oui plus tard elle laisserait cette réalité imprégner sa chair et son cœur. Pour l’instant, elle voulait profiter des caresses de Marianne, de sa voix, de ses gémissements, de l’éclat particulier qui illuminait ses yeux lorsque la jouissance venait la faucher au creux des draps, entre deux coups de langue. La chef de la branche de recherche sourit, remettant une mèche de cheveux derrière l’oreille de Morgane avant de se laisser pousser sur le lit avec un amusement non feint. Elles laissèrent glisser leurs vêtements et s’embrassèrent sous les rayons de l’aube naissante. Et ce fut un ciel limpide qui accueillit l’ordre mélodieux de leur babil d’amantes.
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