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Bedtime Stories - with Lisette Delcambre

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MessageSujet: Bedtime Stories - with Lisette Delcambre Jeu 20 Aoû - 22:16

Bedtime Stories

ft Lisette Delcambre

Un clignement d'oeil, c'est à peine le temps qu'il nous fallut pour être happé dans un trou de ver mystique, l'arche des légendes transportant un nouvel équipage vers une destination encore inconnue.

Un flash noir qui fait disparaître le monde un infime instant, ne laissant que le noir là ou régnait auparavant un agglomérat de couleurs vives et joyeuses, de formes diverses et variées. L'ouïe et l'odorat deviennent seuls capteurs de notre enveloppe charnelle. Nous sommes faibles, sans défenses, nous sommes aveugles durant un court laps de temps, bien trop insignifiant pour nous ouvrir la moindre faille, ou nous rendre cause du moindre soucis.

Et à l'apogée de notre voyage, alors que mes pieds foulaient une herbe encore verdoyante malgré l'éclat irradiant du soleil à son zénith, je rouvris les yeux.

Sculptures de marbre et de bronze entourés d'arbres immenses, parfaitement alignés le long du chemin qui nous menait vers notre destination, le lieu où devait se dérouler notre apostolat, la raison pour laquelle nous étions chassés de la quiétude de notre foyer. Une simple fane se détacha de leur feuillage particulièrement dense, à cause d'une alizée un peu trop violente, sans doute, et effleura ma joue dans sa chute, mettant fin à mon émerveillement en me faisant lentement, mais sûrement, prendre conscience des alentours de la bibliothèque de Paris.

Des tours qui s'élevaient à perte de vue, agrégats de pierres, de béton et de vitraux, colossales structures nous dominant d'une taille défiant la raison, palais inhabité, témoin de la gloire et de la décadence d'un empire corrompu, duquel ne subsiste que quelques ruines préservées des badauds, faisant de ces roches jaunies par le temps les seules remembrances de ce que fut cette ville en un siècle antérieur, bien avant que son prestige ne sombre à jamais dans le néant de la folie humaine.

Le paysage semblait tout droit sorti d'un conte de fée, tout me semblait illuminé d'un halo enchanteur, étincelant de pureté, d'une vivacité défiant la norme, la structure même de notre Monde. Où était la tristesse, où était le chaos, et si nous étions devenus chevaliers à l'armure rutilante, où était le dragon, le mauvais roi que nous devions défaire ?

Où était la noirceur de la ville Lumière, celle que nous venions combattre ?

Une légère brise vient soulever le versant de mon manteau d'Exorciste, les pans sombres de du vêtement de fonction se soulevant doucement, laissant la croix de Rosaire s'agiter sans jamais se décrocher. Insigne que je n'étais plus le seul à porter. Non, à mes côtés se tenait une nouvelle alliée, parangon de l'Ordre, nouveau rempart contre la furie du Malin. Pourtant, malgré leur bonté, n'étant rien de moins que le genre de créatures que les regards évitent, ne laissant que le silence sur leur sillage. Lisette Delcambre, française, moine de l'ombre … âgée d'une douzaine d'années.Bien jeune pour devenir une meurtrière, n'est ce pas?. La voix résonne, mais je suis le seul à l'entendre. Y a t-il un âge pour tuer ? Je serais tenté de répondre que non, mais il n'existe guère plus d'âge pour devenir celui dont le sang macule le bout de la lame. Combien, comme elles, ne sont jamais revenus d'une mission, leurs frêles poings serrés de colère devant l'injustice de cette vie trop courte et de cette mort atroce, avant de ne devenir que cendres emportés par le vent ?

Derrière moi les bâtiments se dressent à l'image de stèles mortuaires délavées par les ténèbres.

« Tu as supporté le voyage? Ca fait toujours son effet, la première fois. »

Un sourire étire mes lèvres, emplit de gentillesse, de considération. Ce n'est qu'une fois arrivés devant la porte que je détourne mon regard de sa silhouette d'enfant rieuse, de cette innocence que j'aimerais pouvoir préserver des futures horreurs, tout comme j'aurais voulu préserver celle de ma petite sœur. Athalie. Le temps passe mais la douleur reste la même, elle enserre mon cœur de toutes ses forces, laissant le spectre de la culpabilité poindre dans mon âme et me murmurer au creux de l'oreille l’entièreté de mes erreurs, jusqu'à ce que les souvenirs et la nostalgie viennent effacer la souffrance. Tous ses rires, tous ses espoirs, tous ses rêves … Effacés.

De même que les épopées que je lui racontais avant qu'elle ne s'endorme, ces mots que l'on ne peut deviner, faisant suite à « ils vécurent heureux pour l'éternité. »

Je ne savais guère si elle était heureuse, à présent, tout ce que je savais, c'est que je ne pouvais laisser le destin me prendre un nouveau membres de ma fratrie.

Je devais les protéger à présent, tous , avec cette force que Dieu m'avait confié.
La transfiguration avait marqué mes chairs et mon âme aussi sûrement que les marques des chaînes, stigmates blafardes trônant sur mes poignets.

Après tout, n'était ce pas là le rôle d'un grand frère que de défendre les nouveaux nés ? « Ohana signifie famille, et famille signifie que ... »

Que plus aucun d'entre nous n'aura à subir, ne serait ce qu'une seule perte.

Lentement, je frappe la porte de mon poing enveloppé d'un gant noirâtre. Trois coups résonnant dans l'apparente quiétude des lieux, un appel presque lugubre, à l'instar de ceux des anciens prêtres venant chasser les esprits malins du corps des possédés.

Et ce n'est qu'un peu plus tard qu'une silhouette tremblante vint nous ouvrir, pauvre vieille femme rachitique, flétrie pas un temps qui emporte les réminiscences autant que la jeunesse, ne laissant comme témoignage de sa vivacité que la lueur de ses yeux, emplis de reconnaissance en reconnaissant le symbole d'argent de ses sauveurs.

« Des visiteurs disparus », voilà la phrase qui résonne entre les rayonnages. Nombre de lecteurs évaporés sans un mot, sans qu'il ne subsiste la moindre trace de leur existence. Et toujours, un livre retrouvé ouvert sur la table, rien de plus, rien de moins. Jamais le même nom, toujours le même registre.

Peu d'indications, mais c'est tout ce dont nous avions besoin, la gérante retourne vaquer à ses occupations, murmurant une dernière prière avant de refermer les grandes portes de bois qui renferme la section où se trouvaient auparavant les pauvres ères.

Trop de romans, trop de possibilités … Trop de choix.

Si seulement l'ancêtre nous avait fait part du nom du livre en cause, nos recherches s'en seraient retrouvées facilitées. Peut être la réponse lui semblait elle trop évidente, peut être même était elle sous nos yeux en cet instant même … Ou peut être avait elle simplement oublié.

Un soupir mouru sur mes lèvres alors que je retirais mon manteau et le posa négligemment sur une chaise, balayant la pièce d'un regard avant de capter l'écriteau accroché sur le rayon où devait, apparemment, se trouver le responsable de ces phénomènes étranges. « Contes pour enfants. ».

Drôle de coïncidence.

« Eh bien nous n'avons plus qu'à chercher … On pourrait en profiter pour faire plus ample connaissance, après tout à voir le nombre d'ouvrages sur cette étagère, nous en avons pour un moment »

Je souris, mais au fond j'ai toujours peur pour elle et je ne pourrais rien y changer. Mon ombre poursuit sa danse funèbre ponctuée par les craquements du bois alors que je mène mon investigation. Une nouvelle mission, un nouveau contexte, mais au final, c'est toujours la même histoire, celle qui vient avant le sommeil ... Celle qui est d'un ennui mortel.

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MessageSujet: Re: Bedtime Stories - with Lisette Delcambre Jeu 20 Aoû - 22:26




Petite silhouette trottinante, d'une errance volontaire, dans les corridors de la citadelle, Lisette arpentait toujours avide de découvertes, ce refuge qu'était devenu son second toit. Une résidence obligée et impersonnelle, si les observateurs fictifs fixaient leur jugement sur l'aspect parfois cathédralesque des lieux. Pourtant, il se dégageait de ses locataires une familiarité touchante et unie, qui à défaut de distordre une architecture immuable, en gommait à elle seule sa morosité.

Plusieurs sourires lui avaient été tendus, en raison de sa carrure juvénile. Des bouches étirées de bienveillance, des moues amicales, des visages barrés de rictus miséricordieux... Des émotions souvent pénibles à accueillir, pour elle, enrôlée dans ce monde d'adultes. Le sentiment de pitié était celui la martelant le plus de doutes. Elle ne savait si elle devait l'accepter ou en refréner l’acquiescement, dans cette zone encéphalique affairée à la section empathie. Si le choix du Seigneur était impartial quant à son affiliation aux compatibles, les mortels, eux, continuaient leur lutte dérisoire contre l'évidence... Les tragédies théâtrales perdurent dans le réel même en période moderne. L'innocence avait choisi Lisette Delcambre. C'était irrévocable. La fillette n'en avait jamais maudit les cieux, malgré les quelques farces que lui eurent valu son sort. Son étrange don lui avait offert une rencontre unique, un lien étrange avec ce prince lui ayant tant apporté dans sa petite vie d'enfant esseulé dans ses fantaisies. Blâmer cette décision divine aurait été renier Prince. Une idée qui lui était intolérable.

