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Tragédie au Clair de Lune - Ft Dolorès C. Yellan.

 :: — Le Monde — :: Amérique :: Amérique du Nord
Mer 15 Aoû - 14:31
« C'est un véritable plaisir d'être présent. L'ambassadeur de France regrette son absence, mais il tenait tout de même à vous apporter quelque chose. Un souvenir d'une de vos rencontres en Bourgogne. Il espère que vous apprécierez. » Les formules de politesse, une histoire tissée, des souvenirs en commun avec l'ambassadeur – dont la fonction fait de lui un très bon Akuma. Tout ceci permet à Tabris d'arracher un sourire poli au maître de cérémonie, l'honorable Juge Barnes. En vérité, qui connaît véritablement la relation qui existe entre cet homme et l'ambassadeur de France ? Outre ces deux-là, bien entendu. Peut-être sont-ils les pires ennemis que ce pays portera. Mais cette obscurité, ce flou, dans les relations qui existent entre les notables et autres politiciens est une tradition dans les hautes sphères de la société. Rumeurs, impressions et complots sont les termes qui reviennent, finalement, le plus souvent... Au moins faut-il espérer que le Juge profitera bien des bouteilles de vin que ce démoniaque diplomate aura décider d'offrir...

Se détachant de Mr Barnes - après quelques banalités -, l'ange à l'âme démoniaque retourne dans la foule, posant son regard sur certaines silhouettes. Une en question l'intéresse particulièrement, l'ayant observé du coin de l’œil cette dernière avant de s'entretenir avec le maître de maison. Si les devoirs de l'étiquette ne peuvent être ignorés – au risque de transformer une soirée mémorable en un calvaire administratif ou diplomatique sans nom – des devoirs plus... importants ne doivent en aucun cas être oubliés. Arrivant près d'un serveur, il pose la main dans la sienne, murmurant quelques mots à son interlocuteur, avant de s'éloigner, laissant le valet et le petit paiement. Au moins s'assurait-il de son efficacité et son professionnalisme. S'il avait bien compris quelque chose dans la nature de l'Homme, c'est que l'avidité en faisait partie, qu'importe le niveau de vie, ou même le caractère. C'est l'un des nombreux fil rouge, peut-être le plus simple à utiliser... tant que les ressources financières sont présentes.

Par chance, son collègue lui avait donné ce qu'il fallait pour cette délicate affaire.

Traversant la salle de réception d'un pas lent, il s'éloigne de l'orchestre pour rejoindre les balcons. Posant ainsi pieds à l'extérieur, un léger sourire se dessine lorsqu'il observe le paysage, dominé par un croissant de lune magnifique. Le grand air de la Nouvelle-Angleterre – et plus particulièrement du Maine – le pousse à inspirer, ses paupières venant cacher ses yeux. Profitant quelques secondes de cet instant, il avance à nouveau, son regard ouvert se posant sur l'écarlate solitaire, son sourire s'accentuant légèrement à la vue de cette demoiselle. La blafarde lueur caresse harmonieusement sa crinière sanglante, descendant lentement sur ses courbes... Approchant alors de la Rose de nuit tout en glissant une main gantée dans la poche intérieure de sa veste, il retire alors un briquet, sa voix résonnant dès qu'il est assez proche de l'écarlate. « Eh bien... quel étrange spectacle que voici. » Sortant alors de sa poche un briquet, il vient allumer la cigarette que son interlocutrice se préparait à allumer, tandis qu'il continue sur sa lancée. « Même solitaire, la Reine de Cœur attire certains regards. Est-ce par crainte de perdre la tête... ou au contraire l'espèrent-ils ? » Un sourire charmeur sur les lèvres, l'importun éteint le briquet, alors qu'il se pose contre le balcon, dos au vide, son regard toujours en direction de cette Reine de Cœur.

« De mon côté, j'espère réellement que cette petite entrée en matière ne me fera pas perdre de points. » Un léger rire accompagne les mots, quittant des yeux son interlocutrice alors que le serveur arrive, deux flûtes de champagne posées sur un plateau. « Et, aussi, que vous appréciez les cuvées françaises... » Attrapant les verres avec délicatesse – une amie à lui –, Tabris en tend ensuite un à Dolorès, cette demoiselle qu'il devait voir, mais qui elle, ne le connaît pas. Car si leurs supérieurs avaient bien prévenu le démon, ce dernier avait demandé à ce qu'aucune information ne soit donnée à l'écarlate, préférant jouer un peu le jeu des soirées mondaines et des secrets. Oh, bien entendu, la lettre qui expliquait toute la situation patientait tranquillement dans sa poche intérieure...

