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L'Enfer sur rails rougit cette destination tant attendue [ft.Sheryl]

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MessageSujet: L'Enfer sur rails rougit cette destination tant attendue [ft.Sheryl] Mer 13 Déc - 10:02




Paris, gare de l'Est. Mon corps se pressait dans des frôlements tactiles, contre des âmes empressées aux mouvements volatiles. L'effusion d'une entité fusionnée dans une foule oppressante emportait ma vigilance dans une houle grouillante. Même sous l'anonymat de cette fourmilière aux milles visages, je sentais mon faciès vulnérable, son anatomie comme dévêtue à l'imagination de canines prédatrices. Je haïssais les missives nous contraignant du masque civil. Car plus que jamais, ma certitude s'en allait vers cette foi auto-persuasive : celle de dénoter du nuancier sélectif peint par et pour une société idéalisée.

Mes mains étaient trop rouges pour dissolver leur souillure. Elles ne manqueraient point de se ternir davantage au terme de leur périple. L’Ordre l'exigeait d'une diction éponyme. Un traître restait à châtier, son sang serait son encre scellant la cessation de son pacte.

Bercée dans la cohue, je laissais mes poumons s’appesantir des expirations mitoyennes, air vicié, atmosphère collective, avant de percer la houle. Hommes et eau se ressemblaient en cet instant de traversée laborieuse, leur flux embourbait mon labeur d'une lenteur restrictive. Langueur paisible d'une mer d'huile qui aurait pourtant coulait le pétrole d'une marée noire si le lourd secret de mon bagage eut versé son passager clandestin, de poudre et de métal.

Il n'était le seul à mentir. D'ailleurs trichais-je également aux yeux des crédules, dardant les miens sur ma destination distancée par la plèbe – que j'entachais certainement par surenchère. Ma nature carencée de féminité avait terminé sa famine pour m'alimenter sous une parure masculine enveloppé de fracs. Vincent de Buissière s'incarnait dans ce costume théâtral, violoncelliste arborant son instrument en extension à ses doigts virtuoses.

Si un chassepot pouvait sustenter la musique de ses détonations à quelques percussions prévues à cet effet...

Mes cheveux s'entremêlaient dans un catogan, et malgré l'androgynie de mes fins traits, je pouvais me délecter de la duperie.

Une ironie espiègle sublimait cette farce. Le fourbe serait trompé aux ricochets de sa traîtrise par une mesquinerie semblable. Jens Schuster avait longuement était l'un de nos contribuables jusqu'à glisser nos noms aux ouïes attentives du Comte pour quelque argent – une avidité aux frontière de l'occlusion pour son faste en amont opulent. Pot-de-vin empoisonné entraperçu par un autre de nos pairs qui n'eut point honte de sa délation. Délation s'allant muer en exécution dans sa vulnérabilité la plus propice, puisque Jens Schuster s'engageait à déserter l'Europe pour sa terre promise où l'or et le miel auréoleraient sa tête paisible, encore sur ses épaules : la Turquie. Une chimère illustrait sur la froissable synthétisation d'un billet, celui de l'Orient-Express.

Un rire sardonique retentissait dans les parois de mon crâne, fabrique à pensées absurdes. La vanité de mes frères humains n'en manquerait point de me déboîter sempiternellement les mâchoires. Quel orgueil, quelle folie, légitimaient l'exhibition de sa position sociale pour appuyer son existence dans le regard, tout aussi faux, de ceux se prêtant à cette grotesque parade ? Ils brûlaient dans un luxe rutilant, se laissant éblouir de minerai qui alourdirait leur chute d'Icare. Enfant de la rue, vagabonde du monde, ma conscience ne savait définitivement assimiler ce superflu impudique, alors que contempler l'azur inatteignable allongée dans l'herbe spongieuse était le plus beau des tableaux ne se restreignant point d'aucune dorure.

Une « élite » vomitive à laquelle je devais me mêler malgré tout.

Cadençant mes enjambées en petites foulées, je parvins à m'extirper de la masse des voyageurs. Et les écrans disparates qui m’aveuglaient jusqu'alors cédèrent ma vision à une contemplation pantoise. L'oblong couloir itinérant qui allait m'accueillir durant ma traversée du continent s'érigeait de toutes ses couleurs sur le quai qui s'affadissait par contraste.

L'apanage de nos explorateurs huppés ne saurait être plus attrayant.

Blanchissant mes phalanges en enserrant les poignes de mes bagages – un étui de violoncelle factice et une modeste valise – je m'avançai vers le contrôleur et lui tendis mon titre. Doux mutisme camouflé sous un rictus diplomatique, je réservais mes cordes vocales dont j'avais travaillé la tonalité de baryton pour les rétorsions d'usage, ou banalisée, ne souhaitant nullement affliger ma couverture en palabres inutiles ou contradictoires. Une mutité qui ne cousu que fugacement mes lippes.  

« Monsieur de Buissière ? Votre cabine est la numéro quatre, en seconde classe. C'est amusant de vous voir voyager, vous les Artistes. Un concert de prévu en chemin ? » Le contrôleur me tendit un généreux sourire tandis qu'il poinçonna mon ticket. Je lui rendis une mimique analogue par le jeu d'un reflet spontané.

« Exactement. Je suis attendu à Istanbul. »

Je récupérai mon titre et le graciai de son accueil avant de pénétrer dans le carcan de cette profusion mobile. Tapis et lumières tamisées de verreries cossues enjolivaient l'intérieur du train prisé. Pièces de beauté amoindrie dans mon wagon mais néanmoins subistantes dans leur sobriété usuelle.

Je m'orientai dans ma loge pourvue d'une couchette sur laquelle je m'étendis de tout mon long après avoir prestement posé mes affaires sur le sol.

Jens Schuster avait tout son temps pour mourir et emprunter le train des morts. Je disposais du mien tant que je ne consentirais aux termes de sa lente procession. Un compte à rebours abrégé à chaque arrêt... Et si, moi aussi, j'en profitais ?    


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