Ses frustrations – car tout le monde en possédait, la congrégation étant fermée du monde –  se concentraient surtout sur son âge. Une jeunesse inexpérimentée, une vision en partie pure, pour ne connaître en quantité d'hémoglobine abondante, que les souvenirs d'une vive écorchure sur le genou. Ses lésions à elle n'avaient guère été cutanées. Ses cicatrices, elle les gardait dans l'esprit.

Cette nuit encore avait été difficile. Endormissement coupé du temps, repos agité, des hommes vêtus d'un blanc spectral lui revenaient, projetés sur sur son écran mental encore troublé... Enchaîné d'un réveil brutal, sauveur, comme un corps qui remonte en surface après une apnée trop longue.

Heureuse, tout simplement, d'avoir échappé à l’incontrôlable emprise du monde des songes, elle s'était empressée de sortir de sa chambre grouillante encore de l'atmosphère de ce cauchemar lourd.

Puis peu à peu, l'entrain était revenu jusqu'à pétiller de cet éclat si brut, propre à l'enfance. La réflexion était redevenue fluide et la raison souveraine. Elle esquissait un sourire franc devant ses tartines grandes comme une main d'homme et le grand bol chocolaté dont elle se pourléchait. Les préparations du chef étaient toujours excises. Une joie sans doute futile mais qui ravissait la belle enfant gourmande d'allégresses pas plus grosses que des miettes.  

Après cette brève collation matinale, Lisette laissa ses pas la diriger aléatoirement dans les couloirs de la congrégation. Le hasard ponctuait son quotidien. Qui savait quel serait le jour de ses premières missions ? Quels paysages allaient s'imprimer dans ses rétines ? Ou quels décors et quelles rencontres étaient susceptibles d'innover les repères qu'elle grandissait de plus en plus au sein de l’ordre ? Égarée dans quelques songeries l'isolant mentalement, la petite fille incarnait un spectacle de curiosité pour les anonymes partageant son espace. Les bras étendus en croix, la voici qui se prenait, dans un amusement impromptu, pour une illusoire funambule, flânant sur une ligne invisible dessinée par le carrelage. Son physique occasionnel avivait son éphémère rôle chimérique. Une robe en popeline parme enrobait son frêle petit corps de un mètre quarante quatre. Ses cheveux, enrubannés de bandelettes de satin olive, avaient été arrangés en une couronne de tresses, pour dégager une fine nuque d’albâtre. Et son sourire fraîchement pensif laissait à montrer dans quel joli monde intérieur elle pouvait bien temporairement habiter... Il y avait quelque chose de dérangeant dans ce regard baissé, dans cette moue juste ternie de sommeils ardus... Le fait est de savoir que cette même gamine, riant et s'amusant franchement, allait être envoyée sur un champ de bataille empestant la mort et le sang en était déchirant. Des grandes personnes la toisaient, tantôt attendries, tantôt gênées. A ces premières, Lisette leur répondait d'une bouille ravissante et lumineuse. Aux autres, elle se contentait de rentrer la tête en aspirant les muscles de ses joues dans la bouche, l'air vaguement perplexe.

Les récréations ne durent jamais !

Lisette fut rapidement expulsée de sa rêverie d'équilibriste lorsque l'on scanda la mélodie de son prénom. Alors finalement, c'était son tour ? Elle n'avait jamais pris le temps de penser à ce qu'elle ressentirait à ce moment là. Son esprit s'y était entraîné pourtant. Mais le futur semblait tellement irréaliste et lointain lors de la vaporeuse cogitation, que la préparation ne ressortit pas aussi fructueuse.

Rapidement, elle troqua à la hâte sa belle toilette colorée pour l'uniforme noir du Vatican. Dieu que ce vêtement résonnait aussi faussement sur la peau d'une fillette. Comme s'il eut s'agit d'un costume ou d'une imitation. Son livre épais, son innocence adorée, avait retrouvé sa place dans un étui pendant le long de ses hanches infantiles. Lisette elle-même avait eut une impression d'étrangeté lorsqu'elle s'était épiée dans la glace. La croix de rosaire forgée, légèrement trop grande pour elle, dépassait de sa poitrine pour allait déborder sur les premières rangés de côtes.  

Elle se rendit ensuite au bureau du grand intendant, pièce de départ obligatoire d'où partent les principales missions. Et quelle ne fut pas sa mine ébahie devant ce qui ressemblait à une véritable mer de parasse, avec des piles de feuilles débordant çà et là, en de si fragiles stalagmites, que la pauvresse se donnait la peine de retenir sa respiration lorsque son passage effleurait la pile de dossiers. On lui présenta brièvement son compagnon pour cette aventure en la personne de Scott Nihil. Éphèbe dans la vingtaine d'années. Son aîné qu'elle salua le sourire aimable, avant de se présenter prestement, avec ses manières qui trahissait encore ses influences nobiliaires.

Le rapport faisant état de l'apostolat ne tarda pas à paraître. Lisette se sentit emportée par un carrousel d'émotions lorsque le nom de la France s'articula dans la bouche de l'intendant. Des sentiments confus et rivaux, des joies merveilleuses et des peines immenses... Un flot de ressentis qui retomba à marée basse, au fil de la discussion. Paris, la grande bibliothèque... Si elle se sentirait étrangère dans cette capitale éloignée de sa Provence d'origine, elle se sentirait au moins étrangement familière aux lieux. Les livres ont l’avantage d'être identiques, quel qu'en soient les étagères.    

***

Alors, c'était elle, l'arche qui les transporterait à destination ? Lisette n'avait nul besoin de déclamer l'interrogation. Ses iris brillants d'émerveillement se substituaient à la parole. L'idée de la téléportation lui semblait bien romanesque. Ce voyage vers le portail mystique dégageait quelque impression enchanteresse. Depuis minot, l'aventure la grisait. Elle s'était souvent imaginée le héros de légendes, le chevalier d'acier d'une épopée, transposé au moyen de jeux futiles. Elle maîtrisait son univers, sans dangers palpables... Une époque révolue, elle le savait. Jamais encore n'était-elle sortie de l'enceinte de l'ordre noire, qu'elle avait déjà assisté à des processions. Des sépulcres revenant de coins inconnus pour finir immolés, vies effacées, comme si la congrégation s'accaparait l'existence de ses membres jusqu'à la dernière essence. Même si elle ne l'avait côtoyé de front, la petite exorciste avait – à contrario des enfants de son âge –  conscience de l'état permanent de la mort, bien que son spectre avec sa sinistre faux, lui semblait encore abstrait.

Une fragile appréhension souleva son diaphragme, s'annihilant aussitôt grâce à la présence de son compagnon. Scott. Bien que l'uniforme lui donnait une certaine prestance sérieuse, il émanait du jeune homme une aura rassurante. Un peu fraternaliste. Lisette lui envoyait de grands sourires. Ne sachant réellement si elle cherchait une assurance trompeuse ou un remède à sa porté, pour endiguer le trac de la future investigation.      

Des sens s’éteignirent en chorus, l'instant d'une seconde fugace. A peine la noirceur inquiétante eut-elle le temps de se convertir en une information chimique aux synapses, qu'une lumière brute, bien lointaine du ciel plombé anglais, vint s'imprimer sur la vision du binôme. Une herbe spongieuse, le soleil de midi, le charme de l'architecture parisienne... Des choses bénignes, sans doute, mais qui ravissait Lisette après un si long confinement. Au contact du sol français, la crainte avait été momentanément vaincue. Il n'y avait pas que dans les livres que les projectiles de tripettes terrassaient les géants. Revigorée, la fillette affirmait ses incisives du bonheur, un sourire creusant des fossettes dans ses joues pailletées de tâches rousses.

La voix de Scott lui arriva en écho, la faisant émerger de trop nombreuses contemplations. Elle le connaissait peu. Mais sa sensibilité aiguë de marmaille et l'authenticité de son approche, lui faisaient suffisamment sentir à quel point le jeune Nihil était amical et complaisant.

« Il est vrai que ce moyen de transport est singulier. » Reste de mondanités et d'éducation haute, ses mots résonnaient, insolites, mais sans emphase. « Je vais bien merci de t'en préoccuper.  A vrai dire, je suis juste encore un peu surprise... » Le tutoiement était venu à elle naturellement. Scott était son pair. Une notion d'égalité de statut, bonne pour légitimer l'usage de la seconde personne du singulier.

Après ce prompt échange, Lisette talonna son partenaire, marchant dans ses pas, gauche, cherchant sa place, telle une collégienne un premier jour de classe.

L'exaltation montait crescendo, à mesure que la distance avec la bibliothèque décroissait. Les ouvrages symbolisaient une forte partie de sa personnalité. Un engouement puissant, pour en être devenu une force d'arme. Scott frappa à la porte gigantesque. L'accueil se déroula comme dans un rêve, mené par une vieille bibliothécaire. Lisette disparu mentalement l'espace d'un temps qui sembla s'écouler en majuscule. Happée par l'émerveillement, ses yeux papillonnaient, fébriles, vifs, un mécanisme oculaire fictif venait de se détraquer.

Des livres, aux couvertures bariolées dans leur ensemble, tapissaient les mûrs jusqu'à hauteur du plafond. Ne laissant paraître de l'architecture que des voûtes et des étagères en bois massif, armoriées de pétales oblongs. Il se dégageait des rayons labyrinthiques une fragrance vétuste, inexplicablement réconfortante... Lisette se culpabilisait d'être aussi pantoise, alors que ces mêmes lieux de merveilles avaient causé la disparition de plusieurs personnes.

