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Ceux qui restent [Rp Flashback] [Hongrie] [With Claudia Leiden]

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MessageSujet: Ceux qui restent [Rp Flashback] [Hongrie] [With Claudia Leiden] Sam 10 Déc - 0:43

Le monde n'est plus que cendres.
Plus rien n'a de sens et n'en aura plus jamais.
Le sens s'efface et disparaît avant même de m'atteindre.... Il miroite comme des ondes qu'un ricochet crée au dessus de moi mais se dissout en mouvements d'une eau qu'on fêle alors que je sombre plus profond encore dans l'océan de l'infini.
Tout s'évanouit avant de m'effleurer.
Aucun son, aucune odeur, aucun mot, aucune sensation.
Ce monde est vide et tissé de silence.....
Il est comme moi.
La pensée traverse mon esprit, aussi claire que l'eau dans laquelle je semble m'enfoncer et tournoyer sous l'effet d'une brise, qui faisait valser des morceaux de moi calcinés, comme rongés par la flamme des joies passées qui ne reviendront plus jamais.....

Des morceaux de moi brisés, arrachés à mon être, au plus profond de moi....
Des morceaux d'un être qui ne sera jamais plus...
D'un être qui n'a plus rien. Ni rêve,ni espoirs, ni joies, ni souvenirs.
Un être qui tombe un peu plus vers le néant en tournoyant, entourée par des bouts d'elle-même valsant avec le néant et l'enfer qui vient les chercher.....
Un être qui ne sent rien, rien que du vide et une espèce de langueur....
Je voudrais m'endormir, ne plus jamais ressentir, ne plus jamais remonter vers la surface....
Et comme par compassion, il ne me reste rien du monde au dessus... Je peux l'oublier en toute tranquillité.....Je peux fermer les yeux et me laisser à l'oublier....
C'est enfin, fini, tout ça....
Je ferme les yeux et me laisse submerger.....

Le regard fixé sur l'horizon, la lame à la main....
Mon regard couvre le monde et leur campement plus bas... Ils sont nombreux, si nombreux à venir pour elle...  Mais bien moins que nous....Je fixe la jeune fille à mes côtés.... Elle a peur, elle tremble, elle sait ce que je suis....Elle ne peut l'ignorer.... Elle le sait,le sait trop bien..... Je l'entends frémir non loin de moi...Mais ce soir nulle ne viendra à elle, j'en fais le serment.
Ce soir, elle sera effrayée pour celui qu'elle aime et demain, elle le perdra. Personne n'annulera les promesses faites. Personne ne nuira et refusera à mon frère Turnus sa dulcinée.
Demain pour l'histoire, la bataille se livrera, pour les beaux yeux de Lavinia.....
Demain, une bataille de plus dans la guerre de l'innocence s'inscrira et j'y serai aux côtés de mes frères..... Et de ma bien aimée qui pose sa main sur mon épaule et à qui je souris....
Tout va bien, Acca, tout va bien....
C'est demain que plus rien n'ira.

Je regarde ces murs alentour, qui m'enlacent et m'enferrent...
Ainsi donc se dresse ma dernière demeure.... Ils sont assez sots pour le croire....
Un sourire tord mes lèvres... Une caresse effleure mes briques....
Et les briques s'évaporent dans la fumée si chères à mon cœur....
Et je me dresse face à la nuit étoilée qui m'entoure et me sourit...
Et je souris à la lune tant attachée aux sorcières, même comme j'en suis une...
Mes mains immaculées se tendant vers ses rayons comme pour les attraper...
Ô Lune, j'aimerai tellement filer tes rayons pour m'en faire un voile et me parer de ta beauté...
Comme du sang de vierge ma peau ait parée....
Et je tournoie dans un scintillement de lumière sur ma peau, dans une danse célébrant la nuit et l'air frais de la liberté....
Et je tournoie en t'appelant mon prince, mon prince chéri....
Mon frère, notre être à protéger....
Et puis elle perce mon cœur et je sourie de cette triste ironie.
Et pour la dernière fois la comtesse Bathory salue la nuit.

Il gît en son sein, attendant de l'eau la clémence qu'elle a pour tous...
Mais pour toi, assassin de la patrie, assassin de cette vie seule la mort te trouvera...
Je me le jure alors que je regarde le bord de sa baignoire encore emplie d'une eau immaculée, que le rouge de son sang viendra bientôt parer...
J'attends un instant, une seconde d'oubli et dans la mort il sombrera.... Dans la mort, lui et son innocence, ils sombreront.... Ils voulaient faire de ce monde une terre d'innocence....
Ils n'en feront que le tombeau... Je me le jure, en cet instant, auprès de lui...
Dieu que je veux le tuer, que je veux l'assassiner....
Mais je ne dis rien et je reste yeux baissés....
Je dis ce qu'il veut entendre, puis la gorge je lui trancherai....
Car fou qu'il est, à côté son innocence, a laissé...
Et de mes mains décidées, je l'ai déjà supprimée....
Alors j'attends mon heure alors que Marat m'écoute m'exclamer...
Des choses qui ne seront jamais vraies.

Je récite pour toi mon enfant, de ma douce voix....
Tu m'écoutes et semble bien loin... Emporté vers les autres mondes que de ma voix je te tisse...
Tu m'écoutes et pour toi, seul existent mes univers, ô mon futur roi...
Mais ce que tu ignores c'est que demain, tu n'ouvriras pas les yeux, cher petit prince sans te voir privé de ton frère qui de son regard ne me quitte pas, la main sur son épée, prêt à la tirer pour m'éliminer. Et moi je lui souris et récite de plus belles mes histoires.
Il me faut faire honneur encore une soirée au futur roi. Encore une et demain le petit seigneur de pacotille à qui l'innocence s'est attaché sera mort étouffé dans son lit et la nouvelle épouse du roi, reine de mon jeune admirateur  sera accusée....
Alors je chante de plus belle et je trace des rêves d'autre monde, pour toi...
Ô mon vrai futur roi.

De mes pas je trace mon chemin...
Et tu me suis, tapi dans les fourrés....
Et je te voies, je te sens, je te devine dans l'ombre des bois qui nous entourent...
Et je te souries, et tu sors de l'ombre et t'approche doucement, comme envoûté, comme charmé par mon allure... Et je souris, m'échappe un peu plus vite, caressant les troncs des arbres au passage alors que tu pars à ma poursuite...
J'entends ton pas me suivre et se rapprocher tout doucement de moi, tenter de m'attraper, m'effleurer, puis essayer de me charmer....
Je te connais comme si je te connaissais depuis longtemps, je connais ton âme mieux que ton corps...Je connais ton existence et ton vrai nom....
Je te salue, toi là bas, je joue avec toi car je sais qu'à l'instant où tu me trouveras, l'instant où tu me rejoindras, à ma volonté tu te soumettras...
Ô akuma....


« Alyss....»
Un murmure au creux de mes songes et de ce monde sans son et sans sens....
Je laisse le nom glisser et s'évaporer de ce monde comme tous les autres sons...
Plus rien ne peut m'atteindre à présent... Je suis de plus en plus lointaine, de plus en plus éteinte, et personne n'ira me chercher dans mes profondeurs...
Car plus rien ne m'attend là haut.... Le monde là haut est aussi vide de sens pour moi qu'à ma première naissance.....Je ne prends pas la peine de rouvrir les yeux pour contempler mes restes épars et déchirés d'un être qui ne souhaite plus vivre..... Je ne regarde pas ses rêves qui tournoient sous leurs formes de lambeaux alentour.... Ils viennent à moi sans effort et glissent sous mes yeux pour s'y déployer.... Puis s'en vont comme une brise chassant des feuilles de fragments de mon âme qui n'est plus.... Et d'eux ils ne restent que quelques scènes éparses de ce que je fus....
Quelques scènes qui dansent devant mes yeux puis retournent tourbillonner autour de moi....
Aucune importance.. Aucune alors que je disparais de plus en plus à chaque seconde..
Que bientôt mon être sera entièrement consumé et qu'il cessera d'exister.
C'est une pensée apaisante, presque reposante.
Ma souffrance aura enfin un terme. Tout va enfin se terminer. Mon être va enfin être libéré et cesser d'être... Car c'est la fin de tout, notre fin, n'est ce pas ?
Tout est terminé, n'est ce pas ? Il n'y a plus rien à attendre de là haut, juste à se laisser aller....

« Tout continue..»
A nouveau cette voix inconnue qui se dissout à nouveau dans l'air....
Cette voix qui glisse et s'approche doucement de mon âme....
Cette voix qu'un étrange quelque chose de familier m'approche....
Mais ses mots me parviennent et m'enlacent un bref instant comme une caresse d'une tendre mère....
Et qui viennent murmurer une promesse de continuation....
Mais de quoi.... Il n'y a plus rien à continuer là haut, il n'y a plus rien pour moi qui m'y attend....
Il n'y a plus rien de beau, de louable, de charitable, de doux et tendre là haut.....
Il n'y a plus que des regrets, des pleurs, de la souffrance et de la mort...
Je ne veux plus souffrir, plus encore, plus jamais...
J'en ai eu assez, assez, assez, tu m'entends, pour toute mes vies.... Je ne veux plus ressentir cela, je ne veux plus me rappeler, je veux me noyer, me fondre en toi et rester toi....
Je ne veux plus te quitter... Oh emmène moi, loin, très loin de tout ça...
Efface moi à jamais.... Efface moi, ne me permet pas de revenir là haut...
Car là haut le sens, la souffrance et la peur me guetteront....
Tout ce que je ressens ne sera plus que souffrance  et  peur...
Car j'ai peur, oui, j'ai peur.. De ressentir, de comprendre ce non sens alentour....
Je ne veux pas être Alyss, je veux être la Reine Rouge....
Je ne veux pas rationaliser, je ne veux pas réfléchir, je veux me laisser couler...
Je ne veux pas comprendre tout ce qui s'approche de moi...
Je veux que ses souvenirs restent des rêves et  que ma raison ne les rencontrent pas....
Ô Dame Fidler, ayez pitié.....

