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D.Gray-Man: Lost Chapter gray man lost chapter
D.Gray-Man: Lost Chapter D.Gray-Man: Lost Chapter

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États seconds

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MessageSujet: États seconds Dim 25 Sep - 15:26

« L'idéal est un baume puissant qui double la force d'un homme de génie et tue les faibles. »
Stendhal.



Il commençait à se faire tard. Kidd était assis à même le sol, sur les berges florentines, laissant les vagues de l'Arno battre au gré du vent quelques dizaines de centimètres sous ses pieds ballants. Comme à son habitude, il était vêtu d'un ensemble de costume élégant et bien taillé, dont la veste noire s'ouvrait sur une chemise aux motifs de vache. Il avait bien baissé les jambes de son pantalon de manière à cacher sa prothèse gauche, car ici il valait mieux rester un minimum incognito. Mais c'était un peu trop pour Kidd, qui ne pouvait pas s'empêcher de tripoter boulons et écrous et de s'assurer que les articulations étaient bien huilées.
Une fois son petit check-up fait, il sortit une cigarette de la poche de sa veste, qu'il porta à la bouche avant de l'allumer de son briquet doré. Tirant une latte, il leva la tête vers le ciel rougeâtre avant d'expirer lentement. Kidd était un américain tout ce qu'il y a de plus américain, il avait passé son enfance à vivre à la "Tennessee Style", mais il ressentait un surprenant sentiment de nostalgie en se trouvant ici, en plein coeur de Florence. Peut-être était-ce sa vie au sein de l'Ordre qui l'avait rendu un peu plus "européen", mais au fond de lui, l'estropié savait que la raison était autre. Il n'avait connu que son père, qui ne lui avait jamais parlé de la femme qui l'avait mis au monde. Cependant il savait que sa mère était italienne, cela son père avait consenti à lui révéler, et il tirait son deuxième prénom, Livio, de ce petit bout d'Italie qu'il avait dans le sang. Qui était-elle ? Que faisait-elle ?

Il sortit de ses pensées lorsqu'il s'aperçut que sa cigarette était bientôt terminée. Et lorsqu'il se souvint qu'il n'était pas seul.

- Excuse-moi, je… euh, je réfléchissais. À des trucs, ouais voilà, à des trucs.

Se relevant d'un mouvement aussi rapide que maîtrisé, il se passa la main dans les cheveux et projeta son mégot d'une pichenette, l'envoyant se faire dévorer par les eaux de l'Arno. Il fixa Diane, sa partenaire pour cette mission, et sortit un bout de papier de la poche intérieure de sa veste.

- Donc donc donc, si je récapitule bien, ce qui nous intéresse se trouve dans ce vieux manoir derrière nous, et il faut que l'on parvienne à enquêter sans le comte Gaspacc… Gaspé… Gasparutto, décidément, foutus ritals… je disais donc, sans que le comte machin ne comprenne à quoi on est en train de jouer. Facile, non ?

Sur le moment, Kidd se disait que c'était facile, mais il est toujours bon de rappeler que notre combattant à la chemise excentrique était assez imprévisible et surtout, qu'il avait une sacrée tendance à s'écarter du plan prévu pour faire les choses à sa sauce. Le résultat est souvent le même, c'est à dire, un franc succès, mais en général la méthode Kidd passait plus souvent par des dégâts collatéraux. Donc autant dire que ce petit jeu d'espionnage, c'était pas son fort.
Mais il allait falloir jouer le jeu et séduire ce Comte, car plus ils resteraient à papoter avec lui dans manoir, plus ils auraient de temps pour inspecter discrètement et trouver ce qu'ils venaient chercher.
Ce qu'ils venaient chercher, justement, il ignoraient de quoi il s'agissait. Tout ce qu'ils savaient, c'est que leurs informations faisaient état d'une importante source d'énergie provenant de ce manoir. Innocence ? Akuma ? Autre chose encore ? Ils l'ignoraient, mais ils trouveraient. Et pour cela, ils avaient obtenu un rendez-vous avec le maître des lieux, et devraient se faire passer pour deux jeunes représentants d'une banque devant le convaincre de placer ses économies dans leur coffre. Pendant qu'ils papoteraient, ils pourraient tout à fait explorer le domaine et ses secrets.
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MessageSujet: Re: États seconds Dim 13 Nov - 15:42




C'était la première fois que mes pas foulaient le terreau d'une Italie que l'on m'avait conté fertile d'Histoire. Un ersatz de baptême dont je constatais et confrontais les décors de mes observations à mes cognitions. Mes iris s’écorchaient sur le plus subtil relief, le plus minime macro, pour témoigner de l'inédit d'une atmosphère méditerranéenne typique à mes menues connaissances. Je n'avais jamais été clerc et ne me gargariserai probablement dans aucune réalité d’érudition pédante  qui flèche comme Narcisse d'amour égocentrique les orateurs savants de leurs paroles. Qu'importe que mes cellules s'épluchent d'une autre mue ou que les nombreuses zébrures de chairs se ferrent aux miennes, je ne possédais point l'éducation apte à la mémorisation de savoirs denses.  

Le cumul des rares vestiges sélectifs à avoir fendillé mes parois mémorielles résidaient d’expériences actrices concrètes. Ce n'était qu'en m’énamourant passivement du paysage rital que je pris conscience de ce qui illustrait la Florence et de la fissure miroitante aqueuse qui l'a scindé. Eau sur laquelle les pieds de mon pair se prélassaient par mouvement à bascule, sans doute pour s’alanguir temporairement après notre voyage.  

L'Arno se ridait d'ondes caressées par un air mobile. Tandis que mon compagnon dégourdissait ses jambes battantes proches de le surface, je vérifiai encore ma mise. Le reflet de cette eau endormie réverbérait une silhouette basse, taillée dans un costume de jais. Une épaisse masse de tignasse douloureusement démêlée s'étirait dans un cataloguant savamment tressé qu'avaient pris plaisir à nouer les filles de Morganne – ma négligence et méconnaissance du sophistiqué rendait la prouesse une épreuve.

C'est sous des traits illusoirement masculins que j'avais choisi de travestir ma nature, bien que je n'y accordai que peu de féminité d'ordinaire. Pour soutenir notre couverture, celle d'un bonhomme de banquiers, du moins les représentants d'un tel établissement, et en gommer la singularité qu'aurait eu la présence du beau sexe dans un univers renfermé de tout changement. L'émancipation des femmes n'incarnait que fadaises pour les hermétiques de cette égalité qui ne tarderait à poindre.    

Mon arme gisait invisible sous mes pieds, camouflée dans quelque valise simpliste donnant un genre à la profession. L'Ordre – et plus particulièrement l'ingénierie de Lyssandre – avait permis d'ajourner les pièces de mon chassepot pour les alléger et les amasser démantelées dans un étui pour en assourdir la résonance suspicieuse. Ainsi rien ne trahissait l’identité de notre duo imposé.

Je ne connaissais pas Kidd, tout juste par le mérite de ses réussites particulières. Je n'avais jamais eu l’opportunité de le croiser jusqu'alors, aussi, appréciais-je ce préquel ensemble pour parfaire connaissance, en sobriété de dialogues. Hey, j'n'étais pas doué dans les grandes lignes pompeuses d'toute façon. Et je me doutais que partenaire aurait ce débit sophistiqué. Puis y'a pas un type qui a dit un jour que l'on apprenait davantage en autopsiant une âme dans ses silences ?

Kidd s'en excusa d'ailleurs, ce à quoi je mouvai une main sans m'affliger de son absence. Avec toutes les horreurs que la guerre nous infligeait, il était chose courante de se perdre en pensées, et je n'aurais point l'indécence de lui demander où il errait.

Il sortit une feuille de son veston pour en parfaire la lecture : notre objectif principal de mission.