Puis, il y eut cette section qui différerait des autres. Confinée dans l'écrin d'une pièce unique, privilège mérité pour tous ces petits mondes enchantés qu'elle archivait. Lisette n'avait pas besoin de lire d'indication pour en parfaire l'identification. Les noms d'Andersen, Hoffmann et Grimm brillaient de leur plus belle calligraphie dorée. Des auteurs illustres n'ayant pour seuls avatars, aux yeux fougueux de l'enfant, que des successions de lettres imprimées sur des reliures travaillées. Malgré tout, ces individus, conteurs subtils, régissaient en partie les méandres de son imagination en metteurs en scène fantômes... Et combien d'autres mômes avaient consolidé leurs pensées les plus abracadabrantes aux travers leurs récits ?

Elle ne prêta pas attention au départ de leur guide. Ses deux orbes bleutées fixaient les tranches de livres comme s'il eut s'agit de toiles précieuses. La bouille bouffée par l'admiration. La mâchoire frémissante d'une joie contenue. Ses doigts dénudés à la hâte de leur enveloppe vestimentaire s’écussonnaient dans le pourtour des titres gravés. Des gestes répétés autrefois, qu'elle perpétuait de nouveau, avec les mêmes rites enjoués.

Prenait-elle vraiment conscience que ces pages illustrées étaient probablement des ravisseurs ? Kidnappeurs d'enfants guère plus grands qu'elle si cela se trouvait. Les contes étaient porteurs de messages, moralisateurs de vérités de vie ou narrateurs d'histoires fabuleuses. Le fait qu'ils eurent été vraisemblablement corrompus, ponctuait le cerveau de la petite exorciste d'une idée bien trop déplaisante pour être pleinement acceptée.

Scott prit ses aises, placide. Geste qu'elle imita l'air timoré, étourdie encore par les vastes parois de la salle. Il la mettait en confiance, avec son visage décontracté de bienveillance. Scott enclencha la discussion, au plus grand soulagement de la petite qui se sentait encore inconnue à cette routine des ordres du Vatican.

« Nos présentations ont été lapidaires tout à l'heure. » La remarque avait été soulevée, rieuse et légère, sans aucune pique, de cette intonation presque chantante qu'adopte parfois les plus jeunes le temps d'une exclamation.

« Tu sais, je suis une novice à la congrégation, je ne pense pas avoir des choses intéressantes à conter. » Mensonge ! Des péripéties et histoires à étaler, Lisette en débordait. Elle aurait pu lui parler de sa vie au domaine, en Provence, de cette époque où elle ramassait les mues de cigales l'été et où elle grimpait périlleusement les cerisiers en quête de griottes à grignoter pour apaiser une fringale passagère. De sa mère qui lui faisait la lecture de poèmes dont l’interprétation lui échappait parfois. De son père et des poupées de cire qui lui ramenait, du Havre, de la côte d'Azur, là où sa vocation d'armateur le portait. Ou de ses souvenirs pénibles et de ses cauchemars qui la taquinaient les nuits où elle était la plus fatiguée. Elle avait du contenu, mais préférait l'intérioriser. Car les adultes cultivaient leur jardin intime, et qu'elle tenait à entretenir le sien seule, jusqu'à ce que ses pauvres mains écorchées ne puissent plus se refermer.

Certains de ces souvenir étaient durs mais contrebalancés par sa si joyeuse enfance insouciante, que leur réserve les embellissaient. Elle avait des secrets à chérir, à cacher et souriait en s'absentant parfois, l'espace d'une minute infime, où elle était matérialisée mentalement dans sa maison du sud français.

Lisette esquissa un rictus, agita ses mains en l'air, pour gommer l'ardoise invisible de ces précédentes paroles.

« J'apprécie la vie à la citadelle. Les couloirs sont vastes et j'aime bien y courir... » A défaut d'énumérer un passé révolu, les birbes du présent pouvaient toujours être présentés. « La bibliothèque de la congrégation a plein de livres intéressants... Même si ils sont en anglais pour la plupart et que cela ne me facilite pas la lecture... » Comme elle était heureuse d'ouvrir ces livres un à un, ici même à Paris et de comprendre instantanément le sens des quelques phrases qui défilaient dans ses pupilles claires.

« Même si les raisons qui nous amènent ici sont plutôt de mauvaise augure, je suis contente d'explorer ces contes et d'être avec toi, Scott ! »  Explorer ? Elle ne savait pas si bien dire. Pauvre victime qui allait rejoindre les autres. Mais pas dans ce récit-ci. Pas tout de suite.

Ses mots, elle les prononçait avec la même bouille candide, petite enfant répandant ses impressions sans cette appréhension typique des adultes du jugement des autres.

Continuant l'investigation, Lisette entreprit de monter une échelle placée en angle aigu contre le mûr de bouquins pour accéder à des étagères défiant la taille humaine. Prudente, elle en avait auparavant inspecté l'équilibre en agitant les larges échasses en bois de l'outil pratique.

« Et toi Scott, tu te plais en tant qu'exorciste ? » La question avait été lâchée d'une traite, une innocence peut-être cruelle et inconsciente... Lisette attendrissante enfant.. La croix de son rosaire toute neuve et brillante lui faisait encore méconnaître le fardeau qu'elle pouvait être.


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La vie comme un orgue de barbarie
J'ai souri à défaut de pouvoir secouer les bonnes émotions et les forcer à cesser de m'empoisonner le ventre. C'est ainsi que je me suis lancée à la poursuite des autres ; j'ai déversé des rivières d'amour et dans un de ces cris du cœur venus ébruiter des souffrances jusqu'alors contenues, je fus entendue... © CSS by Grey
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MessageSujet: Re: Bedtime Stories - with Lisette Delcambre Jeu 20 Aoû - 22:28

Bedtime Stories

ft Lisette Delcambre

J'ai perdu le fil d’Ariane dans ce dédale de bois, de cuir et de feuillets, je m'égarais presque, et le voile d'obscurité qui épousait les moindres recoins de la pièce semblait désormais fait de murmures incessants, papillons noirs que je ne pouvais chasser, spectres dansants devant mes yeux émeraude. Rideau décousu dont le sens m'échappait.

Roulis de souvenirs, écumes de sentiments éclosant un peu plus à chacun de mes pas, faisant résonner le parquet dans un craquement qui n'atteignait plus mes conduits auditifs. Un discret soupir rompit le silence alors que des images floues dansaient devant mes pupilles. J’étouffais dans cette pièce trop sombre, trop loin d'Hélios et de sa chaleur rassurante. Je traînais ma carcasse dans les couloirs labyrinthiques de la demeure des auteurs disparus, me glissait comme une ombre vacillante, attentif au moindre détail sortant de l'ordinaire, l'esprit hanté par les souvenirs d'une époque révolue.

« Nous avons tous une histoire à raconter, notre histoire … Très peu d'entre nous sont parvenus à atteindre la congrégation sans encombres, bien moins encore sont entrés dans les rangs des exorcistes sans ''l'aide'' d'un funeste coup du sort. C'est malheureux, certes, mais ... »

Mon nez se plissa avant même que je ne puisse continuer. Appréhendais-je de m'ouvrir si facilement à une nouvelle inconnue ? Non, plus maintenant … ils avaient bandé les plaies de mon âme meurtrie, ils m'avaient tendu une main salvatrice alors que je m'enfonçais dans la fange, et je l'avais saisi, rempli d'une espérance que la douleur m'avait poussé à ne plus jamais ressentir. Loyauté, amour … Des mots qui résonnaient dans l'atmosphère, joyaux sertis sur une parure faites de phrases qui ne pouvaient lui décrire la joie d'un exilé trouvant une patrie à son image, un endroit où il ne serait plus assailli par la haine, le mépris. Par des réminiscences impies, ce cruel diaporama qui s'impose sur l’écran de nos pupilles, rite de passage primordial avant que les portes du royaume des songes ne nous soient ouvertes.

« Fréquenter des personnes exceptionnelles, les plus ''humaines'' à ma connaissance, se lier d'amitié avec des camarades d'horizons différents, des frères et des sœurs que tu aurais pu ne jamais rencontrer, mais que la fortune à mit sur ton chemin, être accueilli par une nouvelle famille, un foyer, qui t'accepte et t'aime telle que tu es ... »

La réponse ne voulait pas franchir la barrière de ma gorge. Pourtant, je la connaissais, après tout je l'avais moi même prononcée par le passé. Elle me brûlait la langue, je mourrais d'envie de la prononcer … Mais en avais je le droit, après avoir vu partir tant des miens ? Défenseur impuissant aux poignets liés par des chaînes invisibles, mais aussi présentes que celles qui les marquaient, bien des mois auparavant ?

Dans une théâtrale mise en scène, mon esprit se décider à le dévoiler, le mot de la fin, celui qui manquait, la parfaite conclusion d'un discours qui résonnait encore autour de moi, laissant mes paroles s’immiscer entre les interstices des écrits centenaires.

« C'est pour ça que j'apprécie mon rôle … Presque autant que ma nouvelle fratrie. »

Quelques secondes de silence, un temps de recueil, à peine celui de soupirer, suffisant pour lever les yeux vers ce plafond qui me camouflait le ciel, le palais du très haut où, je l’espérais, les miens reposaient en paix. Peut être me voyaient ils. Peut-être qu'après la mort on reste vivant, silhouette éthérée, incapable de se raccrocher à quoi que ce soit. On erre, sans but, et on finit par mourir définitivement, réellement, dans l'oubli le plus total. Si tel est le cas, mes frères, vous serez pareils aux anges, immortels.

Car je ne vous oublierais jamais.