Le nom glisse en mon esprit venu d'entre les âges.
Et ta voix inconnue me redevient familière.
Ô Dame Fidler, tu as toujours été à mes côtés.....
Je me rappelle de ta voix, qui dans les moments de doute s’élevaient...
Tu étais là, tu as toujours été là, tu veillais sur moi, tu n'aurais jamais laissé personne me faire le moindre mal.. Je me rappelle de ta présence bienveillante qui guettait mes premiers pas, blottie en moi-même avec la tendresse de mon autre mère alors que je courrais, mon renard serré contre moi.... Je me rappelles de ta voix, tes murmures quand je commençais à douter du monde alentour... Tu tentais de me prévenir n'est ce pas... ?  Tu voulais m'épargner, n'est ce pas ? Et Ren avait chassé ses pensées..… Ren cette adorable amie qui n'avait fait que retarder ma destinée….
Un sourire sur mes lèvres, alors qu'elle réapparaît pour un court instant dans ce monde sans sons et danse pour moi pour finir en cendres comme le reste de ce monde avant que je ne la chasse. Trop douloureux, trop vivante dans sa mort…….. Car, et je le sais bien…...
Elle n'est plus. Comme la joie, la douceur, l'existence.
Il n'y a plus rien, là haut qui m'attend qui ne soit qu'heureux…
Il n'y a plus que la mort et le froid…..
Si je garde les yeux fermés je revis chacun d'elle…
Le feu me dévorant, les lames me perçant, les sourires, les rires, les cris de malédiction...
Je les entends comme si je les avais vécu dans une seule et même vie….
Tout se mêle, tout se mélange et n'a rien de sens….
Et c'est tant mieux….
Reste sans sens, Mémoire, et engloutis moi…
Efface-moi Dame Fidler,  Dame Fidler, efface moi…
Je ne mérite pas cette vie, je n'y attire que pour ceux que j'aime et moi-même que des horreurs…..
Tout ceux que j'aime sont morts parce que j'étais là.
Ne m'inflige pas plus encore de douleur.
J'ai bien assez donné. Laisse moi sombrer.

Un visage. Des cheveux noirs mi longs assez désordonnés, rasés en partie mais en train très doucement de repousser pour couvrir la cicatrice qui s'y étend…. Des yeux qui luisent, écarlates aux flammes des bougies… Un air incrédule qui se peint sur son visage….
Quelques mots répétés alors qu'une voix les prononce.
Ils ont ma propre voix, que je reconnais.
« Même si des gens meurent parce que tu n'as pu les sauver et que toi tu restes en vie, tu as un devoir envers eux. Celui de vivre pour eux. Parce qu'ils savent, à présent que tu voulais les aider, parce qu'ils t'aiment, ils voudront que toi, au moins, tu sois heureux….


Non, Fidler, non ne me rends pas ses souvenirs. Je ne veux pas me rappeler de mes propres mots à mon cher Lyssandre…. Je l'ai chassé, à présent, je l'ai protégé….
Je ne voulais pas qu'il reste et sois détruit par inadvertance…. Lui qui n'avait rien fait et qui avait ce rêve que je n'avais plus, qu'il puisse au moins le créer, de son côté.
Comme… Comme lui…

Deux bras qui m'enserrent fort contre lui. Un murmure dans mes oreilles, soulagé et inquiet…. Une promesse, murmurée, qui essaye de me raccrocher à la vie…..
« Me fait plus jamais ça, ma princesse.. Ne me le fais plus jamais.. Je ne veux pas te perdre.... Pas toi non plus. Tu es la seule personne qui me reste à présent.. Je te protégerai.… »


Non, assez, assez. Pas LUI. Surtout pas lui. Surtout que tu mens, maintenant. Ne fais pas se parjurer mon Juli. Il ne peut plus me protéger… Car il n'est plus, tu le sais.
Il n'est même plus la seule personne qui me reste. Il n'est plus qu'un douloureux souvenir qui a vécu.
Un douloureux souvenir que je voudrais encore vivant à mes côtés…..
Mais qui n'est plus, ne le sera jamais…..
La douleur explose dans mon cœur et se répand comme un poison dans mes veines….
Les larmes que je n'avais pas encore versées commencent à poindre doucement très doucement….
Assez, assez….. Je tente de porter mes mains à mes oreilles pour ne plus rien entendre…
Je voudrais brûler mes yeux pour ne plus rien voir.
Je voudrais tout effacer, me noyer dans ses bras….

« Alyss… ! Bon retour à la maison ! »
Il m'attend sur le pas de la porte de notre manoir et me sourit en m'ouvrant ses bras…
Et c'est avec excitation que je saute du fiacre pour voler vers lui en hurlant son prénom de mes onze ans…..
« Julian ! »
Et je me précipite vers lui qui me rattrape et me fait tournoyer avec autant de bonheur que j'en ai à être là, ici bas……
Entre ses bras.
Ses bras que je ne reverrais plus jamais.


Assez. Tais toi, Mémoire.

En train d'étudier attentivement les lettres sur le papier….
Son regard, par dessus mon épaule…..
« Qu'est ce que tu fais Lissa ?
-J'essaye de lire Alice, mais j'y arrive pas….
Une moue boudeuse, sur mes lèvres. Son sourire et son murmure délicat…
-Et si on essayait de le lire ensemble ? Comme ça..
Il ne me propose pas de me le lire, il propose de le lire avec moi. Il ne renie pas mes efforts, il m'y aide. Et avec douceur il s'installe derrière moi, tient le livre et me lit les mots, me les fait répéter et essayer d'identifier sur la page ceux-ci….
Et moi je ris et souris…
Le dos blotti contre lui.


Assez, s'il te plaît, assez… N'ai-je pas assez souffert pour que tu me rendes ces souvenirs là ? J 'étais heureuse, en paix en train de m'endormir et je commence à me réveiller… Mais je ne veux pas, je ne veux pas.. Je veux rester auprès de toi… Tu le sais, n'est ce pas ? Alors pourquoi…. Pourquoi me renvoyer là bas ?

Elles le regardent, comme si elles voulaient le dévorer du regard...
Et cet abruti ne le voit pas.... Cet abruti regarde les vitrines alors qu'il se promène avec moi....
Cet abruti qui ne voit rien alors que les filles alentour le dévorent du regard...
Et me regardent avec frayeur à cause de mes yeux....
Mais elles ignorent qu'il est mon petit ami....
Elle l'ignorent...
Et sentir ses regards sur lui de la sorte m'agace terriblement.... Et les voir me regarder comme si j'étais la peste est insupportable.
« Alors fais d'une pierre deux coups. »
La voix de ma raison résonne en esprit. Et un fion sourire sadique s'accroche à mes lèvres alors que je me pends au bras d'un Julian, qui surpris, se tait quelques secondes puis rougit puis tourne vers moi un regard où je peux lire dedans tout son amour pour moi.
Et je lui souris en retour avec tout l'amour que je puis donner en un sourire. Puis je tourne mon regard vers nos témoins et admire leur mine scandalisée, m'en délecte.
Et savoure le bonheur que c'est d'être à son bras.
Ce bonheur que je n'aurai plus jamais.


Tu ne le vois donc pas, toute cette souffrance que tu me rends ? Toute cette tristesse que tu me redonnes en me rappelant que tout est fini ? Qu'il n'y a plus ce pourquoi je vivais à la surface... Tu ne le vois donc pas ? Et je me crispe, plus encore, cherchant à me faire entendre de ta part... Mais je ne sais plus comment.... Je ne sais plus comment me faire entendre dans un monde de fin du monde.... Je ne sais plus quoi faire ni comment.. Je te supplie de tout mon cœur mais tu restes sourde... Je pleure mais tu ne fais rien....Je sens la douleur me parcourir encore plus... Je sens mon corps qui se crispe avec une conscience que je n'avais plus....
Mais tu restes muette.

« Tu l'aimes vraiment, ce renard....
-Il s'appelle Ren, pas Renard.
-C'est la même chose. Et c'est le nom qu'on donne à l'animal qu'il représente, selon ce livre.
-Il est pas pareil, lui, c'est ma peluche et il s'appelle Ren....
Une petite mine boudeuse. Un éclat de rire et mes cheveux qu'on ébouriffe.
-Si tu le dis....
Et ma moue boudeuse fond alors que je me rue sur lui pour le câliner....


Oh je t'en supplie, tais toi.. Tais toi, aie pitié de moi......
Je gémis sans son mais tu ne m'entends pas.....
Je tente de me débattre pour échapper à ces cendres, mais peine perdue....

Une danse. Une valse qui nous unit.
Une valse que nous partageons alors qu'un bal où est convié la noblesse autrichienne et hongroise se déroule. Ma main est dans la sienne et ne voudra être dans nulle autre main alors qu'il me fait tournoyer avec une grâce que je ne lui connaissais pas. Et qui m'étonne.
Julian n'aime pas danser en public pourtant....  Il prétend n'y avoir aucun don...Alors pourquoi ????
Et je ne peux retenir la question....
Et je le vois rougir alors que la danse continue avant qu'il ne murmure...
« C'est un secret... Un jour, je te le dirait.... »
Plus tard, des mois et des mois plus tard dans une infinité de temps que je ne sais plus mesurer, ses murmures, au creux de mon oreille, alors que nous sommes enlacés sur une causeuse...
Que cette danse, tu l'as apprise pour moi. Que tu as voulu devenir quelqu'un capable de se tenir à mes côtés. Que tu as voulu être à ma hauteur.
Et je me souviens de mes lèvres qui l'avait embrassé en lui disant qu'il était à la hauteur même sans rien faire faire. Car il était lui.
Ses lèvres que je n'embrasserais plus jamais.


Assez... Assez, je t'en prie...
Arrête, laisse moi replonger dans le sommeil et l'oubli...
Laisse moi fondre...
Ne me laisse pas redevenir Alyss...

