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[Canon] Une pâle lueur

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MessageSujet: [Canon] Une pâle lueur Mer 7 Juin - 0:39

Quelque part en Asie.

Une hélice tournait lentement au plafond de la petite pièce brunâtre. Le maigre filet de lumière qui passait à travers le rideau poussiéreux et rapiécé allait toucher le lit et son occupant, assis et calé contre le mur, éclairant une mince partie de son visage. Ainsi installé, bras ballants, le regard dans le vide et une bouteille de Schnaps à la main dans une position où elle manquait de se vider de son contenu sur les draps à chaque instant, on aurait pu croire qu’il était mort. Mais il leva lentement son bras et porta le goulot à sa bouche. Sa veste ouverte sur son torse nu laissait percevoir une importante quantité de bandages au niveau de ses abdominaux.
Sa main droite, celle qui reposait sur le matelas, était bardée de cicatrices dont on pouvait voir qu’elles se prolongeaient sous sa manche, le long de son bras. Visiblement, notre homme en avait bavé. Ses yeux, fixant le plancher craquelé depuis une quinzaine de minutes, étaient vitreux, et semblaient avoir perdu de leur éclat. Mais lorsque les nuages s’estompaient, dans le ciel, de l’autre côté du rideau, et que le rayon de lumière s’amplifiait, on voyait alors les pupilles briller d’un rouge vif. Il soupira, et reprit une gorgée.
La pièce empestait l’alcool. Et ce n’était pas la bouteille de bière et l’hydromel dans le coin près de la fenêtre qui auraient pu le démentir. Peut-être même en avait-il versé sur ses plaies pour cicatriser ? De temps à autre, le blessé se raclait la gorge, pour calmer la brûlure de l’alcool, bien qu’après trois bouteilles il ne dût plus la sentir, ou bien tout simplement de douleur, ses cicatrices semblant le lancer furieusement, en dépit de son calme et de son immobilisme apparent.
Il était en train d’émerger, malgré l’alcool qui lui embrumait certainement l’esprit, il commençait à recouvrir ses sens et à réaliser où il se trouvait. Enfin, justement à réaliser qu’il ne savait absolument pas où il se trouvait, à en juger par sa manière de regarder le mobilier et la fenêtre. Il se leva difficilement, s’appuyant sur la tête du lit pour ne pas tomber. S’aidant du mobilier, il se dirigea jusqu’à la fenêtre, où il écarta le rideau. La lumière pâle l’aveugla et il renonça à essayer de deviner le paysage extérieur pour le moment. Il reprit une gorgée de Schnaps et referma le pan de tissu. Tandis qu’il se redirigeait vers le lit, sa cheville lâcha et il s’écroula lourdement au sol, lâchant sa bouteille qui se brisa, et renversant la lampe à huile sur la table de chevet.
Le fracas alarma quelqu’un dans une pièce voisine, car la porte de la chambre s’ouvrit brusquement, et un petit bout de femme entra dans la pièce, visiblement très soucieuse du sort du blessé.

- Aïe aïe aïe, mais qu’est-ce que vous avez fait là ? Quelle idée de vous lever avec vos blessures !

Son regard se porta sur la bouteille brisée.

- Non mais vous avez bu en plus ? Vous croyez que c’est de ça que vous avez besoin ? Où êtes-vous allé chercher ces bouteilles, d’ailleurs ?

- Elles étaient toutes dans la table de chevet…

La petite dame soupira et s’empressa de lui prêter assistance et lui tendit sa main pour l’aider à se relever. Mais lorsque leurs mains se touchèrent, elle reçut un vif sentiment de brûlure. Elle constata alors que la lampe à huile s’était renversée et avait coulé sur le bras et la main de son invité à terre.

- Vous avez de l’huile bouillante sur la main… ça ne vous brûle pas ?

- Disons… que j’ai le sang chaud.

Il s’appuya à ladite table de chevet et se releva difficilement. La femme dut lever la tête pour pouvoir le regarder dans les yeux, car il faisait un bon mètre quatre-vingt-sept. Debout, sa musculature apparaissait encore plus proéminente, en dépit des bandages usés qui recouvraient son estomac et laissaient apercevoir çà et là de larges entailles pas tout à fait cicatrisées. La petite femme, âgée d’une cinquantaine d’années, déglutit, probablement intimidée face à ce poids lourd, elle qui était si petite. Le grand gaillard se massa les tempes.

- Où suis-je, exactement ? Et qui êtes-vous ?

- Vous avez dormi sacrément longtemps. Vous êtes dans une petite auberge, celle de mon mari. C’est lui qui vous a trouvé. Vous étiez sacrément mal en point.

- Putain, c’est vrai… Je dois y retourner… Ils sont en danger…

- Ecoutez, je ne sais pas de qui vous parlez exactement, mais s’ils étaient en danger, ils ne le sont plus maintenant, d’une manière ou d’une autre. Cela fait quatre jours que mon mari vous a ramené ici. S’il y avait d’autres personnes dans votre cas, il les aurait vues. Quoi qu’il vous soit arrivé, vous seul en êtes sorti.

L’homme serra les dents et se prit la tête entre les mains, assailli de voix dans la tête. Les voix de ses camarades. Ils étaient tous morts, alors ? Le Comte avait gagné ? Depuis ces années, ces siècles, le Comte avait réussi à les éliminer ? Il ne pouvait y croire.

- Je vous suis très reconnaissant de vous être occupés de moi. Mais je dois y aller. Je dois encore les protéger.