« Cela même ! Ni vu, ni connu – et il le vaut mieux pour nous – rentrer dans sa bicoque et y repérer ce qui cloche. Normalement ça devrait nous sauter à l'oeil. » M'imprégnant de mes mots, je pris note d'ajouter pour décomplexer des dangers probables. « Enfin, bien que ça reste pas impossible, pas au sens premier, nous l'espérons hein ? »

Sur le papier, et a son stade de brouillon, le réel semblait si malléable et palpable. Les difficultés qu'enchevêtraient les lignes de ce plan lisse ne chambardaient pas encore mon esprit trop latent et trop dans l'action pour cet exercice de réflexions. La paire était assurée avec mon partenaire réputé pour ses grands élans de libre arbitre permis.

Nos pas graduèrent en direction de la demeure nantie, longiligne et bien trop fastueuse pour mes rétines coutumières d'un quotidien plus poussiéreux, du vulgaire dans l'ordinaire qui rassemble et réchauffe – ou échauffe -  les liens autour d'un contoire. Une simplicité de vivre aux antipodes de l'imposant manoir et de son dirigeant Gas... Gaski déjà ?

« C'est donc ici le domaine du Comte Gaspacho ? »

Irrécupérable.

Minable.

Mémoire exécrable.

J'étouffai mon ignorance dans une toux simulée autant pour en racler toute la bêtise supputable et le jeu de mots involontairement irrespectueux, échappé par défaillance encéphalique et mutilation de patronyme fortuite que d'une quelconque malveillance mal placée.          

« Je pense qu'il sera préférable de te laisser les présentations pour prévenir tout incident diplomatique. »


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MessageSujet: Re: États seconds Dim 20 Nov - 16:26

Kidd était confiant. Il appréciait l'optimisme de sa partenaire du jour, et était bien content de voir qu'il n'était pas le seul à penser que cette mission allait se dérouler comme sur des roulettes. Réajustant sa cravate, il serra la poignée de sa petite mallette remplie de papiers factices et enjoignit sa camarade à s'approcher du portail pour signaler leur présence. Un gardien, dont le costume tiré à quatre épingles lui donnait une carrure un peu plus imposante que celle qu'il devait avoir en réalité, les interpela.

- Qui va là ?

Merde. Kidd se mordit les lèvres, court instant d'hésitation, signe qu'il avait totalement oublié son nom de couverture. Allez, on improvise.

- Lorenzo Piazzi et ma- mon partenaire, Alessandro Salvetti. Nous sommes les représentants de la Banque florentine, nous avons rendez-vous avec le Comte.

Il jeta un bref coup d'oeil à Diane, avant de lui adresser un hochement de tête discret, pour lui dire que ce seraient là les noms, et la couverture à suivre pour toute la durée de la mission. Il ferma les yeux, mécontent de son trou de mémoire, et eut envie de se claquer pour se dire qu'il fallait se reprendre. Allez, on y retourne.

- Oui, le Comte m'a averti de votre venue. Vous pouvez entrer.

Kidd-Lorenzo adressa un sourire au gardien, et ils franchirent le portail en acier qui s'ouvrait devant eux.
La riche allée d'entrée impressionnait le combattant, de par sa verdure totalement maîtrisée. On pouvait en voir, des décors comme ça à Paris, mais ici… tout semblait encore plus travaillé. Kidd se demandait s'il y avait encore quoi que ce soit de naturel dans ce gigantesque jardin. Les fleurs, les arbustes, les arbres… Tout était géométriquement parfait. Trop strict. L'Américain n'avait qu'une envie, c'était de démolir cet espace si structuré à coups de pieds et de foutre un peu de folie dans tout ça. Mais, clairement, ce n'était pas à l'ordre du jour.
Le gardien les guida jusqu'à la porte d'entrée du manoir, une lourde porte noire en acier, qui s'ouvrit devant eux, leur permettant d'entrer dans la demeure de Gasp… Gast… bref, du Comte, vous l'avez compris.
La luminosité de la pièce principale frappa Kidd. Le hall était richement décoré, et le gigantesque lustre au-dessus d'eux rendait la bâtisse tout à fait blanche. Des statues étaient posées ça et là, encadrant les portes et les escaliers principaux. Même le sol brillait, et aurait presque pu faire culpabiliser Kidd de le fouler de ses chaussures terreuses.
Le Comte était là, et les accueillit en ouvrant grand les bras.

- Bienvenue, mes amis ! Je suis Angelo Gasparutto ! Je vous en prie, faites comme chez vous ! Je vous ai préparé une belle table dans la salle de réception, nous y serons à l'aise pour discuter !

Un je-ne-sais-quoi impossible à identifier fit dresser l'échine de Kidd, qui jeta un coup d'oeil extrêmement rapide à sa partenaire pour vérifier si elle avait eu la même impression. Cet homme était louche. Rien ne le laissait paraître, mais Kidd avait du flair. Ce mec lui inspirait manipulations, traîtrise et fourberie.
Physiquement parlant, le Comte était un grand homme, bien conservé pour sa devinable cinquantaine d'années, aux cheveux plaqués en arrière et un poil grisonnants, vêtu d'un costume serré qui soulignait sa carrure assez athlétique en dépit de son âge avancé. Pas de doute, durant sa vingtaine d'années, cet homme avait du faire chavirer des coeurs. Aujourd'hui aussi, certainement, mais plus pour les mêmes raisons.

- Enchanté, monsieur. Voici mon partenaire, Alessandro, et je m'appelle Lorenzo. Nous ne venons que discuter pour l'instant, il n'y aura pas de précipitations ou de décisions hâtives suite à cette entrevue, je vous rassure tout de suite. Nous tenons à d'abord vous présenter en détail nos offres et notre banque, et échanger avec vous, pour que vous ayez une pleine connaissance de ce que l'on vous propose. Rien de définitif à la suite de ce rendez-vous.

- Vous m'en voyez ravi ! Vous avez l'air bien moins pressés que les représentants des autres banques qui m'ont approché récemment ! Une qualité rare dans ce monde que la patience et la diplomatie !

Le Comte leur indiqua d'un geste de la main la salle où ils allaient débattre, et les deux Serpentaires lui emboîtèrent le pas. Kidd adressa un sourire confiant à Diane. Maintenant, nos deux compères allaient devoir opérer en toute discrétion, sans ruiner leur couverture.
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MessageSujet: Re: États seconds Sam 21 Jan - 13:14




Un élément primaire animait nos crins, s'engouffrant dans la flore capillaire agitée comme une herbe tendre. Un air soufflé dans l'heure palpable de cette mission dans un avenir si saisissable. Nous nous étions parés d'artifices diplomatiques, garrottés dans nos fracs, et c'est un homme d'un apparat analogue qui s'érigea face à nous. Gargouille ou plutôt gorille de ce siège, un trône luxueux et luxuriant d'une fortune exhibitionniste. Une silhouette trompée par la fourberie figurée en amont, Kidd s'était empressé de lui tendre nos identités factices. 

Lorenzon Piazzi et Alessandro Salvetti. D'un regard complice je scellai ce baptême, funérailles de nos patronymes respectifs. Les voyelles neuves n'eurent aucun heurt pour résister à la présence de ce décor rital, un écrin. 

L'Italie et les flatteries françaises s'y mésalliaient dans l'incarnation jardinière du domaine. Symétrie des haies et organisation sophistiquée me dépaysaient d'une nation m'emprisonnant pourtant à ses racines. Mon sol fut toujours de fange et d'asphalte souillé. Cette magnificence de patrie était paradoxalement étrangère, vraisemblablement irritante.

Notre gardien nous échoua sur l'antre de son employeur, une porte de fer forgé d'arabesques sombres et fleurdelisé de motifs caractéristiques. Le portail s'ouvrit et notre homme paru. 

Angelo Gasparutto. 

Le comte nous réceptionna avec sa mondanité de mise dans son univers nobiliaire. Bien mis, il l'était également. Suintant une rigueur tangible malgré le nombre de décennies flétrissantes. Une fraîche jeunesse pouvait se dessiner sur son faciès sous les sillons peu profond d'une pâte d'oie.   

Des suspicions singulières échangées par un jeu d'iris avec Kidd – Lorenzo Piazzi. Nous devront saisir l' évanescence gonflant ce masque de chair de sa fringante ou le ravir des raisons de son épanouissement si le mobile de sa jouissance en justifiait l'éclat. 