« Tabris Stirzel. » Si le prénom est vrai, le nom de famille, lui, n'est que l'un des habituels noms qu'il aime employer. « La solitude ne vous sied guère ma chère. Accepteriez-vous que je vous apporte compagnie et attention en cette belle soirée ? »
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Tabris
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Dim 19 Aoû - 15:57
Tragédie au Clair de Lune
Les corps se pressent. Ils s'empressent dans leur ronde grotesque. Les festivités ont cette singularité brillante des carnavals. Les couleurs sont criardes et les masques de chair, sur les lèvres ourlées de la fourmilière en costumes. L'air du Maine ne changera en rien cette mise en scène d'apparences, de singeries coutumières. Tu es plantée dans ce décor familier et ne saurais t'en extraire sans travestir tes désirs. Ô Dolores. Tu es une rose mutilée de ses propres épines.

Un jardin intérieur de parfums bigarrés. Un spectacle de coloration. Les robes des Dames éclosent en corolles et la tienne se déverse d'une purpurine pigmentation, en extension à la plaie qu'esquissent tes lèvres. Le vin y infuse sa lie. Cette réception est une effervescence des sens loués à une délectation surfaite, oiseuse et décadente. Un faste véreux dont tu ne rougis, si ce n'est que de jouissance pour un orgueil rassasié.

Car oui, noble Dolores. Tu t'adonnes – et te donnes en personne – à cette vanité. Les vertiges d'un ego rehaussé ne pouvant subsister qu'en hauteur de son perchoir. Perdrix arrogante. Tu serres si fort tes ergots pour oublier cette fange qui pourrait te salir les ailes. Sol bourbeux dont tu es issues, pourtant.

Les chœurs de l'orchestre te gagnent Dolores, et c'est ton cœur qu'ils étreignent, de cordes et de cuivres en entonnant cet air si familier. Ère de famille, d'une époque enfantine, où ta mère t'aimait à t'appeler par ton second patronyme, Carmen.

La Carmencita chante présentement sans voix. Déléguant à la rumeur des convives le soin de la subistuter.

Une rumeur, un lazzi de colibri, le ragot d'une bécasse, t'ont fait choir dans ce nichoir.

L'état de santé vulnérable rongerait l'enfant du juge Barnes : une maladie vicieuse et intraitable égrainant ces jours dans un laps nébuleux mais à l'issue inéluctable. La tuberculose ravagerait son pauvre corps adolescent.

Ô Dolores. Belle Carmen aux scrupules fanés. Tu te délectes de la souffrance d'autrui comme d'un terreau adipeux.

L'opportunité n'est ni plus ni moins la légitimité de ta présence dans un État loin de ton New-York. Un cœur au vibrato rouillé est plus aisé à détraquer.

Les agitations de ces âmes bruyantes t’hébètent. Tu trouves alors l'isolement adéquat à ton humeur sur un balcon, sous la flaque diaphane d'un sourire de lune.

Une solitude usée. L'exil n'est point neuf. Car seule, tu l'étais déjà dans cette foule.

L'air pur du Maine te contredit ses bienfaits et tu tires de ta manche un porte-cigarette de fin nacre. Une habitude de voir la lune sous les voiles d'une Nyx de tabac.

Mais les volutes aériennes ne se tisseront point de ta main noueuse. Point ce soir, papillon nocturne. Un autre machaon en fracs t'interrompt dans ton cloître lunaire.

De mise bichrome le blanc de sa paume déborde jusqu'à sa chevelure pendant en catogan dans le creux de son échine. Son rictus revêt des charmes stellaires sous ce firmament nuitée. Lui aussi luit d'une lueur originale, opaline, carmine. Tes orbes fixent les siennes d'un rubis profond tel un grand cru. Ses phalanges gantées t'allument une flamme servie par un briquet en argent. Et quelle introduction ardente. Quel discours flambant. La reine de cœur laisse brûler son arcane conquis par un valet de sa couleur. Ta voix se teinte d'une passion amusée tandis que tu rétorques à ses charmes. Même si ils ne sont intéressés, il ne perdent de leur emprise.