Puis je baissais les yeux, gêné, observant la jeune fille entre deux rayonnages, levant maladroitement ma main libre pour la faire glisser entre mes mèches de cheveux ébène coupés courts, l'autre était par bien trop occupée à tenir une demi douzaine de livres entre ses doigts rugueux, enserrant le cuir brunâtre des ouvrages au papier jaunit par le temps avec mille précautions, honteux que j'aurais été d’abîmer des œuvres que je n'avais, dans ma prime jeunesse, que trop peu souvent parcouru.

Et ma voix résonna, devenue chuchotement audible, à l'instar d'un libraire désireux de ne pas briser la quiétude d'un lieu, pourtant occupé par nul autre que nous.

« Désolé … Ca n'est pas vraiment le moment adéquat pour faire preuve de sentimentalisme. »

Mes lèvres s'étirèrent en un sourire désolé alors que je déposais mon fardeau sur le support de marbre qu'était l'unique table disposée au centre de la pièce. Couvertures, reliures, auteurs, titres … Rien ne sortait de l'ordinaire, tous les contenants se ressemblaient, et seul les contenus dans lesquels je n'avais guère le temps de me plonger devaient diverger. Peut être qu'en les ouvrant tous … Mais cela me prendrait des lustres, et quand bien même : Si d'innocents et jeunes visiteurs ont vu leur attention être attirée par le manuscrit maudit plutôt que par un autre, cela ne pouvait vouloir dire que deux choses.

Soit ce dernier était un best seller, connu du public, soit il leur semblait bien éloigné de ce à quoi ils étaient accoutumés.

Ou peut être était ce un subtil mélange des deux ?

Qu'importait, les secondes pouvaient défiler, les minutes s'écouler, les heures se suivre en une procession inébranlable, je ne connaîtrais de répit tant que le mystère n'aura été résolu … Après tout, pouvait on décemment retourner au quartier général les mains vides ? Non, aucune chance que j'ai à affronter le regard déçu de mes pairs, il en était absolument hors de question.

Mes pairs … mu par un étrange sentiment, je redressais le menton et observa la petite fille du coin de l’œil. Une douzaine d'année, tout au plus, affichant le sourire le plus emplit de candeur que j'ai vu depuis bien des lustres. Qu'étais je à cet âge, sinon un vagabond et un voleur, dérobant pour me nourrir, me camouflant pour survivre, pour me préserver d'un monde froid et terne, bien loin, trop loin des préoccupations de l'enfance. Avais je grandit trop vite ? Sans doute, et c'était sûrement pour cela que la risette d’ingénue de la compatible me mit tant de baume au cœur, ne pus je m'empêcher de penser en étudiant l'ensemble des grimoires à ma portée, avant d'élever la voix à l'intention de ma compagne de mission.

« Peu importe les circonstances, je suis heureux de te rencontrer Lisette … Et si tu as un soucis avec l'anglais, je serais ravi de t'aider, même si je ne dois pas être le plus grand lecteur du quartier général. »

A peine eus je tourné la tête que la bibliophile grimpait déjà sur un escabeau pour chercher une piste parmi les étagères les plus élevées, impossible à atteindre, sinon pour un colosse, un exploit irréalisable compte tenu de la taille enfantine de la silhouette que je ne pouvais qu’apercevoir du coin de l’œil, tout absorbé que j'étais dans ma recherche du ravisseur de papier.
Mais occulter quelque chose de sa vue ne le fait nullement taire, et c'est bien son timbre chantant qui me fit brusquement relever le nez des écrits, à peine quelques secondes après que je m'y sois plongé, légèrement surprit par une question qu'on ne m'avait jamais posé aussi directement.

« Je ne peux comparer qu'avec mon ancienne vie, alors ça n'est pas vraiment objectif, mais … »


Je secouais la tête, ces détails ne l’intéressaient nullement, et l'instant n'était guère choisi pour un soliloque sans intérêt. Et quand bien même certains de ses rictus faisaient naître nombre d’interrogations sur un passé que je devinais bien moins serein qu'elle ne le laissait croire, je respectais le droit au silence … Après tout, n'avons nous pas tous un pan de notre histoire que nous souhaitons éclipser de la vue du reste du monde ?

Bien sûr que si, même moi, surtout moi. Qui étais je pour juger?

« Je m'y plais, sincèrement, même si je croule sous les missions depuis ... »

Un petit soupir et je relevais les manches de mon long manteau noir pourvu de sa croix argentée, exhibant mes bras burinés par l'astre solaire impitoyable, trop hâlé lorsqu'on les comparait à ceux de ma sœur d'arme. Mais qu'importait ? C'est bien les arabesques de la couleur du marbre qui se dessinaient comme des arabesques sur l’entièreté de mes bras lorsque j'activais mon innocence qui faisaient se froncer mes sourcils. Que m'avait apporter la transfiguration si ce n'était d'avantage de travail, d'avantage de risques, dont celui de devenir un maréchal, extrait de son équipe, tiré loin de son « chez soi » allégorique pour prendre soin de disciples qui ne pourraient jamais remplacer les deux personnes les plus chères à mon cœur. Loin d'Aon, loin d'Akane …

Cela me semblait impensable.

« Enfin, j'espère que tu t'y plairas, mais n'hésites pas à te prononcer si ce tel n'est pas le cas, tu ne serais pas la seule à vraie dire. »


Et c'est alors que j'allais de nouveau m'immerger dans le royaume des mots, des ouvrages anciens au toucher de cuir rendu rêche par le temps que le plus imposant d'entre eux retint mon attention. Un livre qui n'avait rien à faire en ces lieux, pas le genre d'histoire que l'on pouvait décemment conter aux enfants avant qu'ils n'aillent rejoindre les doux bras de Morphée.

Alice's Adventures in Wonderland, by Lewis Caroll

« Je crois que j'ai trouvé quelque chose ... »

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MessageSujet: Re: Bedtime Stories - with Lisette Delcambre Jeu 20 Aoû - 22:30




Les parois de bois séculaires cloisonnaient la salle en un insolite et improvisé confessionnal. Comme dans les cathédrales, le prélude avant l'office, l'air confiné s'infiltrait dans les narines, pour laisser s'échapper une expiration d'aveux implicites. Atmosphère intime. Espace sectionné au monde. Les prétextes, légitimant cette décontraction dans la conversation, ruisselaient en abondance dans le courant de l'échange spontané.

Les lèvres sous scellé, Lisette s'était contentée d'écouter attentivement Scott. Les paroles auraient été bien trop intrusives entre ses dents. Puis, le discours de son partenaire était si passionné qu'elle se serait sentie effrontée d'en altérer le débit avec des déclarations succinctes.

Avait-il deviné la vulnérabilité dans ses mots ? Ou, était-il dans sa nature d'exposer des vérités de ressentis troublants ? Les deux interrogations pouvaient se fusionner. L'ossature de la petite fille était vulnérable comme celle d'un faon. Son enveloppe de faiblesse l'avait suffisamment égratigné pour la rendre réceptive aux maux et à la gentillesse d'autrui.

Scott... Ses phrases roulaient habilement dans sa gorge. Leur véracité remuait des souvenirs poignants. C'était exact, son entrée à la congrégation avait été propulsée par une fatalité douloureuse. L'enfermement, l'incompréhension, la souffrance aussi bien physique que neuronale... Voilà ce qu'avaient été les présents laissés par l'innocence, avant que les jours de ténèbres ne soient absorbés par une lumière douce, réconfortante et salutaire... Une transition de vie vécue par tant d'autres, les schémas d'une histoire unique, que Scott abordait avant de se réjouir de son statut, de sa famille.

Les iris transparentes de Lisette scrutaient amicalement le visage de son aîné. Parlait-il en connaissance de cause ? Il était certainement impliqué. Et beaucoup plus, pour avoir accordé un tango macabre à la Mort lors de missions périlleuses, une expérience qu'elle méconnaissait encore.

Quels stigmates colorés leurs cerveaux ? Une question intruse, tant indécente, qui ne devait jamais déborder des lignes de la narration.

Lorsque Scott s'excusa embarrassé par son monologue qu'il jugea trop sentimental, Lisette se contenta de tendre sa bouche béate de joie de plus bel. Ponctuer l'affirmation de son collègue n'aurait qu'attisé davantage le malaise. La réponse aphone d'un visage expressif valait bien une verve fleurie.

Reprenant sa traque littéraire, l'attention de l'enfant se porta sur les hautes étagères qu'elle tentait d'atteindre... Sans succès. Pourtant, dusse-t-elle se rehausser de quelques pouces, se grandissant des pointes d'une ballerine peu adroite. Renâclant ce vain effort, elle recentra ses recherches sur des ouvrages à sa portée.

Les discussions entrecoupées de lectures furtives rendaient l'investigation agréable. « Vraiment ? » Avait lâché la voix cristalline et folâtre de la petite, à la suggestion des cours d'anglais du professeur Nihil. Une intonation aiguë et puissante d'un timbre analogue à une flûte à bec. « Je serais heureuse de te recroiser à l'extérieur de cette mission, Scott ! » Scott, Scott, Scott... Depuis leur récente arrivée dans le sanctuaire du silence, Lisette venait de briser la règle du calme exigé, en scandant le nom de son partenaire. C'était malgré elle. Sa petite bouille enfantine réclamait inconsciemment de l'affection pour combler les carences de tendresse qu'elle n'avait plus depuis qu'elle avait quitté ses chers parents.

Père et mère. Leur simple évocation en pensée était corrosive. Et le fait de les savoir vivants mais hors d'atteinte creusait chaque jour un peu plus le manque.

« L'enfer est pavé de bonnes intentions. » Lisette pouvait certifier l'authenticité de l'adage. Bien que ses parents l'aient envoyé dans une morgue pour vivants, elle ne nourrissait ni haine, ni colère à leur égard. Surviraient seulement les regrets d'une montagne de « si » qui aurait pu refaçonner l'existence.