Sa face enorgueillit de notre venue glorifiait son rictus, de ce sourire nanti d'amabilités me paraissant décalées – j'y étais si peu coutumière dans l'ordinaire d'une réalité de bonheurs simples. Une visions contrastée de ses habitus dans la poursuite de notre visite. Gasparutto nous guidant dans la salle à manger, je constatai l'implantation de natures mortes figées de visages de femmes fixes, immortalisées à intervalles perfectionnistes sur les parois drapées d'étoffe. Le damier du corridor prolongeait l'indécence de ce faste pour en infuser sa quintessence impactée dans la pièce où nous attendait l'interminable table nappée d'une propreté immaculée. Farandole de céramiques rehaussées par étages. Verres cristallins transparents de pureté. Argenterie blanchie lourde de sa valeur. Le simple de ces cuillers n'aurait su être à la mesure de ma bourse. Cette beauté m'était de fait démesurable, inégale, vomitive.  

Mon vertige s’endigua dans une œillade évocatrice à l'intention de mon pair.

Nous devrions nous immuniser de la théâtrale contemplation pour endormir la confiance de Gasparutto et nous enfoncer dans les strates de cette démesure mystérieuse. 

Le comte aux racines latines nous convia devant ces réjouissances gastronomiques, animées de majordomes en exécutant la danse, aux mouvements orchestrés, d'une précision quasi-symphonique. Une artificialité grotesque dans cette emphase dont le sens s'égarait peu à peu.  

Attablé en bout de table, Gasparutto renchérit la conversation temporairement éteinte : 

« Très biens mes chers « convives », je préfère vous nommer ainsi pour briser les élans trop formels. Même si nous sommes réunis pour une collaboration, cela ne nous empêche point de profiter de ce moment. Parlez-moi de votre employeur, messieurs. Et de vous. Je serai curieux de vous découvrir davantage avant que nous devisions affaires. » Il argumenta son dialogue d'une intonation représentative de sa noblesse. 

J'appréhendais la rétorsion, si peu éduquée et érudite pour maintenir une aisance de verve semblable. Je regardai Kidd pour lui indiquer mon malaise et l'avertir par ce sens pour qu'il me relaye le cas échéant. 

« Mon ami et moi-même venons de la banque, Piazzi&Salvetti. Quant à l'employeur, nous sommes cette entité puisque nous sommes deux associés ayant bâti ce projet ensemble. »

Je me tue pour céder la parole à mon « associé ». La concision était une sûreté pour esquiver tout incident. Restait à trouver l'occasion ou un prétexte de s'en extraire pour explorer le domaine. 



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MessageSujet: Re: États seconds Sam 4 Mar - 13:51

Les trois protagonistes de cette étrange pièce de théâtre avaient pris place autour de la table, table qui catalysait un étrange ballet, justement chorégraphié et mis en scène par les majordomes, cuisiniers, et domestiques qui papillonnaient d'une manière convenue et millimétrée. Kid avait envie d'exploser, de manger comme un porc, de secouer tous ces imbéciles pour leur dire de se comporter en êtres humains libres, sans toutes ces règles et conventions qui détruisaient peu à peu le naturel et leur condition.
Diane avait pris la parole, laissant quelques secondes à l'Américain pour s'imprégner des lieux. Cette pièce était lumineuse, spacieuse, et, pourtant si grande, donnait à l'estropié un sentiment d'oppression. Il y avait autant de place que l'on pouvait en souhaiter dans une salle à manger, et pourtant, même si les apparences étaient "accueillantes", il avait l'impression de ne pouvoir échapper au danger latent de ce manoir.
Sa partenaire lui laissa la parole, et il se racla brièvement la gorge, pour reprendre son accent italien.

- Et ce projet, nous venons le porter jusqu'à vous. Je pense pouvoir dire que notre jeunesse apporte une fraîcheur indéniable à ce milieu de la finance qui a besoin de se renouveler. Notre but, est bien de montrer que les banques n'ont plus besoin d'être dirigées par de vieux pontes, assis sur leurs fortunes et ayant depuis longtemps perdu de vue les intérêts de leurs clients. Nous voulons incarner le nouveau visage de la finance, un visage jeune, et avenant, qui se soucie réellement des affaires d'autrui, au-delà de ses intérêts personnels.

- Tout cela me paraît bien noble, messieurs. Je ne peux que louer une telle volonté. Mais ne vous paraît-elle pas utopique ? Vos clients potentiels, ne pourraient-ils pas s'imaginer que vous leur dépeignez un idéal, un idéal de jeunesse auquel il faudrait se fier sans retenue ?

Le ton du Comte n'était nullement agressif, ni même dubitatif. Il questionnait, tâtonnait. Tant mieux. Pour l'instant ni Diane ni Kidd ne faisait d'erreur, et tant que la conversation resterait courtoise, les occasions de fouiller seraient plus nombreuses et plus aisées à saisir.
Kidd remarqua cependant qu'à l'évocation de l'utopie de la jeunesse, le Comte émit un petit rictus, très léger et à peine perceptible. Complexait-il sur son âge ? Pas de raisons, le Comte était exceptionnellement bien conservé. Craignait-il de vieillir un jour, physiquement et mentalement ? Qui sait, Kidd n'était pas encore capable de penser comme ces riches aristocrates qui pouvaient avoir tout ce qu'ils désiraient en un claquement de doigts.

- Je ne crois pas, monsieur. Nous pensons que rien n'est plus important que la confiance et la transparence, et c'est aussi cela que nous voulons incarner. Nous voulons que les gens aient foi en nous, qu'ils nous fassent confiance au moment d'accepter ou non nos propositions. C'est réellement important pour nous, tant sur le plan pratique car cela facilite la stabilité de nos transactions, que sur le plan humain.

La réponse parut satisfaire le Comte, qui tapa dans ses mains, suite à quoi un majordome s'empressa d'apporter une bouteille de vin bien rouge.

- Goûtez-moi ceci, vous m'en direz des nouvelles !

Kidd sourit. Boire du vin serait la meilleure occasion de prétexter une envie d'utiliser les toilettes, aussi triviale que fût cette excuse.
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MessageSujet: Re: États seconds Dim 12 Mar - 10:09




L'oblongue table trônait d'un espace pompeux dans cette vaste salle saturée de faste. Les richesses rutilaient en abondance forgeant à ces métaux précieux, d'or et d'argent – couleurs bien ternes malgré leur importance – une artificialité obscène. Les Hommes aussi se mésalliaient en rouages mécaniques, en âmes automates à ce vice d'avidité dont s'enorgueillissaient les paumes faméliques. Cette vitrine théâtrale de ce microcosme d'élite blanchissaient mes phalanges insatisfaites, plantait mes ergots dans mes poignes dissimulées sous cette nappe dont l’identification de sa composition aurait suffit à me crisper davantage. L'enfant roturière et va-nu-pieds de ma vie antérieure se débattait in petto, véhément, percutant par écho minimisé son agitation qui trahissait son vibrato rageur.

Parmi ces muscles autonomes, je gardai la maîtrise de ce persona de sourire affable. Mise en scène obligée pour convaincre le suspect de notre supercherie. Des rôles que nous incarnions habilement, fallait-il le constater. Je restai pantoise sous l'éloquence de mon pair. Son discours parût enjôler le comte Gasparutto qui nous porta alors une profonde considération. Un intérêt certes trouble quant à la mention de cet idéal jeunesse. Ferait-il un transfert de cette factice quête financière de renouvellement sur sa personne ? Les nécessités de la classe nobiliaire me semblait d'une figuration alambiquée et si vaine dans l'appréciation des plaisirs sobres de la vie pouvant se cueillir aux moyens autres que ces dépenses vénales.  

Je remerciai d'une brève œillade évocatrice « Lorenzo » sur cette plaidoirie nous sauvant la mise. En bon jeu de mots bancaires, nous pouvions dire que Gasparutto accordait du crédit à notre visite.

Alors que je bifurquai mes iris sur mon assiette, pestant en me questionnant sur la priorité des couvert à utiliser et la déconvenue probable qu’engendrerait une erreur dans le choix de la précieuse paire, le comte me sortit de ma torpeur par la vibration du claquement de ses mains.