Allongés sur le sol de l'immense salon, à regarder le plafond, l'un à côté de l'autre, étendant les mains vers le ciel. Moi, à regarder Julian rêver, le regard perdu dans les couleurs du plafond....
Puis murmurer impatiente de connaître ses pensées.....
« A quoi tu songes Julian.... ?
Et lui de me sourire et tourner son regard vers moi pour ébouriffer mes cheveux.....
Et moi de protester....
« Juli, c'est pas une réponse......
Et lui de murmurer, doucement.....
-C'est un secret......
Un secret qui n'est plus......


Assez, assez... Laisse moi tranquille,
Laisse moi oublier, laisse moi me noyer, laisse-moi tout abandonner....
Je supplie, je supplie, mais tout est muet alentour et ne perce aucun son.

Allongés sur le sol, à nouveau à regarder le plafond....
Julian qui murmure, doucement,presque avec tristesse....
« Je me demande quel avenir a ce monde.......
Et moi, pleine d'enthousiasme, ou d'idiotie je lui réponds....
-L'avenir qu'on lui donne. A nous de tout faire pour forger l'univers de nos rêves et le rendre parfait.
Le sourire de Julian qui se tourne vers moi et me sourit avant de porter ma main à ses lèvres et murmurer....
-En tous les cas, je serai toujours à tes côtés pour forger le monde de nos rêves.
Mais je les vois, tes yeux maintenant. Tu me regardes en fait avec les yeux de quelqu'un qui sait que je suis remplie d'idées idiotes sur le monde, n'est ce pas ?
Et qui n'a jamais rien fait pour les détruire, n'est ce pas ?
Tu étais trop gentil.... Vraiment trop. Et maintenant je ne t'ai plus....


Je me tords dans l'étreinte de mes mémoires toujours plus vives qui m'enlacent encore plus étroitement. Je me plie les deux mains sur mes oreilles pour masquer des bruits qui parviennent tout de même à mes oreilles.... Je ferme les yeux à m'en faire mal mais les souvenirs dansent et continuent....

Le soleil lui trace une auréole d'ange alors que nous contemplons à trois un lever de soleil depuis le sommet où se trouve le manoir..... Je voudrais immortaliser les couleurs, son visage, le mien celui de Lyssandre, notre bonheur, notre instant de lumière et de tranquillité...
Car qui sait quand nous en vivrons un, à nouveau...
Et un Lyssandre pris d'une idée, se précipite à l'intérieur de la maison et revient en vitesse avec un trépied, un appareil photo, le règle et se précipite vers nous...
Et nous n'avons point besoin de nous concerter du regard pour savoir ce qui se passe et va arriver....
Nous ne pouvions qu'apprécier son idée que nous avions, sans oser l'émettre...
Et nous offrons nos sourires à l'objectif alors que nous enlaçons nos épaules respectives....
Et que la photographie est prise et m'attend là haut, à la surface....


Non, non, ça suffit....
Je me débats encore dans la serre de mes souvenirs mais ils défilent, continuent leur danse...

La tête sur les genoux de mon Julian, goûtant paresseusement les rayons du soleil sur ma peau, savourant la main qui caresse mes cheveux et qui transpire son amour pour moi à admirer le lever du soleil dans le salon de notre manoir, nous qui ne dormons plus depuis des heures.....
Nous qui avons joué aux échecs, aux cartes, à nous poursuivre dans le manoir comme lorsque nous étions enfants, à lire, à imaginer et refaire le monde.... A écrire, aussi, à dessiner...
Et maintenant, paresseusement, nous assistons au réveil de ce monde diurne, nous qui ce soir avons été nocturnes..... Et je souris doucement en remontant mon regard vers celui de mon amoureux...
Qui me sourit avec toute la tendresse du monde....Et je me redresse, prise d'une envie de l'embrasser et il me laisse faire, semblant se préparer pour cela....
Et  un flash crépitant résonne et nous enlace et amusés, et interrompus nous tournons notre regard vers un Lyssandre qui s'exclame pour se justifier....
« Une certaine personne ici présente m'a appris à profiter de chaque instant... Et moi je tiens à immortaliser celui-ci..... »
Point besoin de regarder mon compagnon pour savoir que la même idée nous traverse quand nous nous emparons chacun d'un coussin puis le lui lançons, et qu'ils nous les renvoient et que dans des grand éclats de rire, nous retrouvons la vie et ses joie....


Arrête, ça suffit...
Ce temps est révolu, il n'y a plus de bonheur là haut, ne le comprends-tu pas, Fidler?
Tout est fini, fini !! Tout est terminé et je suis morte, mentalement....
Je ne veux plus vivre, pas sans lui, quand le comprendras-tu enfin, alors arrête.....
Arrête, ça suffit.... Il n'y a plus rien à profiter, tu m'entends... ?

Allongés sur le sol, tous les trois, moi au milieu des garçons à regarder le plafond.
Nous à rire, profiter de la vie, se raconter à tour de rôle des histoires...
Lyssandre des anecdotes amusantes de la Congrégation....
Puis qui passe la parole à Julian racontant des mythes qu'il avait lus...
Puis qui me passe la parole pour raconter des histoires qui les font frémir...
Les mots qui s'enchaînent pour réaliser notre défi stupide de tenir la journée ainsi et perdre une journée de notre vie de la sorte..
Les histoires qui se tissent à la suite les unes des autres sans fin, dans un éternel recommencement.... Des mots qui s'enchaînent qui se tracent, qui s'élancent....


Non, stop, ça suffit, ça suffit de m'envoyer tout ce bonheur....
Assez, assez, je n'en puis plus... Vois comment j'en frémis de douleur et d'autre chose, qui devient de plus en plus intense..... Vois comment je me tords pour essayer de t'échapper…

Allongés sur le sol, à enchaîner des suites de mots infinis, s'alignant les uns aux autres, donnant des phrases de plus en plus drôles dans ce jeu de cadavre exquis... Mais j'en ai tu le nom pour ne point faire de peine à Lyssandre...Assurément, un tel nom lui déplairait...... Je ne peux pas le blesser , lui qui a déjà été tant blessé.... Et le jeu continue s'enchaîne, reprend.. Et nous rions des serpents qui se mordent la queue parce qu'ils s'ennuient, et nous rions des doles d'association que nous nous donnons... Nous rions , nous profitons d'une vie...
Une vie qui n'a plus lieu d'être.
Un bonheur qui n'est plus, qui a disparu, parti en fumée comme le reste....


Assez, assez, assez.... Assez....
Assez, bon sang, assez.....

« LAISSE MOI JULIAN ! TU NE VOIS DONC PAS ? A CAUSE DE MOI TU VAS TOUT PERDRE ! JE VAIS ETRE TA PERTE ! A CAUSE DE MOI TU NE POURRAS JAMAIS ETRE HEUREUX ! LES AUTRES TE REJETERONT TOUJOURS SI TU ES AVEC MOI ! NE T ECOMBRE PLUS DE MOI ! JE NE TE MERITE PAS ! JE SUIS EGOISTE ! CAR JE TE TATTACHE A MOI ALORS QUE TU POURRAIS ETRE HEUREUX SANS MOI, MOI ET MES ODIEUX YEUX ROUGES ET MES MAINS, MOI ET.....
Subitement... Deux bras se referment sur moi et m'enlacent fortement. Me surprenant et arrêtant le flot de mots. Me faisant tressaillir. Faisant battre mon cœur plus fort encore, faisant écarquiller mes yeux et murmurer son nom, surprise. Que.. Pourquoi.. Et cette étreinte. N'a rien à voir avec celles que je  connais. Elle est possessive.... et passionnée. Forte, très forte. Comme l'est subitement la voix de Julian.
« Je les aimes, tes yeux rouges. Je les aimes tes mains. Je l'aime, ta fumée. Je t'aime, toi. Tu ne peux pas être ma perte. Tu es mon salut. Tu es celle qui me sourit quand je ne vais pas bien. Tu es celle qui m'apporte ma lumière quotidienne. Quand tu n'es pas là, je déprime, seul, en Hongrie. Tu ne m'attaches pas à moi, car je m'attache à toi. Volontairement. Et je me moque de ce que les gens peuvent penser de moi parce que la personne que j'aime, que j'ai toujours aimé, c'est toi. Ils peuvent bien me rejeter... Je n'en ai rien à faire. J'ai déjà été rejeté par ce monde et cela m'a permis de te rencontrer, TOI. Alors ils peuvent me rejeter tant qu'ils veulent, tant que je t'ai TOI, je m'en moque.… »
Je tremble de plus belle à ses mots.. Veut-il dire.. Veut-il dire... Non, c'est de l'amour fraternel, sûrement.. Il se trompe.. Il se trompe sûrement... Alors Je murmure, blessée :
-Tu m''aimes comme une sœur....
Et subitement je sens, impérieuse, la main de Julian relever mon menton. Puis ses lèvres rencontrer les miennes.
M'offrant la réponse que je voulais.
Que je n'ai plus.
N'aurait plus jamais.
Ait perdu parce que j'existais.
Ait perdu parce qu'il s'était attaché à moi….
Les larmes perlent à mes yeux..
Elle s'écoulent et tombent dans ce monde silence, élançant la peine qui faisait prisonnier mon cœur…. Elles s'écoulent et ne viennent plus seulement de mon âme mais mon corps là haut que je recommence à percevoir…Par une espèce de cruauté et de méchanceté….
Et ma voix ne peut que murmurer ce mot, inlassablement…..


Assez, assez, assez,assez,assez,assez,assez…..
Assez,assez,assez,assez,assez,assez,assez,assez,assez,
Assez,assez,assez,assez,assez….