« Ne soyez pas modeste. Cette entrée est flatteuse et pleine de verve. Il me siérait de vous entendre davantage, cher Monsieur Stirzel. »

Tu le gracies d'une sourire et porte la cuve exquise à tes lippes. Le champagne pique tes papilles et plonge ton palais dans une douce volupté. Cette sobre gorgée ne serait te faire regretter ton choix de vie consacrée à un hédonisme égoïste. Le bonheur valait cet égocentrisme.

Car tu ne saurais consommer la vie autrement qu'en la consumant.

Tu soulèves un poignet blanc et viens saisir sa main. Celle-ci savoure alors le contact du tissu qui enrobe chacune de ses phalanges.

« Dolores Carmen Yellan. » Tu lui présentes ton identité dans un écrin de convenances, puis jubiles avant de renchérir sur des airs d'infante souillée. Précieuse ridicule d'une comédie de mondanités. « Bien que muse de bons nombres d'érudits, pour une personne aussi éloquente, l'exil doit être une bien terne partenaire de causeries. Alors Monsieur Strizel, de quelle contrée ou domaine provient mon élogieux portraitiste ? »

L'astre de la Diane antique vous baigne de son reflet. Oreille perchées de mille et un contes. Vos bavardages valent cette savoureuse et graduelle narration.

Et tu as si hâte d'écouter l'Histoire d'un barde si urbain.

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Dolores C. Yellan
Rose douloureuse. Hortensia douteux. Tubéreuse fatale. L'âme florale au bouquet flétri.
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Dim 19 Aoû - 18:17
« Voilà un vœu que le modeste conteur que je suis sauras, je l'espère, exaucer. Mais, sachez-le, Miss Yellan... » Il récupère alors délicatement la main de Dolorès – son verre posé contre la pierre blanche du balcon – entre ses doigts, s'inclinant respectueusement pour déposer un baiser chaste sur la peau de l'écarlate – un contact tout aussi révérencieux que le mouvement accompli. « C'est avec un grand plaisir que j'échangerais avec vous. » En fond de cette scène, l'orchestre apporte une nouvelle ambiance musicale, quelques sarabandes s'effectuant au cœur de la réception, tandis que de nouvelles rumeurs s'élèvent, bien difficiles à entendre depuis ce perchoir. Libérant la main de l'altesse de cœur, ses doigts disparaissent à nouveau dans sa poche intérieure, retirant un petit boitier en argent qu'il ouvre, sortant de celui-ci une cigarette qu'il s'empresse – calmement – d'allumer, accompagnant ainsi les volutes cancéreuses de sa partenaire actuelle – une toxicité qui en rien ne le gêne, assurément.
N'est-il pas un démon, malgré ce visage angélique ?

Attrapant entre ses doigts son verre de champagne, il profite alors quelques instants des bulles légères qui glissent à travers sa gorge. Son regard, toujours posé sur le visage de porcelaine de l'écarlate, continue d'observer les traits de la lady, suivant le contour de ses lèvres, remontant contre son nez pour ensuite se perdre dans ces lagons cristallins que sont ses iris. Charmeur, parfois trompeur – sans pour autant être un artiste de la manipulation – le corbeau albinos reste un hédoniste qui apprécie la beauté, qu'elle soit visible ou invisible. Malheureusement pour cette Rose, il semble que son âme soit plus épineuse que désirable – bien que cela soit surtout des rumeurs nées d'un ambassadeur français un peu trop bavard. Mais en bon gentleman – titre obtenue après ces nombreuses années d'apprentissages – le conteur ne fait en rien entendre ce murmure... Puis cet ambassadeur – tout comme lui – pouvaient-ils vraiment reprocher à cette femme son âme corrompue par ses besoins et sa nature profonde ?

Sûrement pas.

« Oh, pour être parfaitement honnête avec vous... J'aime croire qu'un véritable conteur se doit d'être un argonaute, dans le sens explorateur du terme bien entendu. » Ressemble t-il à un mollusque ? Pas vraiment, mais le préciser n'était jamais de trop. De plus, les quelques rires montraient l'aspect comique de cette précision. « Je laisse les mots – et la musique – guider mes pas. » La sincérité a toujours été meilleure conseillère que la manipulation pure – ainsi préfère t-il être nommé farceur que comploteur. Omettre sa nature démoniaque est-elle un mensonge ? Tant qu'une vérité n'est pas dite, elle n'est rien d'autre qu'une pensée et ne mérite en rien le titre de vérité. Bougeant légèrement ses doigts contre la pierre blanche – au rythme de la musique qui résonne dans la salle de réception – le démon au visage de séraphin continue sur sa lancée. « Mais c'est la France qui m'a vu naître et c'est en tant qu'ami d'une personnalité – elle-même française – bien trop occupée que je suis présent en cette demeure. Un service que je ne regrette pas d'offrir... » Un léger sourire joueur traverse alors ses lèvres tandis que ses mots disparaissent dans la nuit. Portant la cigarette à ses lèvres, il laisse les toxines enfumées à nouveau ses ersatz de poumons, ses paupières venant cacher quelques secondes ses yeux, avant de poser ces derniers en direction de deux fauteuils d'extérieurs, invitant sa compagne nocturne à s'y installer. Dès que cette dernière autorise le mouvement, il l'accompagne jusqu'à ceux-ci, s'asseyant après elle, croisant alors les jambes.