Un appel outrageant pour le respect humain qui ne semblait guère primer dans le système des hautes castes puisqu'un majordome parut enserrant une bouteille offerte par le maître des lieux. Un vin sans contestation coûteux et du pays dont les amateurs de cet or pourpre en louangeaient l'arôme – celui de ces terres littorales gorgées de soleil.  

Cet instant non-conventionnel de la rencontre était privilégié pour nous approcher du noble. Proximité facilité depuis que nous en avions gagné la confiance ne fut-elle que professionnelle.

Réajustant le jabot de mon costume d'adonis, je graciai le majordome du verre sanguin qu'il me tendit. Étranglant le pied de cette robe cramoisie, je la fis valser en scrutant son ménisque. Jonglerie aqueuse. Jonglerie moqueuse. De ce simple mimétisme acquit de ces banales observations œnologiques. Le corps du vin se ceignit en trois parures, taillées d'une étoffe équitable dans des fragments cristallins.  

Gasparutto érigea sa coupe avec un rictus obséquieux. «  Et bien, messieurs, trinquons ensemble à notre future alliance. Et notre entente qui, je l'espère, s'étendra loin de ces obligations techniques. »

J'opinai, enjoignant concise sur une rétorsion courtoise. «  Mais assurément, comte. Nous nous réjouissons de votre satisfaction. Elle nous est la plus importante. »

Nos verres s'impactèrent. Je contins les gorgées d'ordinaires plus goulues, de ce raffinement qui ne m'étreignait point, et de cette prise d'alcool si enivrante dans les ébranlements d'une raison grisée. Mes lippes nimbèrent le tissus s'essorant lentement dans les parois anatomiques de mon œsophage, s’infusant dans mon sang lourd, ma tête latente d'une somnolence subite.

Mais ces sensations ne pouvaient être indues que par les premières lichées d'une ivresse à jeun ?

N'est-ce-pas ?



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MessageSujet: Re: États seconds Dim 19 Mar - 0:19

Tchin. Ce tout petit son cristallin, dont la pureté était révélatrice de la qualité du verre, semblait assez en accord avec tout cet environnement de faux-semblants et d'apparence : une fausse note.
Kidd fit légèrement tourner le vin dans sa coupe pour en faire remonter l'odeur et l'inhaler, profitant de ses touches légèrement fruitées. Il sourit et porta le liquide rouge à ses lèvres, pour en boire une mince gorgée. Et force était de constater qu'il n'en avait jamais bu de tel. Tout simplement délicieux. Il jeta un œil à la bouteille, et constata qu'elle venait d'un domaine non loin de Naples, et d'une cuvée réputée pour sa qualité.

- Succulent. Et de manière surprenante, il a un aspect moelleux, pour le moins inhabituel pour du vin rouge. Une excellente bouteille.

Le Comte sourit d'un air fier, visiblement flatté du compliment direct sur son bon goût.

- Je vous en remercie. Il ne m'a pas été facile de la récupérer, celui-ci, mais une fois que je l'ai eu entre les mains, j'ai compris avant même de l'ouvrir qu'il s'agissait d'un très grand cru.

- Vous avez l'œil, pour ce qui est de juger la qualité des choses, Comte. C'est une faculté essentielle, dans la vie.

Gasparutto se contenta de sourire à cette remarque, mais ce rictus semblait à Kidd une preuve évidente qu'il venait de faire jouer la corde sensible. Ce nobliau était bouffi de bonnes manières et de charme, car il était évident qu'il attachait énormément d'importance à ce que les autres pensaient de lui. D'où un tel attrait pour les apparences et le paraître. Ce que Kidd trouvait ridicule. Quelle triste vie que celle où l'on encense la beauté et où l'on ne jure que par elle en négligeant l'authenticité et la sincérité !
Une œillade à sa camarade fit cependant comprendre à l'Américain que le vin l'affectait. Physiquement. Il se maudit de ne pas avoir pensé à l'emmener manger dans une brasserie avant le rendez-vous, car il aurait dû se douter que le Comte leur ferait boire du vin ! Kidd se trouvait bête de ne pas y avoir songé et de ne pas avoir "immunisé" Diane des dégâts de l'alcool en la faisant manger, pour ne pas arriver à jeun ici. Il fallait maintenant trouver une solution.
En général, l'esprit sous l'influence de l'alcool n'est jamais complètement endormi, et cela Kidd le savait depuis longtemps, ayant très souvent vu ses amis ivres morts face à lui, dont la constitution physique l'avait toujours empêché de ne pouvoir être ne serait-ce que pompette. Profitant de cette incapacité à être saoul, il avait pu observer de nombreuses fois que le cerveau humain se recentrait toujours dès qu'un évènement précis se passait à proximité de lui de manière brutale. Il eut alors une idée, stupide, très certainement, qui viendrait par la suite se joindre à la liste de ses idées les plus connes, mais il ne voyait que ça, là tout de suite.

Il devait faire une connerie.
N'importe quoi, tomber de sa chaise, renverser son verre par mégarde, n'importe quoi. Cela permettrait à l'esprit de Diane de se recentrer brièvement, et cela détournerait l'attention du Comte le temps que Diane boive un grand verre d'eau. Et puis Diane n'était pas ivre, elle avait simplement légèrement l'esprit embrumé par ces premières gorgées, ça se dissipe vite.
Si Liv était là, elle dirait : "Kidd, tu es un gros abruti. Tu crois que cela va soudainement rendre ta copine sobre ? Et tu comptes vraiment volontairement provoquer un incident sous les yeux de ton invité ?"
Oui. Putain, oui. C'était d'une stupidité inconcevable, mais c'était du Kidd.

Pense, pense, pense... Que faire... Il ne faut pas que ce soit too much...
Et il donna un coup de poing dans la bouteille qui alla se fracasser contre le mur, sous le regard incrédule du Comte, des trois majordomes qui s'arrêtèrent net de bouger, et de lui-même, qui décidément ne comprenait absolument pas ce qu'il venait de faire. Ses yeux se posèrent sur les débris de bouteille baignant dans une grande flaque pourpre qui souillait le sol immaculé.

- Euh...

Son regard croisa celui de Gasparutto, que la perte de ce grand cru millésimé semblait atteindre personnellement. Et Kidd se rendit vite compte qu'il était vraiment, vraiment, vraiment, un immense abruti.

- Je peux savoir ce qui vous prend ?
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MessageSujet: Re: États seconds Sam 25 Mar - 9:40




Les striures des revers encéphaliques infusaient leur atonie diffuse, sillons spongieux et buvard de chairs abreuvés de la purpurine liqueur narcotique. Célérité pénétrante et absurdement burlesque de cette carence de rigueur qui n'avaient point effleuré les éclats de ma conscience en amont de cet entretien baptisé dans ces vapeurs de vignes vieillies que les conventions versaient. Les nectars onéreux étaient analogues à cette cire mourante sur les épîtres, de paraffine, de sang ou de millésime, les pactes se suturaient de ce coloris unique fardant de sa parure primaire les pigments de cette peinture de vie. Mais dans ce microcosme d'artifices, ce grenat n'était-il point contrefait de cette authenticité minaudée ? Le rictus convenu du Comte intriguait ce mépris refoulé et tabou. S'il ne tenait que de mon engament, j'aurais déstructuré cet écrin si mondain, si hautain.

Volonté rompue présentement par ces méditations nébuleuses savourées en de gorgées minimes, une opprobre de résistance alcoolique, une faiblesse défaillante dont j'étais peu fière. J'écoutais en luttant intérieurement contre cette lenteur engourdissant mes sens, présente dans cette réalité comme en apnée dans une mer contraignante, consciente mais latente de mon interaction au tangible. Des dires que je percevais Gasparutto s'était démené pour se procurer ce trésor aqueux. Sous-entendu que l'argent avait vraisemblablement écourté les peines de cette fouilles. Quel qu'était son montant ces effets délétères restaient siamois à ceux des vins de table, lourds.  