Sentant son esprit s'enliser dans des réflexions visqueuses et désagréables, Lisette se mit à fredonner ce qui semblait être les notes d'un Tchaïkovski. Le visage imprégné d'une malice rieuse et vraie. Sa force de lutter contre ses démons mentaux, elle la puisait du présent. Et quelle joie que de retrouver ces paragraphes francophones, gros rectangles de mots, en la compagnie de Scott Nihil.

Sa question, qu'elle ne soupçonnait pas d'être déplacée, ni trop franche, trouva sa réponse en plusieurs temps dans la bouche de Scott.

Lisette s'était contentée de hocher la tête, en parfait petit automate docile et laissa un mince mais perceptible hoquet de joie faire vibrer ses cordes vocales, lorsque Scott s'avoua satisfait de sa condition.

D'un saut proche d'une cabriole, Lisette se laissa choir au sol en sautant prématurément quelques marches de l'escabeau. Ses frêles bras chargés de quelques ouvrages et ses grandes enjambées diligentes l'amenèrent aux cotés de Scott dans une mélodie grinçante sur le parquet.

En s'asseyant à proximité, après avoir fait gesticuler son corps sur la chaise, de cette énergie débordante propre aux jeunes de son age, son regard mélisse se fit méditatif. Une expression qu'elle fit courir jusqu'à sa bouche. « Pour les adultes aussi, c'est difficle. » Entre affirmation et question, les frontières étaient tellement floues dans cette intonation.

La phrase était sortie avec la force d'une vague scélérate. Ses joues rosirent d'avoir laissé fuir par inadvertance un « aussi ». Un mot, un seul, et une insignifiante suite de lettres qui laissaient entrevoir ses superficielles failles : Si la vie était épanouissante au quartier général, rien n'en gommerait la précarité, une vie sans réelle sécurité et potentiellement raccourcie à la moindre faute.

Comme une échappatoire à un lot de sentiments brouillons, Lisette se pencha attentivement sur la trouvaille de Scott.

Alice au pays des merveilles.  

Joli titre. Belle histoire déjantée. Ses parents trouvaient l’œuvre risible. Mais rien n'était invraisemblable aux pays des rêves. Sauf la norme. Sublime Wonderland où évoluait Alice, grande ou petite.

Lisette s'était étonnée plusieurs fois devant ce livre. Ce même bouquin l'ayant poussé dans une farce grotesque, en rougissant les roses immaculées de sa mère, dans la véranda familiale. D'ailleurs à sa souvenance, l’œuvre de monsieur Carroll était cataloguée de littérature jeunesse et non de conte. Une remarque qu'elle lâcha à voix haute, accablant à contre cœur le tant apprécié recueil des aventures d'Alice.

« Te sens-tu de suivre le lapin blanc et de tomber, comme Alice, dans le terrier ? Scott ? » Boutade, délicieux sourire, timbre sucré, l'amour des livres lui faisait sous-estimer le danger. Après tout quels risques encourraient-ils, dans cette pièce confinée de tout conflit.

« Prend cette histoire, chère Alice !
Place-là de ta douce main
Là où les rêves de l'enfance
Reposent, lorsqu'ils ont pris fin  
Comme des guirlandes fanées,
Cueillies en un pays lointain
 »

Lewis. Carroll


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MessageSujet: Re: Bedtime Stories - with Lisette Delcambre Jeu 20 Aoû - 22:33

Bedtimes stories
Seuls au centre de cette forêt d'étagères, nous attendions, notre attention entièrement accaparée par l'épais ouvrage qui occupait désormais l'ensemble du support de marbre sur lequel il était posé, sa couverture de cuir jouant avec les ombres du lustre pour devenir l'épaisse mâchoire d'un monstre avide de dévorer tous ceux qui escompteraient mettre la main sur lui, et son marque page en tissu, dernière trace des malheureux happés par le croquemitaine de papier, nous indiquait à quel page l'ouvrir, non sans me faire penser à une longue langue rougeâtre pourléchant par avance des babines difformes.

Les aventures d'Alice au pays des merveilles, Lewis Caroll, cette histoire je l'avais déjà entendue, contée par ma petite sœur aux cheveux roses, un univers digne des Contes de fées, idyllique, étrange, infini … Mais qui, comme chaque chose sur laquelle l'être humain ose poser ses doigts, recèle sa part de noirceur, un message caché derrière chacune des métaphores, des mots plus sombres que ceux que devraient pouvoir voir un enfant dissimulé sous chaque ligne, sous-texte effarant au second sens presque dérangeant, qui aurait pu pousser un lecteur avisé à en demander la censure, d'après quelques « grands penseurs » coincés dans leur tour d'ivoire.

Et moi ? Je faisais peu cas de ce genre de considérations. « L'enfance » était un concept qui m'était presque inconnu, et mon « innocence » est morte bien avant que l'on ne sertisse mes poignets de bracelets de fer.

Si le contenu de ce bouquin n'était rien de plus que l'idée que se faisait miss Liddle de la réalité, vue au travers d'un filtre enfantin, alors soit. Si l'auteur m'aurait prit comme personnage principal, il n'aurait alors jamais eu la possibilité de le publier, ou même de le montrer à qui que ce soit.

Des gens meurent chaque soir, et ensuite ? Le roman continue.

Mais cela ne me concernait nullement, et je m'en rendis bien compte lorsque je secouais la tête pour retrouver mes esprits. Je n'étais guère le protagoniste d'une œuvre quelconque, j'étais très loin d'être un héros, je n'étais rien de plus qu'un exorciste en vadrouille, un pauvre type qui savait à peine lire, et qui venait de serrer la main de l'Ecrivain, le scénariste d'une mise en abyme violente, acceptant de sans le vouloir le rôle du Deus Ex Machina, celui qui allait résoudre tous les problèmes sans rien demander en retour, afin que le conte puisse se terminer par le sempiternel « Ils vécurent heureux et eurent beaucoup d'enfants. »

Vivre heureux … Cela me paraît amplement suffisant,mais je n'y aurais jamais droit … Et apparemment je n'étais pas le seul à penser ainsi.

« C'est dur aussi pour les enfants, pas vrai ? Nous avons tous une histoire, à la Congrégation, parfois triste, très souvent tragique … Je ne te forcerais pas à en parler, mais si jamais tu en reçois le besoin, sache que je serais toujours là.

Mes yeux se fermèrent et les commissures de mes lèvres s'étirèrent, alors que mes poumons s'emplissaient, non pas de l'odeur âcre du tabac brûlé, mais de celui bien plus douceâtre de la peau tannée, tandis que lentement j'approchais ma paume de ce qui protégeait le recueil des mains malavisées, l’épiderme de l'animal dont je ne pouvais deviner la provenance devenant partie de l’œuvre, à jamais parcelle d'une histoire se dessinant sous les yeux des lecteurs.

Et lorsque j'approchais ma paume de cette jaquette ancienne, gardien d'un autre univers fait d'encre et de papier, où les arabesques de lettres devenaient tour à tour paysages et être imaginés, elle s'illumina de cette aura vert pomme caractéristique, celle que j'avais pu tant de fois apercevoir par le passé, mais que je n'aurais jamais pensé pouvoir admirer dans de telles conditions, et c'est pendant que mon bras s'en rapprochait avec mille précautions, que je tourna mon visage vers la petite fille aux cheveux blonds, un doux sourire aux lèvres.

« Avons nous le choix Lisette ? Quoi qu'au final … »

Et ma main s'imposa sur le portail, sur le livre fait d'Innocence que j'aurais espéré prendre sans risques d'être aspiré à travers l'espace et le temps, mais qui ne me permettait aucune illusion. Nous n'étions guère différents des pauvres ères aspirés par les feuillets, aux yeux aveugles du bouquin centenaire, tous ceux qui oseront essayer de l'ouvrir se retrouveront enfermés parmi les personnages, « jusqu'à la fin de l'histoire. »

Et, je le savais, celle ci ne se terminerait nullement par « ils vécurent heureux et eurent beaucoup d'enfants. »

« On a toujours le choix. »

Puis je rabattais la couverture, et en lieu et place de mots, je ne pus qu’apercevoir un entre las de phrases dépourvues de sens, du moins, dans un tel contexte. Des appels à l'aide lancés par les martyrs disparus, coincés à jamais dans leur ouvrage préféré ? Ou encore, par les personnages eux mêmes, touchés par leur détresse, ou craintifs de voir leur monde ainsi foulé par ceux qui n'y avait nullement leur place ? Je n'eus aucunement le temps de me poser la question, car déjà le livre me semblait nous attirer vers lui inexorablement...

Puis je n'eus plus que la sensation du sol se dérobant sous mes pieds, de n'avoir nul appui sur lequel me tenir et de perdre doucement contact avec la réalité. Je sentais le souffle d'un vent improbable caresser mon visage, soulever mes cheveux en arrière alors que tout disparaissait autour de moi, avalé par l'obscurité. La bibliothèque n'existait plus, ne restait que ce cylindre de ténèbres qui m'occultait la vue et les sens, et dans lequel je chutais de la même manière que si le Diable avait refermé sa poigne sur ma cheville pour me tirer en Enfer.

Et c'est alors qu'un éclat de compréhension traversa mon regarde que ma partenaire ne pouvais voir : Nous venions de tomber dans le terrier du lapin blanc.