« Le Juge Barnes est un homme au répertoire important. » Illustrant ses propos en regardant d'un rapide coup d’œil les invités, mélangés entre eux à l'image d'un banc de poissons. Requins et autres murènes dangereuses semblent être la faune la plus présente ici... bien que quelques faibles proies se promènent parfois entre les corps. Novices dans cet exercice, ils doivent apprendre... même si cela les oblige à ressentir, une première fois, la douloureuse morsure du prédateur – ou de la prédatrice. Cette unique pensée le pousse d'ailleurs à poser de nouveau son regard sur l'écarlate, le prince immaculé reprend alors la parole. « Quels sont vos liens avec l'honorable Juge, Milady ? » Prenant peu à peu le visage du novice – du moins de ce cercle d'intimes et de connaissances – le corbeau ne se laissera pourtant pas attraper par les ronces de cette reine de cœur.

Après tout, n'est-ce pas l'utilité de ces paires d'ailes que l'évolution lui a doté ? En véritable farceur, il saura disparaître, si la nature de cette reine se fait bien trop pressante. Mais pour le moment, le temps n'est pas au départ, mais bien à l'échange... Et, tout comme elle, il saura profiter de la musicalité de ses mots, portés par cette voix quelque peu altérée - avec élégance - par les toxines du tabac. Si cela ne la rend en rien laide ou désagréable - bien au contraire - une réalité passe tout de même dans l'esprit de l'immortel.
Ah. Qu'il est bon d'être un démon.
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Tabris
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Mer 22 Aoû - 17:02
Tragédie au Clair de Lune
La lame lunaire tranche son éclat sur le marbre de vos tendres dermes d'albâtre. La vétusté de cette scène s’enjolive d'imageries attendues, tandis que sur l'estrade de pierre surplombant les jardins d'un Éden parfumé, l'éphèbe s'en vient cueillir ta main dépouillée.

Quelle mise chevalière. Quelle mine princière. Le doux fleurement vierge d'affreuses pensées glisse sur ta peau si consommatrice du vice – du moins as tu fait de ce fardeau charnel un cuir à léguer à la dépravation – et c'est pour sa symbolique pure que tu t'enivres en cet instant précis. L'abandon à l'écoute curieuse de sa narration de vie la plus authentique.

Le feu bleuté de tes iris s'attise du plus vif intérêt. Tu te complais dans ces dialogues intercalés de silences bavards. La gestuelle et les dictions du corps sont un langage dans un autre espace.

Une attestation que tu as longuement étudié, Dolores, dans le creux des bras de tes amants, imprimant les longs rideaux sanglants de ta chevelure défaite sur leur literie froissée. Tu t'es toujours délectée d'observer leurs visages, et plus instructivement encore dans leur sommeil. Le faciès devenait à nue, sans persona grossier, si vulnérable. La pulpe de leurs joues paisibles quémandait tes ongles que tu résignais de presser jusqu'à en extraire la purpurine sève. Leur confiance tandis qu'ils mettaient leur conscience exhibée à ton éveil te colorait de ce caprice. Tu exécrais leur crédulité et le fondement de leur nature.  

Car si tu feignais l'amour, savais tu que le tient était blessé et d'un argile dont tu ne parvenais à ériger forme, ni même à en façonner une silhouette concrète.

Qui d'autre pouvait donc saisir les captations de tes réflexions intestines si ce n'était un diable parmi les diables ? Touchante Dolores, ton âme est-elle à ce point flétrie pour que seul un macchabée puisse te saisir sans te briser ?