Mes orbes brunes embrumées de torpeur, je scrutai Kidd qui avait interprété mon mal avant même que je ne lui définisse. L'alcool avait cette universalité prévisible. Sans mots, aucun, il comprenait les miens et manœuvrait pour y mettre terme.

De façon incongrue... ?

Je ne serais décrire mon faciès à cet instant précis, mais je figurais qu'il réfléchissait en miroir l'air ahurit du comte nous faisant front. Les brisures de verre se taillaient en dents sombres suintant en un dernier râle les gouttes de ce fluide que nos économies les plus pingres n'auraient suffit à rembourser.

Il fallait trouver une parade. Je devais bien rendre la pareille à mon pair, qu'importe que sa démonstration fut singulière au possible. La solidarité nous sauverait de ce faux pas... Ou de ce volontaire uppercut.

Un rire nerveux point tant joué se répercuta contre la barrière de mes incisives : « Ah, ah. Quel malheureux incident Comte, je suppose que nous avons sous-estimé le tonus de ce vin très goûteux. » Agitant mes paumes, comme pour gommer l'accident pourtant de gré, dans cette gesticulation de courtoisie grossière, mon verre chu en écho vers ce sol si désespérément attractif au grand dam de la logique motrice de mes phalanges, et bientôt, du capital de l'ordre des serpentaires.

Deux taillis coupant jonchaient en silence le parquet sous les yeux d'une assemblée médusée.

« Nous avons prestement besoin de nous aérer, veuillez nous excuser. » Résolvant la situation d'une sortie imposée, je me levai et enjoignis Kidd à me suivre.

Pardon accordé ou non, l'opportunité de nous éclipser une sablée de secondes nous était tendue. Peut-être la meilleure esquive, le temps de laisser à notre noble coquet, le laps réactionnaire de reprendre de ses émotions.


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MessageSujet: Re: États seconds Mar 6 Juin - 23:28

Absurde. Tel était le mot qui convenait le mieux à décrire la situation, risible mais non moins dangereuse, dans laquelle ils se trouvaient. Eclipsés dans le couloir, les deux Serpentaires s’étaient embourbés dans une posture d’invités plus malpolis qu’ils ne le prétendaient, et Kidd espérait que cela ne leur joue pas de mauvais tour. Quel imbécile il était, de détruire ainsi la bouteille fétiche de leur interlocuteur !
Il mit immédiatement sa main à sa bouche pour se retenir de faire du bruit, car en repensant à ce geste stupide, irréfléchi et spontané estampillé Kang, et à la suite que lui avait donné Diane juste après, il explosa de rire en silence, ne laissant échapper qu’un « pfffffffrrt » entre ses doigts serrés. Il faut dire que rarement une mission aussi tendue n’avait été aussi propice à créer un cataclysme aussi absurde. Là, tout de suite, l’estropié se dit qu’ils faisaient une bonne paire, Diane et lui.
Il se ressaisit immédiatement, se redressant droit comme un I, et adressa à sa partenaire un regard inquisiteur. Comme il le supposait, ses yeux étaient plus vifs, signe que ce bref instant d’adrénaline avait dissipé (sans doute légèrement) les brumes narcotiques qui occupaient l’esprit de sa coéquipière.

- Ca va aller ?

Sans réellement attendre une réponse concrète, bien que réellement soucieux de l’état de Diane, Kidd se passa une main dans les cheveux avant d’évaluer la situation. Ils étaient maintenant dans un couloir aux couleurs épurées mais aux tableaux riches et détaillés, et parcouru de fleurs blanches. Les domestiques étaient pour la plupart dans la salle du diner, leur laissant un peu de répit pour vadrouiller rapidement.

- Je ne sais pas exactement ce qu’on cherche, mais je crois que ce moment est la meilleure fenêtre d’action qui se présentera avant un bout de temps, car il n’est pas dit qu’on arrive à s’éclipser deux fois de ce PUTAIN de repas ! J’aimeraiiiiiis vraiment que cette mission s’achève, je crois que je ne vais pas réussir à jouer les nantis encore très longtemps, cette PUTAIN de face de pet me donne des frissons, ce mec n’est pas net, et j’espère vraiment qu’une fois cette mascarade terminée je ne reverrai plus sa sale gueule !

Kidd s’arrêta, se surprenant dans un moment de relâchement, et fixa Diane d’un air entendu. Cette mission devait être désagréable pour tous les deux. Ce Comte Carpaccio hérissait le poil de l’Américain, qui commençait à être tendu par l’agacement. Si tendu qu’il envoya valser le vase à côté de lui et le brisa au sol. La voix du Comte Spaghetti leur parvint depuis la salle de repas.

- Tout va bien ? Marcello, allez voir ce qui se passe.

L’estropié pesta, se plante derrière la porte, et attendit que ledit domestique n’entre dans le couloir pour le saisir par derrière en lui bloquant le coup. Il l’immobilisa et serra jusqu’à ce que sa victime ne perde connaissance, puis il la tira pour aller la cacher dans une grande jardinière.

- On a intérêt à se magner, ou il va se douter du pot-aux-roses ! Roses, les fleurs, tu l’as, ha ha ha ?

Il s’arrêta de rire, se rendant compte que sa blague n’était pas drôle et n’avait rien à foutre ici, puis il se mit une gifle et se ressaisit.

- On se sépare ! Pars de ce côté, je prends l’autre ! On s’arrête au premier truc suspect !

Sans attendre la réponse de Diane, Kidd courut de son côté du couloir, à la recherche de l’indice qui leur permettrait de mettre un terme à ce bal de faux semblants. Le terme de bal était on ne peut mieux choisi dans l’esprit de Kidd car il avait réellement l’impression de danser sur du verre, tant jouer ce rôle devant un être aussi insupportable lui était difficile. Et merde… Voilà qu’il s’emportait. Toute cohérence commençait à le quitter, alors que ses nerfs lâchaient peu à peu. Si cette mission durait encore une heure de plus, parole de Kang, il allait mettre son point dans la gueule du Comte Buongiorno.
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MessageSujet: Re: États seconds Dim 25 Juin - 12:09




Ayant regagnés l'extérieur de cette salle étouffante de faste et d'apparence pesant son or, nous respirâmes la délivrance dans une bouffée de rires communicatifs. Du moins, Kidd fut le premier à s'esclaffer, mes éclats hilares – étouffés en copie – lui firent écho après ses notes. Nous nous autorisions à être enfin nous même à l'abri de ces singeries bourgeoises dénuées de sens, si ce n'était de l'unique définition d’orgueil que pouvait se gargariser un noble de cet acabit. Un type guère net. Les commissures obséquieuses de ses lèvres dressaient encore sur mon derme des frissons d'appréhension indicible. Et d'expérience combative, l'instinct était un jugement appréciable tel que n'importe quelle conclusion logique. Mon partenaire y accordait une attention équivoque, en résultaient ses paroles et soupçons légitimes.

« Merci de t'en soucier, je vais mieux. Une pareille agitation ça réveille et hors de question de feignasser maintenant. » Un rictus de reconnaissance affina mes lippes, ma locution se détachait d'une fluidité plus désengorgée qu'en amont.

Ma rétorsion était sincère, les voiles de ce vin s'étaient déchirés résonances de fissures de verre et des battements de mon myocarde emballé. Un effet de douche froide sur mon état apathique pour un résultat aussi concluant. Mes pensées recouvraient leur minutie de coutume brouillée par des figurations foireuses et des impulsions spontanées. Être sobre limitait des dégâts collatéraux mais n'enlevait en rien la bêtise.  

« M'en parle pas, j'en peux plus de lui. Je me retiens de lui coller une asymétrie à sa gueule au sourire si parfait.» Et la perfection étant une chimère, ça le rendait plus louche.

Notre discussion fut interrompue par la brève figuration d'un des valets du Comte Macaroni. Si anecdotique que celui-ci n'eut point le temps d'émettre la moindre stupeur lorsque que Kidd l’assomma de derrière la porte. Le premier d'une longue série, à anticiper que ses camarades seraient bientôt alerté de son absence. Une certitude que mon pair ne manqua pas de souligner d'une certaine sagacité.  