« Je ne suis pas gentil ! Je suis ignoble.. Ignoble ! Tu vas être libre, voire le monde extérieur et tout ce à quoi je pense c'est que tu vas t'éloigner de moi, que je vais te perdre, que tu vas m'oublier, voire me mépriser, que pour toi je ne deviendrais que le pauvre paysan imbécile et.... »

Mes lèvres se déposent sur son front. Tendrement. Gentiment. Et le font tressaillir en sentant ses joues chauffer, étrangement mais aussi se figer. Ce qui me fait sourire et m'amène à l'enlacer et le serrer contre moi alors qu'il murmure mon nom surpris, perdu. Ne comprenant rien. A mon inverse, à présent... Sa douleur prend tout son sens. Et je vais l'apaiser, libérer une pensée que j'ai toujours eu, jamais exprimé, de peur de l'embarasser, mais qui ici me semble la solution....Aussi je murmure en souriant :
« Tu es l'être qui m'est le plus cher au monde, Juli...Et personne, non personne ne pourra jamais changer cela. Pour que tu me perdes, il faudrait que je meurs. Je serai loin,oui, mais toi tu seras en mon cœur, toujours. Tu m'es trop précieux pour qu'il en soit autrement. » A ces mots, il se détache de moi et me regarde, yeux brouillés de larmes à la recherche d'un indicible espoir, osant à peine y croire Alors je lui souris de mon plus beau sourire avant de lui ouvrir les bras, comme autrefois lorsque j'étais enfant avec ce même « steuplaît ». Et il regarde silencieux, larmes coulant sur ses joues avant d'esquisser un sourire, un doux et tendre sourire avant de se blottir contre moi, étrangement rougissant, murmurant :
« Merci...
Je souris en retour, ma main guidée d'instinct pour caresser ses longs et étranges cheveux bleus d'un geste apaisant et murmure en retour :
- De rien.... 
Avant d'ajouter doucement, tendrement réalisant que je ne lui dit pas assez souvent :
-Je t'adore, Juli...
-Moi aussi je t'aime »
Tu le vois, à présent, ce double sentiment ? Il était déjà là quand tu n'avais que onze ans…..
Et tu avais tort, fillette. Pour que tu le perdes, il fallait qu'il meure, lui.

A présent, il ne vit plus qu'en ton coeur.
Tu n'as plus rien, rien que tes souvenirs.
Car tout est mort.
Sauf toi.
Toi, tu es vivante, ton cœur bat, ton corps se soulève pour te permettre de respirer depuis que tu as sombré dans l'inconscience… Parce que Fidler était là, parce son pouvoir sommeillait en toi.
Tu le sens ton corps, à chaque instant qui passe… Tu les sens les draps qui t'entourent…
Tu la sens la main qui caresse tes cheveux là haut…
La main à la fois connue et inconnue d'une personne…
Tu vois, tu n'es même pas seule, malgré tes dires….
Il y a quelqu'un avec toi, là haut.
Tu peux remonter en paix, tu n'es pas seule.
Tu peux laisser les morts vivre, et toi retourner dans la vie mourir.


Non…. C'est hors de question….
Je ne veux pas…. Je refuse….
Je veux rester auprès de la seule personne qui me restait et que l'on m'a ôté….
Tu ne comprends pas ? Il n'y a plus rien là haut…
Mon corps vit, mais mon esprit est mort, terrassé par la douleur et la perte.
Alors emporte moi, submerge moi, récupère ce que tu veux de moi mais tue ma mémoire, tue ses souvenirs….
Noie moi, efface Alyss du monde.

Alyss… Ma douce et tendre Alyss….
Je ne t'effacerai jamais. Jamais.
Tu es moi et je suis toi.
Ces souvenirs douloureux te créent en ce monde et les effacer, c'est comme effacer ton existence en ce monde.


Parfait. Fais le.
Je voudrais ne jamais avoir existé.
Je voudrais mourir en silence dans le secret de tous.
Je voudrais avoir réussi à mourir, le jour où j'ai essayé de me tuer.

Et le bonheur, que tu as vécu avec Julian ?
Et Ren que tu n'aurais jamais rencontré ?
Et Lyssandre que tu n'aurais jamais rencontré ni sauvé ?  
Sans toi, il serait mort…
Julian aurait été plus malheureux que des pierres…
Et toi tu serais morte en ne goûtant que le malheur….


Je m'en moque, d'être heureuse.
Je m'en moque, de ces instants.
Au final, ils n'existeront plus jamais.
Je me moque du bonheur, s'il a détruit tout ceux que j'aimais.
Je ne veux pas être heureuse si cela rend malheureux ceux que j'aime.
Et puisque je ne sais faire que du mal, je préfère disparaître.
Regarde, je suis un monstre.
Un monstre qui a tué d'autres êtres vivants.

J'ai vu bien des monstres, durant mes vies…
Et tu n'as rien d'un monstre.
Tu n'es qu'une victime de leur société meurtrie.
Tu n'as jamais voulu que te plier à ce qu'ils voulaient de toi….
Et tout ce que tu en as reçu est du mépris et de la peur.
Ils n'ont pas volé leur châtiment.
Et tu ne te moques pas du bonheur.
Bien au contraire.
Tu veux être heureuse, plus que tout.
Je connais ton cœur.
Tu veux être heureuse, et remplir le cœur des gens que tu aimes de bonheur.
Tu aspires au bonheur, tu l'appelles à chaque seconde, chaque minute, chaque seconde…
Tu le cherches depuis ton enfance.
Comme tout être humain.
Tu le veux, tu l'as eu, et rien ne t'empêche de l'avoir à nouveau.


C'est faux.
Tout est faux, rien de tout cela n'est vrai.
Je ne le veux pas….

Tu n'es pas égoïste parce que tu veux être heureuse, Alyss.
Tu n'es pas un monstre, et tu n'es en rien responsable du malheur de tes proches.
C'est la bêtise qui leur a pris leur vie.
Tu veux le bonheur et vivre heureuse, simplement.
Et tu le peux, crois moi.
Si tu remontes là haut…..


ASSEZ !
Le cri perce et jaillit enfin de ma voix.
Mes yeux se rouvre et autour de moi le monde mort se suspend.
Plus rien ne bouge, plus rien ne vacille.
Il n'y a plus qu'une silhouette d'une petite jeune fille au cœur d'un maelstrom du passé qui n'est plus et auquel elle s'accroche désespérément dans l'espoir de le voir disparaître et la submerger..….
Une jeune fille à qui l'on donne à voir la vérité, en lui rappelant ses actes, ses faits, ses propres conseils, ce qui tout perdrait de sens si elle disparaissait.... En ignorant les raisons d'une telle volonté.
Pour ne plus rien ressentir, oui évidemment.
Mais aussi surtout pour ne pas laisser mourir vraiment ceux qu'elle aime…
Mais aussi pour cesser de détruire la vie de tout ceux qui ont le malheur de s'attacher à elle.
Parce que c'est bien ça, la vérité.
Je serai mieux morte que vive.
Et sans Julian, je ne suis rien.
Plus rien.
Vivre sans lui n'est pas la vie.
Je me replie sur moi-même et dans le monde où le silence même est mort, je hurle ma peine et ma douleur….Un peu d'accalmie avant que la vérité ne revienne.
Je suis vivante et il est mort.
Un peu d'accalmie et de tristesse puisque personne n'a pitié de moi…..
Encore un peu entourée de ses souvenirs que je voulais voir disparaître….
Je suis seule à jamais.
Condamnée.

« Tu ne seras jamais seule, petite Alyss. »
La voix s'élève alentour, dans le silence de ce monde mort.
Elle s'élève et m'entoure.
Elle est pleine d'une chaleur insoupçonnée,une affection qui m'est inconnue.
Je sais d'où elle vient, je ne le sais que trop bien.
Du monde d'en haut, celui que je suis sensée retrouver sous peu.
Ce même monde qui m'attend, patiemment.
Elle est à la fois connue et inconnue.
Quelque chose en elle m'est familier.
Mais quoi ? Impossible de savoir…..
A nouveau elle reprend… s'élève, douce et presque tendre, comme la voix d'un père….
« Tu n'as pas à avoir peur, Alyss. Nous serons là pour toi. Pour toujours.Nous veillerons sur toi. Plus personne ne te blessera comme ces stupides humains ont cru pouvoir te blesser. Je te le promets.»
La voix est pleine de chaleur et d'affection... Pleine de soutien et d'attention....
Elle s'élève autour de moi, comme voulant m'entourer d'un cocon réconfortant...
Et ma chair gelée, un peu étonnée, se laisse entourer...
Ce ne sont que des mots, comme tous en disent, tous les jours....
Mais j'ai le sentiment au plus profond de moi-même que celui qui me les adresse, tient toujours ses promesses....
Qu'il m'a été cher, autrefois.....
Mais impossible de me rappeler de comment et pourquoi....

Peut être la réponse est-elle dans ses cendres, qui flotte alentour....
Et de  ma main j'effleure, un des souvenirs, dans l'espoir qu'il se révèle à moi....
Et comme venant de ma main une flamme l'enlace et s'embrase, en un instant...
Et alentour ce sont des milliers de fleurs de flammes qui naissent, des milliers de fleurs de flammes qui éclosent en même temps, chacune prenant en son centre un de ses souvenirs de cendres.....
Et l'enfant que je suis demeure seule au milieu d'un monde qui se détruit plus encore...
Peut être par ma faute, une fois de plus....
Les larmes redoublent en mon cœur et mes yeux....
Et pourtant, je n'ai pas l'impression d'être seule.
Il y a quelque chose, qui m'observe. Qui me guette.
Je sens sa présence, son regard. Il m'épie.
Et je le cherche du regard, le cherche sans rien trouver.

Et à nouveau cette voix familière venue de là haut.....
«  Rien de mal ne pourra t'arriver tant que nous serons là. Car nous sommes une famille. »
Une.... famille ? Je n'ai plus de famille....
La mienne a péri dans les flammes....
Comme brûle autour de moi des souvenirs....
Pourtant si je me concentre, leurs visages sont toujours en moi...
Julian continue de me sourire, Lyssandre, de me taquiner, mon père et ma mère de me câliner....
Des souvenirs brûlent, mais ce ne sont pas les miens.....
Alors à qui appartiennent-ils ?
Un frisson me prend.
Et le regard qui m'épie se fait plus encore présent.
Je le sens....
Il émane de partout à la fois, il est légion, il est partout, il ne me quitte plus......
Je sens ses milliers d'yeux qui me guettent, me surveillent, me cherchent....
Mais pourquoi ?
Un étrange pressentiment froid s'insinue dans mes veines....
Et je frissonne dans ce monde dont seul mes bruits brise le calme….