Les volutes toxiques vous enrobent comme un châle odorant. La fumée accompagne les mots de Tabris à chacune de ses expirations. Apprends-tu ainsi son attachement aux pays des Lumières et comprends-tu l'auréole de culture que semble cercler ton urbain compagnon.

Tu ne peux retenir l’extension de tes lippes en un rictus sincère. La légèreté de votre conversation déleste ton cœur de ses artifices... Ne serait-ce que d'une pesanteur de plume.

« Vous venez ainsi du vieux continent ? Dois-je remercier la Fortune pour votre appartenance et cette cuvée divine issues de vos terres natales ? »

Les paroles sont volubiles, inconsistantes, elles désaltèrent cependant ainsi que la coupe que tu portes à tes lèvres fardées. Ton baiser se dépose sur le cristal de la coupe vidée que tu abandonnes négligemment sur la rambarde du balcon avant de suivre pour un autre décor ton blanc cavalier nocturne. Vos dépouilles se laissent aller au confort d'une causeuse, rehaussées d'un cuir douillet. Des sièges de spectateurs contemplant le ballet de ces mondanités diffuses. Mais aussi des assises d'acteurs dans la pièce de cette grotesque comédie ou tragédie – si seulement tu connaissais l'acte prochain Dolores – que vous jouez à deux.  

Échange de rétorsions dont tu parviens à extraire ta tirade. « Nous parlons après tout d'un homme notable ici, Monsieur Stirzel. Le Juge Barnes est maître d'une cour, n'est-ce pas donc en ce sens qu'elle se réunit ici sous une appellation assez grotesquement nobiliaire, dans ce beau Maine du nouveau monde ? »

Les esprits s'extirpent de la barrière tangible de leur mâchoire. Tu diffuses le tiens impudique dans la simple exposition d'une superposition ludique.

Quelle valeur a une vie, si elle ne peut se mésallier au monde intime d'autrui, de leur perception individuelle ?

Tes grêles poignets se pose sur les pans de ta carmine crinoline : Blanc et rouge s'harmonisent dans un concerto de couleurs mortuaires. Le faste est une Vanité futile, périssable... Mais ô combien enjôleuse et ô combien délectable dans ce présent.

« Quant à comment je connais, monsieur Barnes, je dois vous avouer que je dois mon invitation à une de nos amitiés commune et croisée. Le Monde est certes vaste mais réduit en un bien moindre échantillon lorsqu'on en connaît les principaux rôles. » Tu te tais, laissant une place au silence rompu par la musique pénétrante de l'orchestre. Un court hiatus que tu appliques à travailler ta mise. Tes phalanges osseuses peignent tes cheveux de sang. La vilaine plaie que dessine ton sourire se réouvre pour achever ton raisonnement laissé en suspend. « Mais en argonaute avisé, vous devez connaître, Monsieur, les spécificités et rouages de notre globe ? »

Ton regard se plante complice dans le sien. Un éclat de défis complaisant. Un duel amical de verbisité et de réthorique dont tu languis la parade, la Réplique – dans la pluralité de ses définitions.

Parler est pénétrer dans le jardin intérieur de l'autre.

Tu lui ouvres le tiens.

Ouvragé d'un labyrinthe de roses blanches peintes d'un oint barbare.

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Dolores C. Yellan
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Jeu 23 Aoû - 16:56
« Je n'ai malheureusement pas la chance de venir des terres de ce délicieux breuvage... mais mon territoire a fait naître quelques crus appréciés. » Douce altération de la réalité. Le domaine Bourguignon reste l'un des grands vignobles de France. Pourquoi ? Malheureusement, malgré son statut d'explorateur désireux d'apprendre tout sur tout, le démon au visage angélique ne peut répondre à cette question. Il aime à dire, parfois, que c'est le sang versé suite aux nombreuses trahisons – dont la vente de Jeanne d'Arc – qui donne ce goût particulier au vin, qu'il soit rouge ou blanc, produit dans les terres Bourguignonne... mais ce n'est finalement que de la poudre aux yeux, une histoire qui sert à détourner le sujet. Savoir contrôler la conversation reste un avantage. « Mais, en effet, le vieux continent m'a vu naître, grandir... » Ainsi que mourir, mais le temps ne semble pas encore venu pour lui dire une telle vérité. Installé confortablement, il rigole légèrement, tout en profitant des dernières bulles qui remontent le long de son verre. « Même si j'avoue, pour ce dernier détail, que je n'ai pas grandi tant que ça. » Une moue amusée se pose sur son visage, portant le verre à ses lèvres pour se délecter des dernières gorgées, avant de poser le contenant cristallin sur la petite table qui sépare les deux acteurs.