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MessageSujet: Re: Bedtime Stories - with Lisette Delcambre Jeu 20 Aoû - 22:39




Douce Lisette à la conscience encore préservée, en partie, par les voiles de l'enfance. Appréciant innocemment les contes et légendes, ne distinguant de leur obscurité que les lignes de morales explicites. « Alice au pays des merveilles », ou plutôt des étonnements. Qui pouvait blâmer cette interprétation tronquée ? La connotation du mot merveille trop exclusivement positive en français. Ses iris rêveuses se fondaient sur les pages de ce récit onirique, quand ses doigts, fins cierges blancs, pinçaient les feuillets. En jeune lectrice, elle ne voyait dans le roman qu'une succession de rencontres fantaisistes, d'aventures et de mésaventures se concluant par l'évadée d'un monde chimérique. La reine de cœur la tétanisait intérieurement avec ses exécutions capricieuses mais, elle n'était ni plus ni moins que l'antagoniste d'une songerie souveraine, destinée à s'évaporer une fois celle-ci achevée.

Bientôt, eux aussi allaient rejoindre l'univers décousu, si riche, de monsieur Carroll.

Ses souvenirs littéraires se gommèrent prestement, sous les paroles attentionnées de Scott. Le grand frère improvisé avait saisi la portée de sa précédente déclamation. Ce petit aveu qui avait filtré la barrière de ses lèvres, pourtant consolidée d'un large sourire. Une teinte rosée se mélangea aux joues mouchetées de tâches rousses. De cette même gêne d'enfant pris sur le vif d'une peccadille.

« Tout n'est pas toujours blanc quelque soit l'age. Je te remercie et serai venir vers toi, quand l'occasion se présentera. » Timbre prude, involontairement mesuré mais toujours cette bouche étirée, d'une joie néanmoins moins vivace qu'à l'ordinaire.

Les réticences d'un passé qu'elle regardait avec des œillères, cédaient peu à peu, alors qu'elle n'avait point effectué le deuil de cette période de vie difficile. Les peurs s'étaient greffées à l'entrelacs de racines veineuses. Revenant sous formes spectrales d'insomnies, d'attaques de panique à heures pointues. Il existe de ces présences susceptibles de vous plonger plus facilement en confiance que d'autres. Scott se joignait à cette catégorie, son aura rassurante et son vécu, suffisant à laisser-aller quelques birbes émotionnels. Pour l'heure, leur flot était restreint. Malgré tout, un jour inconnu, le débit bien trop important de ses sentiments refoulés briserait les digues de son mental éprouvé. L'eau déborderait de ses rétines, impossible à endiguer. Elle accouerait à Scott en petite naufragée.

Un jour, qui ne serait peut-être pas celui-ci. Sa frimousse de fille joviale asséchait les larmes qu'elle ne pouvait ni ne voulait verser.

Jamais elle ne serait cette chose grimaçante et geignarde sur son état. Illusoire conviction. Touchante Lisette, bien trop brave et faussement vaillante, gonflant la poitrine pour grossir sa chétive stature, dans cette organisation d'adultes. Cette engagement ne teindrait pas, pourtant elle s'y accrochait désespérément, quotidiennement, pour ne pas perdre la face.

Sourire. Étendre ses commissures taillées en lames devant les mauvaises idées... C'était puérile, mais efficace dans sa courte durée.

En petit enfant de sa carrure, Lisette s'était rapprochée de Scott. Fixant la couverture du livre incriminé, d'une certaine attention, comme ces minots scrutant les illustrations l'instant d'une histoire narrée.

Une lueur verdâtre naquit au contact de l’œuvre de papier. Étendue en minuscule monde rectangulaire, similaire à une carte, dans la large surface du marbre froid. Une lumière qu'elle reconnaissait pour son étrange réciprocité à son innocence, jusque dans la forme. Nul doute que les propriétés divines devaient différer. Les disparitions faisant office de bonnes justifications.

Il ne tenait qu'à eux de forcer l'accès aux frontières de ces terres fantastiques. Les mots de Scott sonnaient similaires aux paroles prélude d'un voyage périlleux.  

Cependant, le danger était encore trop impalpable pour trouver sa place dans son jeune encéphale. Que connaissait-elle de ces apostolats douteux ? Des figurations, théoriciennes floues, tant qu'elles ne se seraient point concrétisées. Une bénédictions bien passagère.

La rouquine planta ses yeux céladon dans le regard mélisse de son compagnon. L'approuvant joyeusement, avant de glisser ses billes azurées sur les toiles de papier griffonnées de signaux de détresse.  

Interloquée de ces lettres ne trouvant pas leur place dans ce récit qu'elle avait lu en amont, Lisette n'eut guère l'occasion de méditer davantage sur ses réflexions. Le sol disparu pour se métamorphoser en gouffre béant. Les corps churent dans le vide de ce puits au fond instinct. La surprise lui arracha un cri suraigu, tandis qu'elle se demandait si elle survivrait à une telle chute... Espoir très mince, dans la logique. Mais mademoiselle Liddell n'avait-elle pas échappé à son funeste sort dans sa précipitation souterraine ? Par instinct, Lisette tendit un misérable bras en direction de Scott.  


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MessageSujet: Re: Bedtime Stories - with Lisette Delcambre Jeu 27 Aoû - 16:57

Bedtime Stories

ft Lisette Delcambre

Il n'y avait rien, le néant absolu obstruait mes pupilles dans ce microcosme où la noirceur était à son apogée, la crainte même de la théologie, cet après vie avant votre naissance, cet instant où votre âme n'est rien de plus qu'un fruit rouge et sucré sur un arbre en portant des millions d'autres n'attendant qu'à être cueillis, la conscience de votre non existence, si ce n'est en tant qu'entité divisible, une dimension abstraite où le « tout » ne faisait qu'un avec le rien, où je n'étais qu'une partie de cet organisme, à peine une fourmis rampant dans le ventre même de la mère matrice originelle, noyau sans esprit n'attendant qu'à être répliqué  encore et encore jusqu'au moment où la baie, trop mûre, chutera de l'Arbremonde jusqu'à s'écraser sur le sol, bercé par une musique, un orchestre joué par un unique instrument, un air résonnant tel un chant de sirène, qui vous accompagne du début de votre ersatz de vie, jusqu'au moment où vous fermez les paupières pour la dernière fois.

Ce n'est qu'à l'instant où, dans un dernier sursaut de volonté farouche, je saisis la main apeurée que Lisette me tendis, que je revins à la raison, que mes synapses me firent parvenir les images qui dansaient devant mes orbes émeraude, à l'instar du dernier soubresaut, réflexe du condamné à mort cherchant à apercevoir ses bourreaux.

Aucune parcelle du paysage qui se dessinait sous mes rétines ne me semblait familier, des territoires verdoyants au ciel trop azuré, trop bleu pour paraître issu de ma réalité, je découvrais un nouvel univers, et si j'escomptais faire du terrier du lapin blanc mon ancre, rien n'aurait pu d'avantage me décevoir : Il avait disparu, le tunnel infernal s'était évaporé dans l'atmosphère, nous laissant seuls, individus disparates dans un monde trop coloré pour mes prunelles, blasées par la vicissitude du monde.

Trop de reflets luminescents jouaient dans les reflets miroitant des fines gouttelettes qui s'écoulaient des feuilles du pommier sur lequel nous étions adossés, et je dus plisser les yeux pour que la lueur d'un soleil impitoyable ne m'aveugle entièrement. Avais je déjà eu connaissance de cet endroit par le passé ? Il semblait pourtant si familier, mais je m'y sentais comme un étranger, tel le vagabond traversant tant et tant de fois un chemin au point qu'il en reconnaît les formes, sans en connaître le nom.

Mais où diable pouvions-nous être ?

Un regard à ma gauche, et je me rendis que je n'avais à aucun moment lâché la main de l'enfant, l'innocence incarnée dans une petite femme aux cheveux blonds. Alors, la voyant ainsi inerte sur le sol, tel que je l'ai été, la peur me tordit les entrailles et, expressément, ma seule priorité me revint en mémoire : Qu'il ne soit fait aucun mal à celle que je m'étais juré de protéger, en mettant le pied dans l'arche en direction de la ville lumière.

« Lisette ! Tu ne t'es pas fait mal ? »

Immédiatement, il m'apparut que je n'avais aucunement souffert de ma chute, et cette simple pensée m'incita à pousser un soupir de soulagement. Il m'apparaissait désormais que nous étions simplement apparu « là », sans souffrir de la moindre côte cassée, à l'instar du dormeur se réveillant d'un songe trop réel pour sombrer un peu plus dans les brumes oniriques d'un inconscient décadent.

Je n'avais qu'à l'aider à se relever, mais je ne pus le faire sans lui murmurer d'une voix toujours inquiète, cherchant à mettre des mots sur l'effroi qui me taraudât l'âme durant quelques secondes.

« Dieu merci … Je crois que le livre nous a conduit ici, c'est étrange, je ne reconnais aucun paysage du roman ... »

Je secouais la tête et me mit en marche tout en observant les alentours, libérant la main de la nouvelle exorciste, rassuré, mais encore abasourdi par notre situation. Les questions se bousculaient et s’entrelaçaient à l’intérieur de mon crâne sans qu'aucune réponse ne me soit donnée. Où était le palais de la Reine Rouge et le jardin merveilleux ? Ou était le chat de Cheshire, le chapelier fou, et le lièvre de mars. Quel était cet univers, et quel lien avait il avec l’œuvre de Lewis Caroll ?

Mes interrogations cessèrent lorsque les contours d'une bâtisse apparurent dans mon champ de vision, d'un coup d'un seul, émergeant du vide sans que je ne l'aperçus un seul instant avant que nous ne nous retrouvions devant l'immense porte de bois de la demeure.