« Nous veillerons sur toi, comme Julian le faisait.  Personne ne te laissera seule et abandonnée….»
La voix, familière, s'élève à nouveau… Toujours plus parée de chaleur et de douceur, d'affection même….. Elle sonne si familière… Elle semble me connaître, et connaître l'être qui m'était le plus cher au monde….Elle semble savoir bien plus sur moi que moi sur elle….
Pourtant je sais que de mes oreilles d'humaine, je ne l'ai jamais entendu.
Je l'ai connu d'avant.
Le constat me frappe et me paralyse sous la surprise.
Mais d'avant quoi ?
Je ne saurai le dire…. Et à nouveau un frisson me fait trembler et je m'entoure de mes propres bras comme si cela pouvait me sauver…..
Mais je suis seule, ici, et personne ne peut me sauver….
D'ailleurs, qu'est « Ici »?
Oui, quel est ce lieu de cendre qui brûle à présent ?
Quel est cet endroit ? Où suis-je et pourquoi ?
« Au plus profond de toi-même, là où personne ne peut t'atteindre et blesser… Là où ma conscience peut enlacer ta frêle personne et la protéger….Là où ma conscience t'entoure, toi qui a cherché à t'y cacher et être noyée par elle pour ne plus rien ressentir…Et ne plus souffrir. Par peur d'être seule. Parce que c'est douloureux de vivre sans lui. »

Sa voix emplit l'espace.
Elle est là, encore là….
Elle me guette de ses milliers d'yeux incandescents…..
Elle m'entoure, m'enlace, m'emprisonne……
Je sens sa présence, étrange, partout tout autour, me bordant comme l'on borde un enfant….
Je sens en écho sa puissance, ses forces, son âme, qui pourrait me dévorer en un instant….
Je la devine, je la respire, je vis en elle.
Je ne suis qu'une petite silhouette d'ombre perdue au sein d'une immense forme de ténèbres.
Je ne suis qu'un grain de sable au milieu de l'océan…..
Que puis-je faire au sein de cet endroit…
Je suis petite, fragile, et rien ne peut me retenir et m'attacher là haut….
Il n'y a plus d'attaches, plus rien de précieux, plus rien à protéger..
Je suis petite et noyée en moi-même comme je voulais…
Retourner à la réalité est illusoire….. Car plus rien ne peut me mener vers la surface.
Je ne sais où aller, je ne sais comment faire…
J'ai mal, je suis perdue, je ne suis plus rien...
Ce monde là haut est sale, corrompu et mauvais…
Si je le revois encore, je finirai brisée…..
Quelle place y ai-je ?
Aucune si ce n'est de me laisser dévorer et anéantir.
Oui, c'est mieux ainsi.
Je ferme les yeux.

« Nous t'attendons, Alyss. Prends le temps qu'il te faut. Je me doute de combien cela doit être dur de perdre cette personne qui t'était si chère. Mais je veux que tu saches que nous serons là, toujours. Alors reviens nous Alyss. Rappelle-toi de qui tu es. »
Ces mots glissent doucement en ce monde en une valse de chaleur et de douceur qui vient caresser mes joues…..  Ils viennent de plus haut et tracent comme une échelle, une valse vers la réalité que je ne voyais plus….Je la sens, cette affection, je la sens cette attente..
Comme si là haut quelqu'un m'attendait vraiment… Comme si là haut il y avait encore quelque chose de chaleureux et lumineux, comme si là haut il y avait encore de l'espoir…..
« Et si tu allais voir, ma douce Alyss ? »
Un murmure. Mais il n'a pas la voix que je connais.
Ce n'est pas celle de cette étrange conscience qui me contient….
Oh non… C'est la voix…. De mon…
J'ouvre les yeux à nouveau…..
Et mes yeux sont capturés par son regard bleu et son sourire tendre…
Ses longs cheveux d'un noir bleuté qui s'agitent sous l'effet d'une brise alors qu'il me sourie tendrement….
Et les larmes reviennent à mes yeux et je me jette à son cou alors qu'il m'enserre, avec son amour….

Je m'accroche à lui, je m'accroche à lui de toutes mes forces alors qu'il me berce avec tendresse, en chantonnant cette chanson que mes parents chantonnaient autrefois…..
Et c'est soudain comme s'ils étaient tous là autour de moi, tous à me toucher, tous à me caresser les cheveux….
Et quand Julian reparle, sa voix est légion…..
« Nous ne mourrerons jamais. Nous sommes dans ton cœur pour l'éternité. Alors vis pour nous, s'il te plaît, vis pour la vie que nous n'avons plus. »
Tes mots sont les mêmes que ceux que j'ai donné à Lyssandre, autrefois.
Vous étiez meilleurs amis, ce n'est pas impossible.
Et tu viens me les redonner en personne….
Tu es là, dans mes bras à me serrer contre toi pour la dernière fois…..
Je m'accroche à toi, de toute mes forces.  Oh que je voudrais que cette fois dure toujours…..
Que je voudrais suspendre le temps et rester entre tes bras…..
Mais le temps a déjà été trop suspendu et je vais devoir reprendre le cours de ma vie….
Sans toi.
Je pleure une fois de plus et tu chantes doucement….
Et là haut quelqu'un chantonne doucement….
La même berceuse, la même douceur, tout là haut…
Et le monde s'emplit encore de chaleur et de douceur et le monde dessine un immense escalier de lumière vers la surface…
Et Julian me lâche doucement et recule d'un pas en me souriant d'un air voulu rassurant.
Je tends la main pour le retenir, mais je sais que cela ne sert à rien.
Tout est fini.
Maintenant, il me faut m'en aller.
Regagner la lumière où tu n'es plus.
Faire ce qu'il y a de plus difficile au monde.
Continuer d'avancer.
Et tu me souries, doucement, tendrement, couvant mes pas comme tu m'as protégé tout du long.
Me suivant du regard regagner la réalité où tu n'es plus.
Et je peux pas te quitter des yeux alors que je monte les marches.
Et tu me souries à chacune d'elle montée, tu me souries un peu plus comme un encouragement.
Tu me suis comme tu m'as toujours suivi.
Et ton regard promet que ce n'est pas la fin, mais le début.
Et enivrée de ton espoir et ton amour j'émerge dans ce monde où tu n'es plus.

[HRP Désolée, vu sa longueur j'ai du le découper en deux  D: ][/i]
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MessageSujet: Re: Ceux qui restent [Rp Flashback] [Hongrie] [With Claudia Leiden] Sam 10 Déc - 0:43

Tout est trop lumineux, trop joyeux pour mon cœur meurtri…
Le soleil d'un début de journée vient effleurer ma peau, la caresser, comme pour la réchauffer….
La lumière qui parvient à mes yeux est si aveuglante qu'elle manque de me faire mal….
Elle me rappelle que le monde, en haut, ce monde si corrompu continue de vivre alors que tu n'es plus…
Les larmes à nouveau affluent en mes yeux et je ne les retiens pas.
Je pleure l'homme que j'aime et que j'ai laissé dans mes mémoires éveillées..
Je pleure l'homme que l'on m'a enlevé par bêtise, intolérance et ignorance.
Je pleure l'homme que je laisse au creux de mon coeur…
Je pleure ces bonheurs, ces instants qui ne seront plus jamais…
Je pleure et personne ne pourra me les ôter….
Je pleure et quelqu'un par compassion m'attire contre lui et je me laisse aller….
Toujours la même chanson de ses lèvres…..
Pas un mot, juste cette chanson, qui me reste, vestige de ce long rêve…
Et quelqu'un quelque part, me prend dans ses bras…..
Elle vient de ce monde que j'ai quitté…
C'était elle qui m'avait protégé…..
Qui pouvait en un instant me dévorer...
Et qui pourtant me câline, doucement, tendrement….
Et dans ses bras aussi, je me laisse porter un court instant….
Plus rien ne compte.
Le temps s'étire et s'effile, mais nous ne le brisons pas…
Il n'est que silence et larmes…..
Que silence et chansons unies.

Qu'importe le monde extérieur.
Il disparaît un temps. Il n'y a plus que nous deux, l'espace d'un instant en ce monde clos.
Le monde se résume à ses bras qui m'enlacent et me bercent, comme de si nombreuses fois auparavant…..A chaque fois que je lui revenais, comme pour tous ses frères et sœurs, ils nous entouraient de son affection….
Je ne l'avais jamais repoussé, je ne l'aurais jamais voulu… Je cherchais même son affection et sa fierté….. Je voulais qu'il soit fier de moi, je voulais qu'il me sourit, qu'il m'ébouriffa mes cheveux…
Je voulais qu'il m'admire, qu'il m'apprécie, lui être utile, mon Prince Millénaire….
Un étrange frisson m'enlace subitement alors que son nom vient à mon esprit et glisse avec des souvenirs qui ne m’appartiennent pas.
Le Prince… Millénaire ? Est ce que……..
Je me détache légèrement de lui et je contemple son visage, à la recherche de ses horreurs que m'ont décrite autrefois les compatibles qui m'ont sauvé la vie.
Mais il n'y a face à moi qu'un homme aux cheveux noirs avec un immense haut de forme posé non loin de lui qui me sourit et tend une main pour caresser ma joue et le fait avec une douceur qui n'a rien à voir avec ce que serait un homme qui vole les espoirs d'autrefois pour détruire le monde.
Un homme qui me sourit et me murmure, doucement…
« Bon retour parmi nous, Alyss ♥ »
Un tel homme peut-il…
Je ne sais pas, je ne sais plus….
Je me sens perdue et dépassée par ce monde qui m'entoure et je ne sais plus rien…
Un léger vertige me secoue et m'assaille sans crier gare.
Et prévenant, le voilà à me soutenir doucement.. Gentiment...Pourtant…
Mai il n'y a qu'un moyen de le savoir…. Un seul et unique….
Et de ma voix rauque et cassée à force d'avoir hurlé en moi-même je demande….
« Vous… Vous n'êtes pas le Comte Millénaire…. Si ?"
Ça me semble si impossible en cet instant…..