Le temps compté devait s'employer à bon éteint, aussi approuvais-je Kidd au moment de notre séparation. Nous nous éloignâmes vers nos ailes de corridor respectives, impactant avec célérité nos enjambements frénétiques. Le lieu était d'un luxe indécent pour un semblable marathon mais j'en avais cure, bafouer la bienséance muait en expiation après avoir enduré les us diplomates du Comte au Pesto. Les ravages de notre présence infusaient ce sentiment de vie manquant à ce décor si lisse.

J'aurais donné volontiers une molaire, ou deux, pour voir la tronche de ce Gasparutto notifiant l'endormissement de son nouveau jardinier... assommé. Et celle devant son joli vase brisé.

Mes pas se stoppèrent devant une porte massive en bois de merisier, fleurdelisé de motifs qui témoignaient de l'importance que cette pièce devait receler. Je m'y glissai pour découvrir l'architecture d'un bureau. Un ameublement de ministre pour un nanti dépourvu de cette fonction. De massives étagères rougies de livres à la reliure carmine cerclaient le lieu de travail qui sentait tout aussi le lieu de complaisance, attestation olfactive d'une forte senteur de cigare intruses dans mes narines. Un rideau pourpre drapait la fenêtre et tamisait l'espace dans la pénombre, ténèbres transparentes, obscurité ténue, en dépit de la privatisation d'une lumière crue, je discernais les formes perceptibles à mon orientation et gagnai la table de travail sur laquelle se reposait divers documents, ordonnés, en attente de traitement. L'existence administrative était bavarde, davantage que le plus fin des mentalistes pour s'insinuer dans l'intimité d'une personne. L'intrusion ayant débutait physiquement en pénétrant cet office, je ne me gênai point d'abattre la frontière de cette décence en l'étendant à ses possibilités biographiques. A commencer par les contrats de travail que notre Gobetti Rigati avait affranchit.

J'entrouvris les rideaux, d'une fente assez mince pour parfaire mes lectures. Mes yeux remontaient la chronologie de ses investissements et dépendes passionnées d'acquisitions esthètes.  

Soudainement mes iris rétractèrent leur étonnement au centre de mes orbes fébriles. Jamais archéologie d'archives ne s'étaient avérées si révélatrices. Si éloquentes que je crus à une prestidigitation avant d'abdiquer.

En bas d'un acte – celui qui ouvrait la scène d'une véracité neuve – officialisé dans l'encre d'une signature veillie, s’éternisait la calligraphie du maître même :

Comte Angelo Gasparutto
Facture peinture sur bois : 500 000 lires
Florence, 8 juin 1792


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MessageSujet: Re: États seconds Dim 16 Juil - 14:24

Tentant de masquer le bruit de ses pas malgré l’acier dans laquelle était faite sa jambe estropiée, Kidd marchait rapidement dans l’aile du manoir qu’il s’était appropriée en vue de ses recherches. Cette mission commençait à lui courir sur le haricot. Le Comte Parmesan commençait à flairer l’embrouille à plein nez. Et quelque chose lui disait que la réponse n’allait pas tarder à apparaître sous le sien, de nez.
Toc toc toc. L’Américain toqua à une grande porte grise ornée de décorations dorées sur son cadre. Une porte importante ? Quelle idée stupide de toquer, mais peut-être Kidd dans un sursaut de bêtise se disait-il qu’il fallait feindre la politesse et la courtoisie. Comportement on ne peut plus imbécile, sa présence dans ce couloir étant déjà une intrusion et une entrave aux règles du manoir. Tant pis. Kidd poussa la porte et entra.
La pièce qui s’offrit à son regard était semble-t-il un grand débarras, où le Comte Tagliatelle entreposait tout ce qui ne lui servait plus. La pièce semblait ne pouvoir être éclairée que par les bougies qui trônaient çà et là sur les étagères et les tables désordonnées. Cette salle ne devait pas être beaucoup visitée. Kidd se décida à fouiller les caisses pleines d’objets divers qui parsemaient le sol et les armoires.
Rien de bien intéressant à l’horizon, pour le moment… Quelques minutes plus tard, l’Américain avait renversé au sol le contenu de cinq grandes caisses sans y trouver quoi que ce soit qui puisse les mettre sur une piste. Se trompaient-ils depuis le début ?

- Je peux savoir ce que vous faites ici ?

Le Serpentaire se releva pour voir qu’un majordome le toisait. Il soupira, et fit craquer son cou.

- Bon, il semblerait que je doive te faire taire un moment, toi aussi.

Il bondit sur le majordome pour tenter de le neutraliser comme son collègue précédent, mais l’homme de main eut une réaction inattendue. Il esquiva, et sans doute par réflexe, braqua une main difforme en direction de Kidd. Ce qui aurait dû être une main, du moins. Sauf que cette main était un canon.

- Ah. Voilà autre chose. Tu es un Akuma.

Le majordome, son secret découvert, décida de le faire taire en se transformant totalement. La machine de mort se dressait devant Kidd, qui ricana de mépris, ne se sentant nullement intimidé par un niveau 2 tout juste évolué, à voir sa tête. Mais il serra les dents, comprenant que quelque chose de sordide se tramait dans ce château véritablement hanté.

- Vous êtes tous des Akuma, ici ? Le Comte, lui aussi c’en est un ?

L’Akuma bondit, canon braqué, et tira une salve sur Kidd qui esquiva d’un geste fluide. En mouvement, l’estropié déchira la jambe de son pantalon qui recouvrait sa prothèse de métal, pour laisser une véritable liberté de déplacement à son arme. D’une pression sur le talon, il fit sortir la lame du bout du pied, tandis que la pierre rouge incrustée dans la cheville d’acier commençait à rayonner.

- Je n’ai aucune envie de perdre mon temps avec toi, il fallait rester tranquille, champion. Ce n’est pas un putain de niveau 2 qui m’empêchera de passer.

Utilisant son pouvoir de transfusé pour accroître la puissance de la pierre et être sûr d’éliminer ce menu fretin d’un seul coup, il tendit sa jambe en arrière, visa son ennemi, et fit claquer son gigantesque fouet d’acier en même temps qu’il le dégaina, provoquant une détonation bruyante (et pas du tout discrète) et envoyant l’Akuma traverser plusieurs couches de mur. Il alla vérifier si son adversaire était bien mort sur le coup, et fut bien surpris de le voir encore ramper au milieu des débris fumants. La créature agonisait au milieu des morceaux de pierre et de plâtre, un gigantesque trou au milieu du ventre, et l’énergie de la pierre ayant contaminé et rongeant son métabolisme fait de matière noire. Son regard mécanique fixa Kidd, qui y lut de la peur. Etonnant. Aux portes de la mort, l’âme du défunt parvenait-elle à exprimer quelque chose à la place de la machine ? Théorie intéressante. Hélas pour lui, Kidd n’était pas un Exorciste, et n’avait pas le pouvoir de sauver cette âme. Tout au plus la détruire pour lui éviter de se parjurer davantage dans ce corps impie. L’Akuma, qui semblait tout de même toujours être un Akuma, formula quelques mots.

- Achève-moi…

Kidd se pencha.

- Dis-moi ce qu’est le Comte Carpaccio.

- Il est… un peu comme nous… Il prend des vies… Il prendra la vôtre… Personne ne ressort d’ici… Pas même lui.

- Il prend des vies ?

- C’est ce qui le maintient en état de marche.

L’Akuma sembla s’étouffer avec son sang huileux, et poussa un râle douloureux. Sans un mot, Kidd se releva, et d’un geste vif et sec, trancha profondément la gorge de la créature avec la lame de son pied, le tuant d’un seul coup, sans plus de souffrance inutile.