La cigarette entre les doigts, il reprend son observation ainsi que son écoute, hochant légèrement la tête lorsque la jeune femme émet en avant l'importance du notable qu'est le Juge Barnes. En véritable pie – il en a déjà le costume – il se permet d'ailleurs de rebondir sur cette réalité, l'exploitant pleinement. « Il est amusant d'observer ces mondanités, de plonger parfois dans ces bancs de poissons. Vous pouvez alors imaginer l'esprit, les raisons de la présence d'un personnage. Hypocrisie ? Sincère sentiment ? Ambition ? Si ce jeu est parfois difficile lors des premières tentatives... »
Il fait tomber un peu de cendres dans le cendrier qui patiente au cœur même de ce environnement intimiste, reprenant alors tranquillement. « Il devient facile de comprendre les intentions de certains visages. Mais qui suis-je pour les juger ? »

Portant à nouveau sa cigarette à ses lèvres, il attrape une rose qui décore un bouquet proche de leur duo, tendant légèrement sa main pour superposer le reflet lunaire sur les pétales passionnées qui composent cette fleur. « Après tout, si je participe à ces mondanités, ce n'est que pour observer les gens. De plus, tout comme vous, ma présence ici n'est expliquée que grâce à un ami que l'honorable Juge et moi avons en commun... Mais si cela me permet d'apprécier la présence de certaines roses... » Il prononce les derniers mots dans un murmure, posant au même moment ces yeux sur l'écarlate, avant de tendre la fleur dans sa direction. « Ne vous piquez pas, surtout. » Un brin charmeur pour certains, la vérité est que Tabris ne possède aucun désir lorsque son regard suit les courbes – pourtant agréables – de sa compagne du moment. Peut-être cet avertissement n'est finalement qu'une précaution qu'il pourrait susurrer à tous les hommes qui aimeraient découvrir la peau d'albâtre de Miss Yellan... Une attention qu'ils ignoreraient sûrement, à leur grand malheur.

Répondant d'un sourire aux dernières paroles de son interlocutrice, il porte de nouveau sa cigarette jusqu'à ses lèvres, laissant ses paupières cacher pendant quelques secondes ses iris carmines. En effet, il avait apprit, il avait observé... Sa mémoire lui permettait de comprendre les sens les plus pervers de chaque situation... Car cet événement n'est finalement qu'une représentation même de la perversion. Un père utilisant la maladie de sa fille pour illustrer le désarroi que cette infection fait naître. Des visages masquant derrière une fausse compassion et des attentions hypocrites un besoin d'être présent... d'être visible... d'être aimé. Les sourires et la sincérité de l'instant pourraient choquer plus d'un témoin.
Par chance, lors de ce genre de soirée, tout le monde n'a d'yeux que pour le Roi ou la Reine de la couleur dominante. Du moins, jusqu'à ce qu'une autre arrive sur le devant de la scène. Une chose qui allait bientôt arriver.

« Pour être parfaitement honnête avec vous, Madame, je ne suis pas là en tant que simple argonaute... » Après tout, ce rôle n'était qu'un plaisir, mais finalement une autre fonction accompagnait toujours ceci. Que ce soit chasseur, ou artiste d'un profond désespoir... Glissant sa main dans la poche intérieure de son frac, il en sort alors une enveloppe, qu'il dépose contre la table, pour ensuite la glisser dans sa direction. Finalement, peut-être que l'avertissement était bien pour elle. « Je vous en prie, lisez. Vous le comprendrez bien vite... cet ami que j'ai en commun avec le Juge Barnes est aussi une de vos connaissances. » Et tandis qu'elle étudie le courrier, qui explique la véritable nature de son interlocuteur – ainsi que les raisons de sa présence – il claque lève sa main, claquant des doigts assez fort pour attirer le serveur le plus proche, le même que tout à l'heure. Il lui fait alors signe, lui rappelant ainsi le murmure de tout à l'heure et la seconde demande formulée à travers celui-ci. Il revient une rapide minute après, laissant Tabris récupérer les coupes de vin, en tendant une alors à celle qui venait de jouer le rôle de lectrice.

« Je ne vous l'ai pas précisé mais... Bourgogne. Voilà d'où je viens. À l'image de ces breuvages qui, j'espère, saurons me faire pardonner cette petite mise en scène. »
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Tabris
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