Et pourtant....
Un triste sourire un peu triste, sa main qui se tend pour caresser ma joue...
Et je ré alise bien avant qu'il ne confirme que mon intuition étrange est vérité....
Mais, mais, ce n'est pas possible...
L'homme qu'on m'a décrit est mauvais, cupide......
Et avide des âmes des êtres perdus qui ont perdus ceux qui leur était chers..
Comme la mienne.
Le constat me frappe et me fait tressaillir et me reculer pour éviter son contact.
Un frisson me saisit et me fait trembler...
C'était donc pour ça......
Pour mon corps et l'âme de Julian.....
Mais... Je ne... Mais cependant....
Il pourrait me briser, me détruire me tuer, en un rien de temps, si je refuse son marché alléchant...
Car il l'est, oui...
Revoir Julian, lui parler quelques instants puis mourir, comme je l'avais voulu....
L'horreur du marché s'atténue pour quelques instants en réalisant cela....
Mais les mots de Julian me reviennent...
Vivre pour les morts..
C'est la raison précise pour laquelle je ne dois pas mourir et accepter ce marché.
Mais si je refuse ce marché.... Il y a peu si peu de chances que je survive....
Je suis petite et faible face à lui...
Mais pas totalement sans défense.
Je n'aurai que mes mains comme armes.
Ces mains qui ont déjà tué.
Et qui pourraient bien recommencer pour l'ennemi de l'humanité.

Et je lui fais face et soutiens son regard, tentant de réprimer mes frissons étranges à cette possibilité de ma prochaine mort, celle qui ne m'effrayait pas, quand je l'envisageais seule.
Je plonge mon regard écarlate en défi dans le sien en ôtant mes gants, prête à passer à l'offensive s'il le faut. Je n'ai pas la moindre chance, mais je ne me laisserait pas mourir sans avoir essayé.
Pour que Julian soit fier de moi.
Je ne le quitte pas des yeux et je m'exclame, de la voix la plus assurée que je puisse....
« Vous perdez votre temps. Je vous laisserais pas mon corps pour ressusciter mon fiancé.
Et je ne cille pas, le fixe de mon regard attendant ses prochains mouvements, prête à réduire en fumée mes draps s'il le faut...... Et je le fixe, guette ma proie, attend patiemment....
Et un sourire fend ses lèvres et il secoue la tête pour s'exclamer :
« Je ne suis pas venu pour ça, Alyss."
Pas venu..... Pour ça ?
Et ma superbe et ma dureté apparente s'effondrent comme un château de cartes soufflées par le vent..... Et je reste à le regarder stupéfaite...
Alors qu'un petit rire attendri résonne en moi sans que je sache d'où il provienne....
Il n'a rien de moqueur, il admire simplement mes débuts....
Puis il commente avec douceur....
« Je ne regrette vraiment pas de t'avoir choisi.... "
Choi....sie ? Mon cœur en rate un battement alors que je sens mes yeux s'écarquiller encore plus...
Et que ce monde a encore moins de sens à mes yeux.....
Et pourquoi, aussi, alors......

Et puis sa voix, qui se trace en l'air, avec une douceur étrange et incongrue, semblant deviner l'une des questions que tout cela m'a amené....
« Tu le sais au fond de toi. »
Il me les a déjà dit ces mots… De si nombrables fois quand je lui revenais… Je me rappelle de chaque fois où perdue et déboussolée, en proie à des choses que je ne comprenais pas, il venait avec ce même sourire pour m'apporter la lumière et la compréhension…
Pour me ramener dans son monde vers mon rang.
Le rang qui a toujours été le mien.
Auprès de ma vraie famille.
Auprès des Noés.
Ma….. vraie famille ? Les Noés….. ?
Que… Mes yeux s'écarquillent plus encore alors que le monde a de moins en moins de sens autour de moi…. Que des questions en amènent d'autres……
Et que je suis perdue en son centre, à ne plus rien comprendre….
Une voix apaisante… Un murmure….
« Je peux t'expliquer, si tu veux… »
Mais elle ne provient pas de la réalité.
Mais de mon âme même.
Le constat me frappe et me fait frissonner.

Et c'est alors que je la sens.
Elle est là, encore là…..
Elle m'a suivi là haut.
Elle est là, elle ne m'a jamais quitté…
Elle m'épie depuis le fond de mon âme…
Elle m'entoure, m'enlace, se mêle à moi…
J'entends sa voix, je sens sa puissance, je sens qu'elle pourrait me dévorer d'un instant à l'autre et ne rien laisser de moi…. Je sens ses milliers d'yeux épier chacun de mes gestes…
Je sens ses sensations qui essayent de me témoigner une sensation que le Prince n'est pas notre ennemi…..
Je sens sa mémoire, ses émotions….. Je devine ses instants de joie avec cet individu, je vois certains de ses souvenirs, eux qui m'ont accompagné quand je me perdais…..
Je reconnais sa voix, je l'entends, elle m'entoure et n'a jamais eu de cesse de m'apaiser et m'aider…..
Je connais même son nom.
Fidler.
Son nom glisse en mon esprit alors que je tressaille, horrifiée, perdue dans ce monde de pensées que je ne connais pas…..
Son murmure, à nouveau dans mon oreille….
« Oui c'est l'un de mes noms. Mais je suis aussi toi. »
Sa présence alentour, partout…. Plus qu'elle alentour… Le monde perd de ses couleurs et de sa clarté… Tout semble devenir flou alentour, les objets devenir des couleurs indistinctes, comme la première fois…Celle où j'étais tombée dans ce monde dont je venais de ressortir.
Et elle est là, nouveau, forme indistincte de flammes qui prend peu à peu figure humaine dans les flammes et qui a mon visage qui me sourit et tend une main pour caresser ma joue…..
-N….Non….. Tu n'es pas moi….
Ma voix n'est qu'un murmure horrifié. Alors que je sens sa présence se resserrer autour de moi, que je sens ses yeux me fixer, prêts à me dévorer, m'engloutir…Qu'elle murmure :
« Si, si,si… Nous ne sommes qu'une…. »
Parce que ce n'est sûrement que pour cela qu'elle est là.
Pour s'emparer de moi.
Elle la Noé de la Voracité, alliée millénaire du Comte et qui traverse les siècles en changeant de corps pour toujours se tenir avec son frère….. Et qui à présent veut m'emmener dans son obscurité…. J'en frissonne et tremble, prête à me battre.. Mais que puis-je ? Je ne suis qu'une faible humain et mon pouvoir seul dépend d'elle…. Ma fin approche…..
« Alyss ! »
Une main sur mon épaule qui la secoue.

Et je tressaille et ce monde liquide sans son se fissure en éclat de cristal et j'inspire à nouveau, subitement alors qu'autour de moi le monde reprend ses couleurs……
Et que le visage alarmé du Comte me fait face…. Et que je réalise que sa main est sur mon épaule.
Et que je me dégage, en hurlant :
« Ne me touchez pas ! »
Car tout est de sa faute.. Sa faute à lui… C'est parce qu'il est là, que Fidler existe… Que Fidler voudra me dévorer un jour… Que je serai obligée de devenir un monstre… Que je voudrais détruire le monde….. C'est à cause de lui et d'elle que mes mains changent en fumée… C'est à cause d'eux que le monde m'en a voulu et m'en veux..C'est à cause d'eux que je ne peux plus m'accrocher à mes rêves de monde que l'on peut changer….Ils sont mauvais terriblement mauvais, et je vais le devenir aussi…. C'est mon destin, c'est écrit… Et je tremble en réalisant cela…
Tout cela commence déjà à faire de moi un monstre… Un monstre qui a tué de sang froid son village, et les gens qui me menaçaient… Un monstre qui a du sang sur les mains…..
« Parce qu'ils voulaient que tu sois comme ça. Par vengeance et désespoir. Pour venger ton amour et ta famille tué et tes espoirs détruis…  Tu n'es pas un monstre… Juste un être humain...»
Son murmure à nouveau….. Mais je ne veux pas l'entendre, je ne veux pas la sentir…..
Et je hurle, je hurle….
A qui, je n'en sais rien. Mais je hurle…
« Faites là taire.. Faites là taire… Par pitié…..
-Ne la rejette pas…. Plus tu la rejetteras, plus tu en souffriras.
La voix de ma Némésis. Douce mais déterminée.
La voix du mal, qui me dit de me laisser gagner par le mal….
Mais jamais. Et je plonge mon regard de défi dans le sien……
Puis je m'exclame :
« Jamais je ne succomberai au mal. »

Un sourire sur ses lèvres. Un peu triste.
Qui me peine et me donne envie de m'excuser….
Et qui de l'autre côté me hérisse et me donne envie de lui envoyer ces fautes et son horreur….
Mais rien de cela ne perce la surface, et sa voix glisse sur la surface…..
« Et qu'est ce qui est le mal ?
-Vous. »
Ma réponse vient, précise et nette comme les lames de Damoclès qui pendent au dessus de ma tête, affûtées comme l'horreur de ma situation qui n'a aucun sens…..
Et je le regarde du regard, le défiant de me prouver le contraire. Qu'il ne pourra faire , il est le mal incarné. Bien sûr….. Oh, il essayera, mais il n'aura aucun appui, aucun fait solide et ne pourra rien, bien évidemment….. C'est évident.
« N'est ce pas une vision biaisée ?
Que… Je m'arrête, interdite, pour le regarder…. Une vision biaisée ? Alors qu'il est le mal incarné ? Bien sûr que non….. Elle est objective, et pure…. Et je le regarde médusée de son audace…
Et lui se contente d'un sourire et s'exclame….
« Alors Ren était mauvaise ? Alors Julian était mauvais ? Alors tu es mauvaise ? Alors je suis mauvais ? Pourtant, je n'ai jamais cherché à te rejeter, moi… Je n'ai jamais cherché à te faire du mal…. Pourtant Ren et Julian étaient déterminés à te protéger à tout prix….
-Je vous interdis de parler d'eux… ! Ren était adorable et Julian plus encore….. ! Alors que, vous, vous êtes le mal…..Le mal incarné……
Je ne veux pas le voir salir ces noms si aimé… Et j'ai peur de comprendre…...Si peur….
A nouveau ce sourire si triste…… Puis….
« Et pourtant Ren était un akuma, une de ses poupées qui sont les miennes. Et Julian était un Broker, un humain à mon service. Pour deux choses : te protéger de ceux qui voulaient ta mort, et ce depuis la mort de tes parents et te venger et se venger du massacre de la seule famille qui lui restait. Et je lui ai laissé Ren pour qu'elle veille sur toi, sans savoir que tu étais la Noé de la Voracité."