Ressortant des décombres encore poussiéreux qu’il avait créés pendant son bref combat, l’Américain serra les poings. Le bruit avait certainement résonné dans tout le manoir, et le Comte devait être à leur recherche. Pour prendre leur vie ? Comme il prenait la vie de nombreux autres Florentins ? Qu’était ce bordel ? Ca dépassait largement ce que la mission annonçait. A aucun moment le QG n’avait évoqué un cas de figure pareil. Il ne comprenait pas encore tous les rouages de cette affaire, mais ce qu’il avait compris lui suffisait. Le Comte, ou tout du moins cette chose, tuait des gens pour vivre et était coincé ici, dans ce manoir, sans pouvoir en sortir. Son sang ne fit qu’un tour, tandis que son visage se crispait en une moue de rage. Ce type prenait des vies pour alimenter la sienne ?
Il courut dans le couloir, prenant la direction du hall d’entrée. Sans plus chercher à être discret. Il voulait qu’on l’entende crier.

- GORGONZOLA !!!

Il ignorait complètement ce que Diane avait trouvé et à quel point cela allait éclaircir ou embrumer encore cette histoire, mais il savait un truc.

Il allait foutre son pied dans la gueule de cet enfoiré.
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MessageSujet: Re: États seconds Mer 2 Aoû - 11:02




Ma poigne fébrile froissait l'énigmatique facture, secouée des vapeurs d'une incompréhension nébuleuse que l'infusion des derniers grammes d'alcool noyait de confusion. Ou d'une stupeur indécente. Il était dit ce genre de rumeurs selon lesquelles l'être humain scellerait volontairement ses perceptions cognitives, écrasé par des vérité trop pesantes. Un acte de déni face à l'intolérable, une preuve de rejet devant l'irréalisable. Pourtant l'attestation de cette signature gravait ses lettres dans le monde tridimensionnelle, et sous mon regard halluciné. Ce salaud de Gasparutto nous avait bien caché son jeu.

Les déductions intellectuelles, l’érudition pompeuse et l'analytique docte, incarnaient de vastes concepts dans mon encéphale électrisé d'adrénaline. Je palliais à l’instinct le savoir qui me faisait carence, établissant l'imprévisibilité en ersatz de stratégie sophistiquée et qui faisait valoir son efficacité. Mais le rouage de mes méninges vide n'avait point stoppé ses petites retâtions circulaires. Et la vue de cette date usée de presque un siècle laissait à présager plusieurs lectures.

Primo : le Comte Risotto était un fin imposteur et nous avions rencontré sa doublure. Quand bien même, l'ordre nous auraient point expatrié pour une arnaque. La permutation identitaire n'était pas de notre ressort à moins qu'elle ne dissimule une plus sombre affaire.

Secundo : notre gnocchi nanti avait trouvé l’impensable moyen de traverser ses années, en concevant la fraîcheur d'un âge délibéré. Une supposition burlesque, mais les mystère de la pierre philosophale et de l'innocence réécrivaient régulièrement nos convictions pragmatiques.

Une fois toutes les possibilités écartées, l’inenvisageable pouvait devenir tangible. Il me brûlait d'arracher la véracité aux lèvres de notre rital. Qu'il ait ou non le compte de ses molaires. Je me lui ferais un plaisir de lui présenter mes méthodes de chirurgie dentaire – et il découvrirait que leur pratique n'a rien de réparatrice.

Un rictus écorchait mes lèvres à cette succincte imagination délectable et se dissipa.

Kidd.

Nous nous étions convenu d'échanger nos découvertes. Et, ainsi esseulée dans le faste vertigineux d'un manoir renfermant l'étau d'une menace invisible aussi sûrement qu'un piège à renard, ça me serait mentir de désapprouver que mon partenaire me manquait.  

Il incarnait cette béquille morale, ce soutien majeur à ma patience qui se serait trahis sans sa présence respectable d'idées. Il saurait probablement quelles conclusions et agissement favoriser avec cette fraîche découverte, et son investigation personnelle nous éclairerait peut-être sur l'étrangeté de cette demeure.  

Une détonation percuta les parois murales, vibration mortuaire dans mon imagination sinistre. Nous n'aurions à lever le voile sur cette affaire qu'elle nous déchirerait elle-même en nous saisissant à l'improviste.

Kidd.

Mes jambes me guidèrent en direction du son de ce canon. Mes pas s'agrandissaient dans un déplacement accéléré. Une pensée précipitée d'inquiétudes moites battait la mesure au talonnement de mes mocassins inconfortables. La mascarade pouvait ciseler sa contention pour plus d’aisance et d'efficacité. J’ôtai mon tailleur et laissa choir sur un coin délaissé les vagues dentelées de ma lavallière. Les boutons défaits de mon gosier m'insufflaient une respiration plus opulente.

Mon marathon s'obstrua à la vision d'un obstacle charnel. Un majordome s'imposait en rempart dans l'épicentre du long corridor, un des pingouins en costume du précédent dîner.

« Pas le temps, dégagez le passage ! » Et, alors que je ne stoppais point ma course, prête à le bousculer d'un uppercut hypnotique, son aggloméra dermique se dissolva pour céder place à une oblongue tige de fer pourvue d'un mortier. La nature maléfique, froide de constitution et d'esprit infusait son interprétation équivoque : cet Être était un akuma. Et un laquais du Comte – millénaire ou rital – faiblard à en attester son manque notable de jugeote.

« Au risque de me répéter, je n'ai pas le temps ! » Trainant ma voix haletante et ma valise dans mon sprint effréné, j’extirpai des entrailles de mon imposant bagage un chassepot replié que je réunifiai d'un simple soubresaut de poignet. L'embout de l'arme caressa les tempes de la mire animée avant d'exploser sa sentance dans un crachat de feu spontané. La disparition de l'âme enchaînée avait été brusque, son anéantissement s'était alourdi dans une vacuité cruelle, je ne pouvais la sauver à contrario des vertus de l'innocence alors, une seconde mort sans souffrances restait la seule affection que je pouvais permettre... et réaliser.

Mon fusil alourdissant mes épaules, la cadence militaire, je perpétuai mon avancée dans une célérité rythmique. Le dernier cri de Kidd m'orienta vers sa localisation que j'effleurai indélicatement au tournant d'un des couloirs labyrinthiques. Que je fus apaisée de revoir sa face – entière.

« Kidd ! Te revoilà ! J'espère que le personnel d'accueil ne t'as pas occasionné trop de problèmes ? » Ma voix se rassurait de ses angoisses rien qu'en constatant ses traits indemnes. Son intégrité physique était un apaisement valant ses réponses.

Nous étions en recherches de celles-ci d'ailleurs dans notre enquête. S’imposeraient-elles probablement à nous dans l'échange de nos retrouvailles – trouvailles.

« J'ai déniché cette facture dans le bureau du Comte Guacamole. Il semblerait qu'il ne soit pas celui qu'il veut bien nous faire croire. » Et d'où l’appellation de cette purée verdâtre serait erronée car mexicaine ? Au pire, ils se ressemblent tou-

Je brandis la facture sous le nez de Kidd, et c'était bien le seul geste que j'effectuai avant de me figer en mannequin de cire sous la surprise. Ma vision s’éteignit en même temps que les lumières irradiant le manoir, nous laissant Kidd et moi dans une atmosphère poisseuse et incertaine.


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MessageSujet: Re: États seconds Dim 6 Aoû - 23:19

L’Américain courait à perdre haleine dans les couloirs, boosté par sa rage grandissante et son insatiable colère. A quel point ce Comte était-il une ordure ?
Comment tolérer l’existence d’un être qui subsiste en se nourrissant de la vie d’autrui ? Ce type devait être arrêté, éliminé.
Avant qu’il ne continue à faucher des innocents. Avant qu’il ne les fauche, eux.

- PANZANIIIIIII !

Kidd fracassait les murs qu’il longeait, cherchant à tout prix à se faire entendre. Il avait la rage. Tout ce qu’il voulait maintenant, c’était trouver cet enfoiré et détruire son putain de manoir, avec lui à l’intérieur.
Sans s’en apercevoir, il venait de passer devant Diane. Il s’en rendit compte sept mètres plus loin, et rebroussa chemin. Visiblement, elle s’était inquiétée pour lui. Avait-elle elle aussi eu des ennuis ? Avait-elle croisé un Akuma ?

- Je… euh… Ouais, j’ai croisé un majordome… fin, c’était un Akuma, alors… Boum. Toi aussi ?