Compte tenu de la taille de la battisse, elle ne pouvait appartenir qu'à des nobles ou des bourgeois. Des personnes créés de toute pièce, issue de hasardeuse pensée artificielle de l'innocence ? Sans le moindre doute, et cela ne pouvait que d'avantage nous inciter à la prudence.

« Il m'est d'avis que tu devras prendre la parole, après tout, je ne suis qu'un enfant des rues, et je risque de faire une bourde ... »

Un petit sourire contrit étira mes lèvres, alors que je frappais trois simples coups sur la surface brunâtre du portail pour alerter de notre présence. Nous risquions de rencontrer les seuls êtres « vivants » de ces contrées, mieux valait mettre toutes nos chances de notre côté, n'est ce pas ? Nous n'avions rien d'autre à faire, après tout.

Mais ce n'est que lorsque des pas résonnèrent en réponse à mon appel, léger et flottant, signe d'une présence féminine, que j’aperçus la plaque dorée aux côtés de la porte, une nouvelle fois, sans qu'elle ne s'imposa a ma vision de prime abord, et alors, enfin, je compris quelle corrélation existait entre l'ouvrage, le cristal divin, et cet immense manoir.

« Résidence Liddell »


HRP : C'est naze et sans doute bourré de faute, désolé de l'attente pour un résultat aussi exécrable ><



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MessageSujet: Re: Bedtime Stories - with Lisette Delcambre Ven 28 Aoû - 15:40




Leurs corps insignifiants continuaient leur précipitation vertigineuse dans la cavité. Sombre, sans parois ou fond distinct Lisette eut cette sordide sensation de glisser dans l’œsophage d'un géant. Ce livre les avait englouti, dévoré, ingurgité. Était-il d'ailleurs à ce point affamé d'âmes pour croquer les impétueux caressant un peu trop sa gueule de cuir ? La perspective d’atterrir dans le monde de son estomac l’horrifiait. A cet instant même, son essence se fragilisait vers de nébuleux concepts, sur l'éphémère de l'existence et cette possible vacuité d'après vie, mais trop alambiqués à assimiler, se brisaient en éclat de peur brute.  

Une terreur puissante qui surprend et contracte le ventre. Mais qui se retrouva si tôt défaite par la main salvatrice de Scott Nihil. Ses frêles petits doigts, comme des bâtons de cannelle, s’écussonnèrent désespérément à cette poigne ferme. Ils allaient vaincre la gravité et ses lois physiques. Plus rien de négatif ne pouvait lui arriver désormais. C'était hâtif et si pitoyablement naïf un pareil raisonnement. Il prenait cependant son sens dans le jeune encéphale de Lisette.

Cette misérable et brave petite. Encore à quémander une aide silencieuse, un appui. Si incapable d'autonomie. Elle vomissait cette dépendance, et devoir s'y attacher – à cause d'une fautive enfance –  l'humiliait au plus point. Elle enfonçait d'elle même le couteau dans la plaie de sa propre frustration, surtout lorsqu'elle réalisait toute l'inquiétude que causait son état à son entourage. Si minable et si fragile. Pitoyable.

Si ses os n'eurent pas été ceux d'oisillons, ses articulations n'auraient pas été aussi tremblantes. Si sa carrure n'eut pas été celle d'un poupon de chiffon, la peur ne l'aurait pas tapissé. Si sa nature n'eut pas été celle d'une couarde peut-être n'aurait-elle pas été ce poids mort de préoccupations.

Si, si, si... Les notes de solfège – petits ponts de conditionnel rendant toutes les réalités possibles – bercèrent l'enfant avant qu'elle ne s'évanouisse dans les méandres d'un néant profond.

***

Les couleurs et les formes reprirent place sur ses rétines après une inconscience coupée du temps. D'une façon assez latente, comme si une buée s'estompait de ses iris ensommeillées. Les informations se démêlèrent péniblement de l'entrelacs de ses cellules nerveuses. Cette projection vers un autre monde troublait quelque peu son esprit.

Une herbe verte pomme noyait ses pupilles de reflets anis. Tandis qu'une nuance de bleu insolite rappelait, l'air narquois, l'originalité de cette mappe nouvelle. Un joli décor, aux coloris barbouillés par les mains de créateurs juvéniles, dans lequel se découpait la silhouette familière de Scott l'empoignant toujours.

Lisette lâcha sa paume promptement, une fois relevée, vive comme ces patins vissés sur ressorts surgissant des boîtes.

« Je n'ai pas de blessure quelconque et ne souffre où que ce soit. Ne t'inquiète pas Scott. » Ses cordes vocales enfantines roulaient chaque syllabes dans une mélodie aiguë, rassurante, qu'un sourire accompagnait. Une mimique spontanée mais véridique.

Elle avait choisi d'omettre de ses paroles toute la peur qu'elle avait ressenti durant la chute. Adorable Lisette, si déterminée à ne pas incarner cette charge morale qu'elle redoutait. Émettant même un petit rire de flûte de Pan pour distordre les jugements sur son état.

« De la part de l'histoire d'origine, je reconnais que je m'attendais à un univers un peu plus déformé. L'imagination de Monsieur Carroll était très féconde sur ce genre de choses. » Ne se contentant plus de quelques bribes laconiques, parlant pour la première fois d'un discours plus long, sans doute car il était question d'ouvrages, elle renchérit. « Je pense aux messages aperçus avant de tomber et suis assez étonnée de trouver les lieux aussi paisibles. » Observation proférée, elle arborait fraîcheur et naïveté de dialogue. Nouvelle recrue et enfant se liant à ce langage peu adroit, hésitant.

L'agate de ses prunelles fusionna derechef dans la contemplation de la plaine, presque ordinaire, si ce n'était que la verdure bien trop humide l'éloignait des brins de paille que pouvaient être sa végétation de Provence. Comme ces lieux dénotaient avec la richesse de ses songeries. Avant de revêtir le manteau d’exorciste, lorsque quelques années en amont elle vaguait aux alentours du domaine familial, elle avait érigé un royaume onirique dans son front chargé de jeux innocents. Courant jusqu'aux vergers pour y débusquer un chat au sourire de demie lune. Orchestrant des tea parties avec ses dînettes. Dérobant des champignons spongieux dans les cuisines, dans un espoir farfelu de se voir grandir ou rapetisser. Que la désillusion était amère depuis sa tombée de l'abîme. Aucune singularité ne contrastait de ce tableau tranquille. Mais pouvait-elle vraiment blâmer ce calme et cette absence sécurisante de menace potentielle ?  

L’introspection et les réflexions s'éveillèrent de leur plongée méditative sous l'apparition enchanteresse d'une luxueuse demeure. Un genre de pénates de nantis, distingué, ne laissant guère de doutes sur la classe de ses probables résidents.

Naturellement, influencée par ses automatismes d'enfant intimidée malgré elle, Lisette suivit Scott en ombre jusqu'à la porte d'entrée de l'impromptu manoir. Une porte si imposante en comparaison à sa taille encore en croissance.

L'innocence était bien joueuse avec eux. Quelle curieuse pièce théâtrale organisait-elle ? Et quels rôles s’entêtait-elle à leur donner ? Les réponses apparaîtraient fragmentées au fil de l'investigation, qui avait déjà débuté et qui allait se poursuivre dans cette habitation prestigieuse.

« Prendre la parole ? » Fit sa petite voix peu assurée en écho aux précédents propos de son partenaire. Ses traits marquèrent une hésitation vaporeuse, le temps de se chercher une contenance. La chétive créature opina en plantant ses yeux azure dans le jade des orbes voisines. « Je vais voir ce que je peux faire ou dire. Il n'est pas question de verve ou de règle de bienséance, je pense pouvoir m'en sortir, mais la situation est assez particulière. »

Le rose de ses lèvres se tendit en une moue pleine de bonne volonté alors que Scott frappa de trois coups secs la porte. Avant que celle-ci ne s'efface dans une mélodie de souliers pianotant sur un parquet, Lisette cru lire le patronyme de Liddell sur une plaque.

Liddell ? La Alice originelle ou fictive créchait ici ? Ses joues s’empourprèrent à l'éventualité de se confronter à une héroïne de roman. Une gêne étouffée d'une admiration poignante qui se dissipa devant la forme d'une fillette venue accomplir une tâche de réceptionniste.

Luttant contre une conviction défectueuse, Lisette ouvrit aussitôt la discussion avec son timbre mouillé de candeur. « Bonjour et pardonne notre visite improvisée. Nous sommes Scott Nihil et Lisette Delcambre, des envoyés du Vatican comme en témoigne notre costume. Nous avons été chargés d'une enquête par notre employeur. Serait-il possible de nous entretenir avec les maîtres de cette maison ? »


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MessageSujet: Re: Bedtime Stories - with Lisette Delcambre Dim 30 Aoû - 21:38

Bedtime Stories

ft Lisette Delcambre

Face aux murailles, l'enfant des rues ne pouvait s'empêcher de trouver le manoir transcendant, quand bien même, de sa position, ne pouvait il en décrire que la façade principale. Un immense donjon aussi majestueux qu'imposant orné d'une couronne de mâchicoulis, de pilastres et de chapiteaux finement travaillés dans un pur style post-renaissance dominait de toute sa hauteur les alentours, et les deux ailes tout aussi hautes et grandes de chaque côté se terminait chacune par une tour au toit arrondi et sculpté dans le même style. La façade était faite de marbre blanc, et la toiture, de tuiles noirâtres donnant un contraste saisissant entre les différents étages du bâtiment. Une cour tout aussi somptueuse, disposant plusieurs parterres géométriquement séparés par des allées et délimités par des murs de buissons et des topiaires taillés, faisait face au corps du château, tandis qu'une allée plus large que les autres coupait en deux le parc et se terminait jusqu'aux portes desquelles nous faisions présentement face. Les parterres étaient taillés et entourés d'une ribambelle de fleurs indénombrables plantées dans un ordre parfait de part et d'autres des carrés d'herbe verdoyante.