Mes yeux s'écarquillent à nouveau, l'horreur me submerge et j'essaye de nier ce que j'entends…..
Il doit me mentir, c'est impossible.. Julian, mon Julian n'a pas pu……
Mais son air, sa voix… Il est sincère. Même Fidler me le chuchote.
Mais Julian n'avait rien de mauvais… Il était la bonté incarnée et il n'aurait jamais pu…..
Pourtant, à l'en croire…. Je revois chaque geste, chaque mot….
Mais il n'y a rien… Si ce n'est……
Allongés sur le sol, à nouveau à regarder le plafond....
Julian qui murmure, doucement,presque avec tristesse....
« Je me demande quel avenir a ce monde.......
Et moi, pleine d'enthousiasme, ou d'idiotie je lui réponds....
-L'avenir qu'on lui donne. A nous de tout faire pour forger l'univers de nos rêves et le rendre parfait.
Le sourire de Julian qui se tourne vers moi et me sourit avant de porter ma main à ses lèvres et murmurer....
-En tous les cas, je serai toujours à tes côtés pour forger le monde de nos rêves.

Mais lui aussi voulait construire un monde de lumière et de tolérance, et il ne me mentait pas.. Il ne voulait pas détruire le monde.....
Ou peut être... Qu'il voulait le détruire pour en forger un autre.
Et le constat me frappe et m'arrête...
Et l'espace d'un instant, je me mets à douter......
Et si..........
Et mon regard se porte vers le Comte empli de ce même doute....
Et il m'offre une phrase, une seule...
« Tu n'es pas seule à vouloir changer le monde. »
Mais une autre voix me murmure ces mêmes mots....
Et je sens ses bras qui m'enlacent et me tirent à elle...
Et trop stupéfaite, je n'ai pas la force de résister.
Je me laisse emporter.

OoO

Ils la malmènent. Les autres passants s'en moquent et continuent leur chemin.
Ils lui déchirent ses vêtements, ils vont commettre l'irréparable.
Mais personne n'y prête attention.
Parce que ce n'est qu'une veuve qui a eu un enfant illégitime.
Voilà ce monde d'intolérant.
Je le regarde des hauteurs.
Mais je ne peux supporter un tel spectacle... Je dois y aller.....
Mais que puis-je faire ? Je suis faible, je n'ai aucun pouvoir......
« Tu as mon pouvoir.... »
Un murmure.....
Mais je m'y refuse à céder.
Car ce pouvoir signifie la mort et l'horreur, à nouveau...
Et que je serai un monstre.
« Un monstre, vraiment ? Et eux, là...Eux que personne ne regardent et que tous ignorent....
Que sont-ils? »
Tais toi..... Et puis, il y a bien un passant, quelqu'un de la Congrégation qui va s'arrêter et l'aider....
-Ah oui, regarde les.......
Et au loin un uniforme passe, comme celui de mes anciennes amies... Et la fille dans la ruelle le voit et hurle... Mais l'uniforme presse le pas filant ailleurs plus loin...
Ils sont censé être le bien.... Mais ils ne sauvent pas ceux qui sont dans le besoin...
Ils sont sensés être le bien... Mais ils ne sauvent personne.....
Et la fille hurle, et les idiots ivrognes rient....
Et moi horrifiée, je réalise que personne ne viendra la sauver...
Que ce monde va la laisser s'écraser..... Et que personne ne fera rien pour elle.
Mais... Je ne suis pas le monde.
Je saute de mon muret et m'approche des ivrognes, ôtant mes gants...
Grâce à elle je connais mon pouvoir.......
Je saisis un objet et le réduit en fumée....
Puis murmure alors :
« Black Cage.
Et docile, la fumée s'enroule autour de leurs têtes et tous ensemble ils suffoquent et rendent l'âme.....
Et tous ensemble s'écrasent au sol... Ils ressemblent à s'y méprendre à ces êtres infâmes qui m'ont pris ma famille.... Ils ont les mêmes manières, la même intolérance, ils sont aussi écœurants.....
Et pourtant ce monde les laisse agir en toute impunité......
Et personne ne fait rien...
Que ce monde est sale et laid....
« Alors à toi de le changer..... »
Un murmure.... Mais il n'y a plus personne...
Et le rêve se blanchit et il ne reste plus qu'une conviction...
Que ce que j'ai vu est un souvenir.


OoO

Le monde est mort.
Il ne reste plus rien.
D'abord ceux que j'aimais moururent, puis maintenant ce sont mes convictions qui s'effondrent...
Si le bien n'est plus le bien, et le mal n'est plus le mal, que reste-il ?
Si mon Julian essayait de détruire pour reconstruire, et que la Congrégation ne sauvait pas les innocents, où était la lumière ?
Tout est-il relatif ? Que se passe t-il ?
« La même chose qu'avec ta Reine Rouge. Pour comprendre il te faut comprendre le « mal » et comprendre le « bien ». »
Et comment Fidler, dont j'entends à nouveau ta voix et dont la présence m'entoure ?
Comment, quand je ne sais plus rien et que j'erre perdue ?
-En écoutant et en apprenant. Et peut être, qu'elle pourra t'aider..... »
Elle ? Ses mots sont sans sens et je regarde le vide avec surprise... Mais ce vide n'est pas vide....
Il a les couleurs de ma chambre, l'apparence de ma chambre, le mobilier de ma chambre...

Et puis il y a « elle »...
Et subitement je réalise que je dois être morte et que l'on vient me chercher pour m'emmener en enfer, où je devrais résider.....
Ses cheveux immaculés scintillent sous les rayons du soleil et brillent d'un tendre éclat d'une douce et belle tendresse, comme si le soleil était épris de ces fils blancs......
Son visage est jeune, si jeune, pourtant mais il contient une douce et tendre beauté d'une fleur d'innocence qui n'a pas encore fleuri....
On devine aisément que ses gestes seront emplis de grâce et sa petite stature donne d'elle l'impression d'une délicate poupée qu'un coup de vent soufflerait....
Elle est immobile, encore, pour le moment, et ne m'a peut être pas vu.....Ces vêtements sont ceux d'une servante mais son visage est si délicat qu'elle a l'air d'être une princesse du ciel exilée de force sur cette terre..... Comme un ange, un véritable ange descendue sur terre....
Et j'en retiens mon souffle un instant et demande éblouie et émerveillée....
« Vous êtes un ange ? »
Mais la réponse vient point encore... Elle ne saurait sûrement tarder... En attendant mes yeux reprennent et continuent de regarder cette apparition  d'une si singulière beauté....Et subitement je le vois.....Son visage a l'air légèrement triste, pour je ne sais quelle raison... Mais qu'as tu bel ange, à être si triste ? Raconte moi tes malheurs, et j'apaiserai les tiens.....
Je me redresse presque inconsciemment dans mon lit, attristée à la pensée que tu puisses l'être, toi aussi, et j'observe plus encore cette jolie fleur figée et cristallisée dans une beauté qui ne peut être que surnaturelle...

Aux yeux des autres, sa beauté les effrayeraient et ils l’appelleraient monstre....
Mais moi elle me fascine... Elle brille d'un éclat qui n'a aucun égal en ce monde.
Et si elle doit me mener vers l'endroit d'où elle vient, je l'y suivrais volontiers.
Mais en essayant de l'aider...  Car je sens comme une tristesse en elle.
Et je n'aime pas cette sensation... Je voudrais qu'elle soit heureuse.....
Du plus profond de mon cœur....
Et pour une fois Fidler semble vibrer des mêmes émotions.
Et rajouter un doute à ma longue liste, en me la présentant comme capable d'éprouver.....
Mais elle ne bouge pas et ne parle pas, comme si elle n'était pas vivante...
Et son attitude m'intimide quelque peu...
Elle est si plein de majesté... J'ai tellement peur de la déranger par mes premiers simples mots...
Qu'ils étaient idiots et stupides quand c'était la vérité pure, qu'ils étaient horribles pour commencer à lui parler...... Et quel droit avais-je de lui adresser la parole, moi qui ne suis qu'un monstre aux mains tâchées de sang...... Moi qui ait provoqué la mort des gens que j'aimais juste en existant.... Moi au regard rouge sang qui va sûrement l'effrayer....
Et je baisse le regard, intimidée.
Et je regrette les mots que je viens d'énoncer.
Et je murmure doucement un :
« Pardonnez moi. Ne faites pas attention à moi. »
Car je ne le mérite pas.
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MessageSujet: Re: Ceux qui restent [Rp Flashback] [Hongrie] [With Claudia Leiden] Lun 20 Fév - 14:29




Mes larmes sont des débris de verre pilé. Elles agrafent mes joues de leurs épines rouillées, rouges d'un fer à la composition délayée de métal et de sang. Ce visage est une infection, une plaie galeuse et putride, le désagrègement  cadavérique ne l’atteint point, et pour cause, ce temps perdurant aux yeux des morts aveugles, le passeur me l'a destitué. Aucun vers me brouillera la vision éteinte, ce regard de toile fixe offert à la contemplation, les oboles ont fondu dans mes globes, me parant de cet éclat d'émail froid, inique. Parade de chair céramique, de peau séraphine déchue.

Des lames épinglent mes os de cette exposition vitrine, analogue à ces papillons captifs de cadre restrictifs, mon cachot ressert ses barreaux, ma prison se cloisonne à ce corps immuable, perpétuité d'une peine qui s'infuse de son sens le plus mélancolique. Je souffre. Je me mutile. Je suis le martyr d'une vierge de fer greffant son factice faciès dans les vestiges de mon identité faciale détruite.