Il se secoua la veste de costume, pleine de poussière, et Diane lui agita un papier sous les yeux en parlant d’une facture. Papier sur lequel était inscrite la date de 1792. Pardon ? Mais quel âge avait ce type ? Kidd y voyait plus clair. Un peu.

- Ca colle totalement avec les informations que j’ai obtenues. Il semblerait que notre ami ait besoin de tuer pour vivre et…

La lumière se coupa brusquement, les plongeant dans un noir absolu.

- Putain, qu’est-ce que…

- Hahaha, il semblerait que mes deux petits banquiers aient commis une petite faute professionnelle !

Le Serpentaire arma sa jambe, sans savoir exactement où viser, la voix ayant paru sortir de partout à la fois. Une lampe se ralluma, en haut des escaliers centraux, illuminant une silhouette décharnée. Le Comte Lustucru. Il fit quelques pas, descendant les marches, comme s’il cherchait à les rejoindre, la lumière le suivant, afin que les deux combattants ne le perdent pas du regard. Les serpents étaient pris au piège. Dans un sacrément beau vivarium.

- Vous êtes de sacrés coquins, vous ! On dirait bien que vous avez appris suffisamment pour vous douter que je ne vais pas vous faire sortir d’ici.

- Qu’est-ce que vous êtes ?

- La réponse, je sais que vous l’avez tous les deux en tête. Je suis un Akuma. De niveau 3. Mais, j’ai un pouvoir bien particulier.

Il dégaina un couteau sous leurs yeux. Kidd se mit en garde, mais il n’en eut pas besoin. Le Comte se trancha la gorge d’un geste sec, entaillant profondément sa peau. Il s’effondra en bas de l’escalier, dans une mare de sang.

- Qu’est-ce que c’est que ce bordel…

Le cadavre fut pris de spasmes, puis se releva, d’un mouvement nonchalant, comme si rien ne s’était passé. La plaie sur sa gorge se referma toute seule, comme par magie.

- Tu ne peux pas mourir ?

- Disons que… je suis immortel. Enfin, façon de parler. Le Comte Millénaire voulait placer un Akuma à une position stratégique, et, clairement, me donner le rôle du Comte Gasparutto était un placement de choix.

- Ah, voilà, c’était Gasparutto, ton nom !

- Silence ! Ainsi, mon pouvoir consiste à absorber la vie. De deux manières différentes. Je peux littéralement prendre la place de quelqu’un d’autre en lui volant son apparence, comme je l’ai fait avec l’ancien propriétaire des lieux il y a de cela près d’un siècle. Mais je peux aussi dévorer l’espérance de vie de mes proies pour la faire mienne. De fait, si je meurs, ce n’est qu’une de mes vies qui meurt. Moi, tant que j’en ai en stock, je resterai bien vivant. Contrairement à vous.

Kidd serra les poings. Et bien, c’était largement pire que tout ce qu’il s’était imaginé. Il regarda Diane d’un air entendu. Ils devaient éliminer cette horreur, et retrouver le véritable Comte Gasparutto, si, comme Kidd le soupçonnait, cet Akuma avait trouvé un moyen de le maintenir vivant tout ce temps.
Ce monstre avait donc deux capacités. Absorber l’espérance de vie de quelqu’un pour s’octroyer une vie supplémentaire, et voler l’apparence de quelqu’un pour lui prendre sa vie, au sens figuré. Kidd supposa immédiatement qu’un tel pouvoir avait comme contrainte que la personne dépossédée de son apparence ne devait pas mourir, sous peine que l’Akuma perde son déguisement. Cela lui paraissait somme toute assez logique de penser que le vrai Comte était encore vivant, quelque part.
Sinon, cette chose ne chercherait pas ainsi à protéger ce manoir. Elle protégeait son secret. Sa première victime. Gasparutto.

- Mes chers amis, je vois dans vos yeux que vous avez l’intention d’en découdre. Je suis désolé, cela risque d’être compliqué. Comment voulez-vous me terrasser ? J’ai encore cinquante-huit vies en réserve !

Kidd ricana, et fixa Diane.

- J’espère que tu es prête, camarade. Car j’ai bien l’intention de sortir d’ici.

Il plongea son regard dans celui du Comte, dont le corps commençait à se déformer pour prendre les traits d’un Akuma.

- C’est très simple. On va te tuer cinquante-huit fois.
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MessageSujet: Re: États seconds Ven 11 Aoû - 11:32




Les ténèbres qui engluaient notre appréhension se fendirent à la rumeur d'une voix familière. Un rire orgueilleux, savouré d'une victoire prématurée, le Comte Mascarpone nous narguait dans la mise théâtrale de son apparition qui lui ceignait tant. Un jeu de lumière, un feu follet rampant, exhortait en ombre opalescente ses enjambées martiales tandis qu'il descendait les marches. Une hauteur d’orgueil si bien physique que morale d'où il nous toisait, d'un œil épervier. Nature de rapace dont-il assumait le beau rôle en abdiquant la véracité sur sa sournoiserie prédatrice. Le masque de l'irréprochable nanti se fissurait pour céder sa réverbération à celle d'un akuma de troisième niveau.

En d'autres termes, de quoi nous donner du fil à retordre, si celui-ci ne nous garrottait pas la jugulaire au moindre manquement. La cruauté de ces Être étaient incontestées et pouvait se graduer en perfidie, en canon de leurs strates expérimentales.

Je roidis mes muscles. Je crispai mes phalanges sur la palpation de mon chassepot, mes rétines fébriles à la plus subtile nuance de ses mouvances. L'imprévisible en régit ce que je figurai être sa dernière. Il sortit une lame et lança l'assaut... à sa propre gorge. Mes jurons se mêlèrent aux expressions fleuries de Kidd dans cette confusion déroutante. « Bordel ! » Son cadavre colora le sol d'un tapis carmin, spectacle écœurant d'une vaste farce dont il se releva dans une révérence.

Le prestidigitateur de ce funeste tour rompit rapidement le mystère derrière son astuce en nous révélant la singularité de son pouvoir. Nous avions affaire à un sacré vampire. Un consommateur de vie qui en drainait l'essence pour s'en rassasie et s'enorgueillir d'une vitalité volée qui serait son leurre au devant de la mort. Ainsi cette enflure avait traversé les ages en échappant à un destin qui pourtant plaçait chacun sur une commune équité. Nous allions lui remémorer ô combien le couperet de la faucheuse pouvait être implacable et douloureux.

Attendez. Cinquante huit vies, cela faisait neuf fois... Je n'étais point docte avec les chiffres, mais toujours était-il que cela restait bien plus conséquent que les légendes sur ces résurrections dites félines.

Une besogne dont j'espérais qu'il ne compliquerait pas la tâche. Nous ne le laisserions pas retomber sans cesse sur ses pattes. Ou pourrais-je dire pour un rital PÂTES !

Mes iris s'accrochèrent à ceux de Kidd, une complicité visuelle qui se synthétisa dans la vibration de nos voix, arrogantes. « Je suis parée, et comment ! Nous sommes des banquiers et nous récupérons notre dû. » Je braquai l'embout de mon canon sur la chair lointaine de notre cher comte qui cédait son manteau charnel sous de vastes traits monstrueux. Un heaume couronné d'ombres analogues à des mandibules lui conférait l'illusion d'un chevalier arachnéen. Un rictus de chasseur ourlait ses crocs fusionnés à l'armure vicieuse. « Et nos intérêts sont ces cinquante-huit vies volées. »

Mes pupilles concentrèrent une visée attentive qui s'éructa par l’extension de mon bras, sans merci pour cette créatre qui en était dépourvue. « Cinquante-sept... Nous continuons le compte à rebours, Comte ? » La redondance involontaire dans cette réplique me fit hausser les épaules dans un soupir mutin.

Une fumée sécrétait ses vapeurs au siège de l'impact. Dans le fond, peut importait l'endroit où le Gasparutto originel était détenu. S'il était l'otage de ce lieu au même cas que son usurpateur, nous n'aurions qu'à démonter cette bicoque brique par brique jusqu'à le trouver. Et les dégâts collatéraux étaient un très bon coup de maillet.


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