- Ce n’est pas raisonnable ! Vous avez besoin de repos ! Quoique vous trouviez là-bas, comment voulez-vous en venir à bout ? Vous n’arrivez même pas à marcher !

- Mais il le faut. Je dois protéger ma famille.

- Il n’y a plus rien ! Vous n’avez pas vu ce que mon mari a vu ! Les montagnes n’étaient que désolation et silence ! Vous avez eu de la chance qu’il aperçoive votre corps dans la neige et qu’il ne soit pas trop tard pour vous ! Qu’est-ce qui vous est arrivé, pour vous retrouver dans un état pareil et pour que les montagnes soient détruites à ce point ?

- Quelque chose qui ne pourrait même pas se passer dans votre imagination. C’était l’enfer… Le vrai. Ecoutez, je dois y aller ! Je ne peux pas rester là à me tourner les pouces alors que les miens ont besoin de moi ! Ils ne sont pas morts, vous m’entendez ? Ils ne sont pas morts !

Il tomba à genoux, assailli par la douleur et la fatigue, et continua à répéter, la voix tremblante et vacillante, s’accrochant au tablier de son hôte :

- Ils ne sont pas morts…

- Je ne sais pas de qui vous parlez, je ne sais pas qui vous êtes, et je ne sais pas ce qui vous est arrivé. Tout ce que je sais, c’est que lorsque mon mari a pris sa route habituelle pour aller au marché du village de l’autre côté du sommet, il a été frappé de constater que les trois quarts de la montagne avaient été détruits et il est tombé par hasard sur votre corps ensanglanté gisant dans la neige. On ne sait même pas combien de temps vous avez passé effondré au sol…

Si cette bonne femme se voulait réconfortante, c’était raté. L’homme se laissa totalement tomber sur le sol, fesses contre le parquet et dos contre le mur jauni par le temps et l’humidité. Des flashs assaillaient son esprit, ses souvenirs de cette nuit-là qui revenaient peu à peu. Ils étaient bien morts. Il revoyait les hommes, les femmes, les corps qui volaient. Ses amis, sa famille qui peu à peu périssait sous les coups, les tirs et les explosions. Cette dame avait raison. Personne n’avait survécu. Il ne restait que lui. Pourquoi lui ? Pourquoi toujours lui ? Vraisemblablement il était le seul survivant de l’attaque, si le vieil homme qui l’avait trouvé n’avait vu personne d’autre. Et la montagne réduite en miettes… Comment les autres pouvaient-ils en être sortis ?
La réponse était simple. Ils ne s’en étaient pas sortis. Il se cacha le visage dans les mains, secoués de tremblements. Le silence dura bien cinq longues minutes. Cinq longues minutes pendant lesquelles le blessé sembla profondément meurtri par ce qu’il venait de vivre, et surtout terriblement perdu. Car, vraisemblablement, il avait tout perdu. Il se réveillait, dénué de repères, et comprenait que tout ce qu’il avait s’était envolé pour toujours. Mais il cessa de trembler. Comme si l’intense chagrin avait soudainement laissé place à une violente détermination. Il releva la tête, laissant apercevoir ses yeux qui, s’ils avaient semblé ternes quelques minutes auparavant, étaient désormais emplis d’une détermination aussi éclatante que leurs pupilles rouges. Il semblait avoir rangé sa profonde peine dans un coin, pour passer au stade suivant. Il devait avancer. Pour que le chagrin soit justifié. Pour que rien ne soit vain. Il devait mériter le droit de les pleurer. Il devait se battre. La petite dame, visiblement mal à l’aise, se tortillait.

- Vous… vous avez besoin de quelque chose ?

- Oui… Je dois vraiment y aller.

- Ah ça non ! Vous ne m’écoutez pas ? Il n’y plus rien là-bas !

- Je le sais ! Je m’en souviens ! Je me souviens de chaque fraction de seconde ! Je sais qu’il n’y a plus rien ! Tout a été anéanti ! C’est pour ça que je dois encore plus y retourner !

Son ton était devenu plus agressif. Sa voix, grave et puissante, avait littéralement fait taire un oiseau qui sifflait dehors sur le rebord de la fenêtre. Les poings serrés, il se releva sans aide.

- Ecoutez, je vais vraiment y aller. Merci d’avoir pris soin de moi, je vous en suis éternellement reconnaissant. Mais il est impératif que j’y aille. Avais-je des affaires sur moi lorsque votre mari m’a retrouvé ?

- Oui, une veste et un pantalon, je vous ai gardé le manteau mais le pantalon est trop abîmé pour que vous le portiez. Prenez celui-ci, il appartenait à mon fils.

Le blessé se changea rapidement, puis se dirigea vers l’entrée. Passant devant un miroir, il s’arrêta pour constater l’état de son visage. Tuméfié, mais ça il avait l’habitude. Il arborait une légère barbe de trois jours, qu’il ne pouvait pas raser maintenant mais dont il se promit de s’occuper plus tard. Ses cheveux blancs comme neige étaient terriblement mal coiffés, et il se contenta de passer la main dedans pour y remettre un peu d’ordre rapidement.

- Où comptez-vous aller, monsieur… ?

- J’ai une nouvelle quête à mener. Des choses ont besoin d’être réglées.

Il fouilla les poches de sa veste. Miracle, son briquet et ses cigarettes y étaient toujours. Il en sortit une, qu’il alluma, tout en ouvrant la porte d’entrée. Tirant une première latte, cette latte qui avait le goût de la vie, il se retourna vers son petit bout d’ange gardien.

- Et je m’appelle Nox.

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