Elle est irréversible cette sentence, cette senteur de bouillon de macchabées écorchés.

L'âme est une ombre, elle se dissocie du corps tout en se fondant dans son sosie. Quelle greffe m'a-t-on suturé ? N'y risque point de rejet ? Cette projection m'assassine. Mes pensées m'enveniment. Je porte mes stigmates invisibles dans mes entrailles intestines. Antéchrist pour en vêtir l'illusion quand les dermes cèdent pour une carcasse infâme.

Me perds-je ? Dans une mise en abyme d'interrogations, cette question enroule son point, centre gravitationnel tanguant, intangible, j'ai le vertige de ces réponses égarées en écho. Je suis seul locuteur de ce dialogue interne. Vocaliser la demande serait une opprobre à mes droits... inexistants. Après tout ne m'a-t-on pas ravi de l'éternité méritoire ? De ce sommeil serein qui en suit une existence de fatigue. La faucheuse borde d'un linceul de Nyx les paupière éreintées. Son baiser est celui d'une mère.

Ô Claudia, pardonne ma poigne pétrie d'ergots, absous ces mâchoires couronnées de crocs. Cette brutalité, je ne peux la contenir, si ce n'est l'amoindrir à mesure de mon ascension. Je fourmille de rancœur, celle des revenants jaloux de la liberté dont jouissent les vivants – les mortels qui ont encore cette chance de choisir de périr. Mon cœur est une fourmilière. Ça y grouille. Ça y creuse. Ça y mâche. Effusion. Corrosion. La destruction y est souveraine. Les émotions y sont souterraines.

J’enfouis ce que les maux ne peuvent convertir en mots. Un mal tabou au Belzébuth que j'incarne. J'en comprends les raisons.

Les démons s'abîme dans les abysses qu’esquissent leurs lamentations.

J'ai eu aimé.

*
***

Le malin exulte. Ce rictus aiguise son tranchant sur le revers de mon cuir, je suis ferré, mon intégrité abolie. Des crins marionnettistes garrottent mes chevilles.

Mon persona se lamente, cette haine écœure mon battant qui y ampute sa syllabe. Le fluide compressé suinte du pétrole.

Le gisement d'or fuligineux démantèle mon encéphale de ces précieux souvenirs, pernicieux vices, évincés de mon ancienne entité ainsi qu'un membre spectral.

Ne suis-je point un fantôme ? Un revenant pour émerger du Styx insondable ?

Le corps dépouillé de ma Dia abîme le ciel. Le cri est une extension de ses lèvres, de sa mâchoire. Il expulse le cordon ombilicale d'une naissance neuve.  

Je suis l'organite parasite a te posséder, tissant l'entrelacs de nos veines fusionnées, vaine union, déveine du destin. Il se rit bien de nos rôles tragiques. Sa face d'auguste adipeuse est grotesque. Nous valsons dans les paumes de ses mains. Ses doigts sont d’insupportables barreaux.  

*
***

Mes cils effleurent d'une caresse d'abeille mes joues mouchetées. Grains de beauté sinistre, fardés d'un nuancier sanglant, les tâches de ces existences trépassées abreuvent mon minois comme une pluie d'épices.

Ma conscience s'est éviscérée a cette funeste vision, les mutilations que je perdure sont les cicatrices jumelles de l'antérieure blessure m'ayant cloisonné a cette carcasse. Celle de Claus dont j'oublie le patronyme parfois, quand ma mémoire s'englue du déni douloureux qui restreint l'évidence même.

La silhouette qui a chu en contrebas, rampante, alourdie mon jarret d'une supplique désespéré. Sa singularité faciale se gomme d'uniformité souillée et sanguine. Bien que nous fûmes semblables, que je fus humain, je n'ai amertume à la constater se débattre. Je plante mes ongles dans le tendre de sa poitrine. Dans cette organe propice aux sentiments.

J’eus aimé aussi.

*
***

J’eus rembourré mon battant jusqu'à l'implosion de ses tissus anatomique surchargé d'un bonheur écrasant comme le poids d'un Atlas ? L'échine courbée en génuflexions vers une idolâtrie d’Éros dédiée à l'intégralité de ton Être mon amour, de ta Psyché que j'ai su assimiler, à nous, à moi, le nom de ces deux amants mystiques n'est-il point évocateur ? Enjôleur aussi, joaillerie en perle de nos substances lacrymales chues.  

Quelle poix pernicieuse a noircit nos artères ? Corrompues, nos natures factuelles ne tolèrent la réversibilité. La boite de Pandore nous a fait succomber à nos démons, nous en concédant l'autorité... Nous sommes déchus de nos astres morts. Désastre éploré. Ce n'est point dans tes bras que je coucherai ma solitude.  

Ce rêve qui te tient et dont la réciprocité s'assomme en écho, je n'ai la voix de m'y opposer. Mon mutisme consent votre osmose. Ton bonheur eut toujours été souverain au mien... Ô Dietrich...

Dussé-je devenir un mannequin hérissé d'échardes, ersatz de poupée ensorcelée, pour blottir tes malheurs en réceptacle.

*
***

Le présent se rembobine dans un fuseau d'Arianne rompu. Je m'égare dans les dédales d'une éternité aux fondements d'argile, fragiles. Terres d'ocre et terres de sang sont le terreau rehaussant mes chevilles enorgueillies et fixes d'une lassitude. Les jubilations expressives, les joies carmines, les représentations de ces ultimes théâtres de vie aux rideaux de paupières tombées, ces extases animées de rancunes et de désirs mésalliés, tels que ces antipodes qui furent siamois, s'affadissent.

Peut-être ne suis-je plus cet enfant impulsif qui caractérise cette renaissance ? Ce prélude de bas niveau sans once de conscience, bestial et féroce.

Peut-être suis-je repus jusqu'au dégoût ? Comme ces grands engouements neufs qui en finissent vomitifs, de leur obsession constante.

Cette apathie gèle les sensations de mon appréciation anesthésiée. Le sens se perd, je suis Sisyphe poussant son rocher. Quelle saveur donner à cette immortalité – certes qui n'est point invincible – quand la captivité en restreint son bénéfice ?

Mes mains cramponnent un service d'argent sur lesquels sont disposés de magnifiques céramiques : un pichet d'eau fraîche et son vasque. Un carré de tissu tout aussi futilement fastueux s'étend en langue sur le bec de ce récipient rempli. Des dispositions répondant a de simples injonctions du comte, mon geôlier.

Le Prince annonce la prochaine naissance d'un membre de sa famille, de leur famille. Une sœur future pour Dietrich. C'est davantage cette motivation qui me pousse à placer une certaine application dans cette tâche singulière. Prendre soin d'une vie est un curieux contraste lorsque vos mains sont empoissonnées d'hémoglobine viciée.

Je pénètre, après avoir annoncé ma venue de trois coups projetés sur la porte, dans la chambre pour constater que la dame est éveillée, et plus que cette simple observation, elle me scrute.  

Est-ce sa confrontation primaire face a un akuma ? L'effraie-je ? Ces yeux rouges comme ce sang que j'ai que trop vu, cette couleur dans laquelle je me suis perdu m'efface dans son absorption profonde où je tombe. Le respect est immédiat. La dévotion infaillible.

L'obscur de ses crins fleurit mollement de ces draps en perce-neige nocturne. Son teint des glaces s'émerveille singulièrement de ma venue, une joie que je ne peux que lui rendre par réverbération, comme un soleil hivernal dardant. Un zénith brûlant d'une blessure commune que je méconnais encore. Nous avons assisté a la destruction de nos fragments satellites, moitiés, astres chéris.  

Le sextant de nos réflexions, ce rouage céphalique, s'est rouillé de sous, inutilité, sous ces cieux sans étoiles.

Vous me dites « ange », jeune fille ?

Je ne porte point cette innocence séraphine. Mes plumes ne sont pas de ces voiles immaculés de givre. Je suis du sceau des déchus, de ces célestes qui se sont disloqués d'un amour trop vaste. Ce que les mortels nomment le mal est parfois la plus martyr des médisances, d'un bien qui tyrannise son propre empire, en oubliant sa loi maîtresse, celle d'un amour universel.

Elle s'excuse de son éloge, cette juvénile humaine entre deux sommeils, en phase de stagnation d'une épiphanie palpable. Ces hésitations, ces impressions de dépaysement... Nos émotions s'harmonisent. Je ne peux lui en vouloir.

« Pourquoi vous confondez-vous en excuses, jeune Maîtresse ? Vous n'avez point à vous culpabiliser d'une parole aussi bonne. Et même dans son opposition, vous êtes dans le droit de vous énerver à mon encontre. Je suis à votre service, le plus fidèle, Mademoiselle. »

Je ne me suis jamais appartenu vraiment, cette dernière propriété cédée se dépossédé comme une arme a ses talons. Ça en est plus confortable ainsi et ce don donne un sens a ce qui me manque, une justification de s'autoriser de vivre.

« Vous avez l'air d'avoir eu un sommeil éprouvant. Peut-être êtes vous fiévreuse ? Désirez-vous quelque tissu humidifié pour rafraîchir votre front ? Je puis veiller sur votre repos, si telle est votre demande. » La voix se fait distincte et courtoise.

Sans doute suis-je vraiment le gardien de son état. Cette image d'ange me siérait-elle contre mon gré ?

J'esquisse un rictus serein, amusé de la concordance de cette illustration.

Tu es la première existence que je sauve vraiment, Alyss.  


Hors RP:
 

_________________
I'd rather be dead
Il savait bien pourtant que ce n’était pas une apparition, que les morts ne reviennent point, et que son âme malade, son âme obsédée par une pensée unique, par un souvenir inoubliable, était la seule cause de son supplice, la seule évocatrice de la morte ressuscitée par elle, appelée par elle et dressée aussi par elle devant ses yeux où restait empreinte l’image ineffaçable. - Maupassant.
   
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