Pourtant, nul ne s’affairait à rendre ce paysage aussi idyllique, pas le moindre servant, nulle présence d'une quelconque homologue féminine. Les jardins de la demeure étaient certes, d'une beauté à couper le souffle, mais ils étaient irréels, à l'instar d'un mirage, qui se dissiperait dans l'atmosphère si nous commettions l'erreur de nous en approcher de trop près.

Un songe, les vestiges d'une création onirique, un souvenir lointain, qu'importait, au final, ce que représentaient ces lieux. Le cristal divin avait délivré son épreuve, et nous devions nous en montrer digne, auquel cas il nous sera définitivement perdu, sans défenses face aux hordes du Faiseur.

Et notre premier lien tangible avec ces contrées fantasmées issue du merveilleux recueil se trouvait en une petite fille d'une douzaine d'années, celle qui venait présentement d'ouvrir la porte.

Ses longs cheveux noir corbeau et ses yeux de jade transcendèrent l'obscurité qui émanaient de entrebâillement des portes, à mesure qu'elle étudiait les potentiels intrus qui semblaient avoir l'outrecuidance de souhaiter s'inviter en sa demeure. Elle ne m'apparaissait guère avoir d'avantage qu'une douzaine d'années, un visage juvénile marqué autant par l'inquiétude et l'hésitation que la surprise de voir des étrangers signaler ainsi leur présence. Les visites étaient elles si rares, en ces contrées ?

Et alors qu'enfin, les chaînes qui faisaient office de vigilance cessèrent de maintenir le portail de bois, et la toute jeune fille vint nous faire face alors que ma camarade entamait sa plaidoirie.

Muré dans mon silence de convenance, je ne pus réprimer un sourire admiratif devant l'introduction de Lisette, tant les mots s'enchaînait en un discours que je n'aurais jamais su reproduire. Et quand bien même la résidente semblait tiquer sur certains mots, elle s'en abreuvant jusqu'à ce que la compatible reprenne son souffle, attendant patiemment qu'elle reprenne sa respiration, le point d'orgue, pour y répondre de la voix douce des enfants encore innocentes.

« Je … Papa m'a dit de ne pas parler aux personnes que je ne connais pas, mais ... »

Elle semblait presque rosir, à mesure qu'elle hésitait à prendre une quelconque décision sans l'appui de ses proches, ne sachant presque que faire face au dilemme qui lui était imposé. Nous sommes restés de longues secondes ainsi, à attendre simplement qu'elle fasse son choix, avant que de nouveau sa voix ne brise le silence qui s'était installé sur le pourtour de sa demeure.

« Mais vous pouvez entrez, papa va revenir, et peut être que lui, vous pourrez lui parler ! »

Et c'est ainsi qu'un sourire fendit le faciès poupin de l'enfant à mesure qu'elle se détournait de nous et se précipita dans les corridors en nous incitant à la suivre.

Le moins que l'on pouvait dire fut que ces gens ne manquaient de rien, et qu'ils savaient Vivre. Chacun des couloirs que j’arpentais était somptueusement décoré, peint dans des couleurs d'où semblait émaner la noblesse et le pouvoir. Vous dirais-je que la vue de toute cette opulence faisait rugir en moi le monstre aux yeux vert? Ce serait vous mentir. Tout ce faste me rendait à peine légèrement envieux : j’étais bien trop habitué à jouir des plaisirs simples de la vie pour me sentir à mon aise dans une cage dorée, peu importait la quantité et la qualité de la dorure. La liberté primait sur nombre de choses, le luxe en faisait partie, et je sentais que je ne pourrais jamais résider décemment dans un palais douillet, le monde extérieur m’appellerait inexorablement  à explorer le moindre de ses recoins, à me mettre en quête au jour le jour pour trouver de quoi satisfaire mes désirs.  Non, j’en étais persuadé maintenant, je ne pourrais jamais m’adapter à ce style de vie, ma manière de vivre, chaotique et épicurienne, me convenait tout à fait.

Au bout de quelques minutes passées les yeux fermés à attendre que ma raison reprenne le contrôle de mes sens, appréciant le silence, je pus reprendre en toute quiétude mon cheminement aux travers des veines du manoir.  La lumière que diffusait le soleil aux travers des vitres était éblouissante, mais elle ne me permit malheureusement de suivre la course de la jeune héritière, si bien qu'elle fini par nous devancer suffisamment pour disparaître de notre vue, telle la flamme vacillante d'une bougie dissipée par un soupir.

Un fantôme ? Peut être, il faut dire que l'ambiance s'y prêtait bien, nous voilà seuls, au milieu d'un couloir richement décoré, sans que qui que ce soit ne vienne nous guider.

Rien qui ne pouvait nous rassurer, et les sons qui résonnèrent bientôt ne purent que justifier mes inquiétudes.

Dans le sillage de mon regard, entre les vases et les sculptures, seuls témoins de nos pérégrinations, les corps des servants, presque une dizaine, jusqu'alors invisibles se traînèrent jusqu'à nous en une démarche rampante, avant de se mettre à enfler de tous leurs pores, devenant figures cauchemardesques dans ce monde conté, tel une réminiscence de l’œuvre de Caroll, créations organiques non pas fruit d'une histoire, mais de l'imagination débridée du Conte Millénaire.

Alors je plissais les yeux, devenus calculateurs, tandis que ma posture se fit celle d'un garde, murmurant à sa partenaire.

« Lisette, tiens toi prête. Si tu pressens qu'ils risquent de t'atteindre, abrite-toi derrière moi.»


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MessageSujet: Re: Bedtime Stories - with Lisette Delcambre Jeu 3 Sep - 19:11




Ses iris bleu sarcelle s'embobelinèrent à la contemplation de ce sosie d'enfance. Comme elle était enjouée la petite française opalescente d'épiderme. L'approche avait été concise de temps, et certes alambiquée de paroles. Malgré tout, Lisette évidait sa vigilance en fondant devant ce faciès aussi juvénile que le sien. Une complicité, peut-être unilatérale, dopée par ces atomes de liens magnétiques si intrinsèque à la jeunesse. Se comprenant dans un morse inconnu aux adultes, pur et vierge de perversions encore informes. Un petit sourire, incrusté dans sa bouille fraiche, rehaussa ses joues rondes comme des pommes. Mimique reflet de la si jeune lady. Une barre de lèvres tendue en guise d'excuses. Ô mignonne Lisette, croqueuse de mots, dévoreuse de livres. Les belles lettres prenaient une place précoce dans son existence. Elle les ingurgitait affamée de découvertes, d'aventures, poussée par cette curiosité « d'aller vers » si naturelle. La verve débordait de sa bouche avide, mélangée à quelque réticence quand les consonnes se stoppaient dans son larynx et que seules les voyelles filtraient en vagissements intimidés...

Et inexpérimentés ! Ô qu'elle s'en voulait des fois, de ne pas assimiler l'exactitude des nuances chez les propos des grandes personnes. Cette méconnaissance du sombre en était touchante, si friable. Enracinée dans les combats, cette fleur d'innocence était appelée à y être arrachée. Un jour incertain, violemment ou à feu doux. Mais pas en présence du bon gardien Scotty. Pas ce jour ci.

Après des doutes mesurés, la petite brune guère plus grande que Lisette concéda à leur ouvrir. Les guidant jusqu'à un père évoqué en amont dans la discussion.

L'intérieur du manoir illusionné de merveilles était tout aussi puissant aux rétines du bout d'exorciste. Elle laissait échapper des hoquets d'admiration devant les fastes et les broderies. Davantage bluffée visuellement qu'envieuse. Tout semblait si étincellent dans ce corps de onze ans. Lisette s'immobilisait en statut de sel devant l'argenterie de sa mère. Elle gloussait au toucher de fanfreluche. S'énamourait du jade, du nacre et des perles... Mais amassait aussi les cailloux, la mousse. Trouvait une beauté tout aussi troublante dans un coquelicot que dans le plus noble des lys. La force d'aimer une globalité, un tout.

La vie, sous toutes ses facettes, elle l'absorbait pour en rendre l'éclat dans le sourire de son ivoire. Comme un jeu de miroir.

Sa lumière se ternit à la disparition du spectre de la préadolescence timorée. Évanouie par prestidigitation dans l'impériale demeure tout aussi chimérique. Ils s'étaient laissés berner dans ce monde de songes. Du moins, la supercherie colorait les orbes de Lisette, avec le scénario analogue de ces enfants se faisant capturer par une maison en sucre.

Ils ne tardèrent pas d'ailleurs, ceux qui voulaient leur trépas. Pantins se déhanchant au sol, dans la dysphonie de leurs articulations mécaniques.

« Ce sont donc ça des akumas ? »

Sortant son livre, l'encerclant contre son cœur, Lisette se positionna en ballerine aux jambes tremblantes dans l'échine réconfortante de son partenaire. Le prenant aux mots. Peu assurée face à cette confrontation encore étrangère à ses habitudes.  

Ses pupilles papillonnèrent d'effroi. Les visages boursouflés grouillaient comme infestés de fourmis carnassières. N'étant plus rien, si ce n'était que des caricatures d'humains taillés de la vague d'un instrument cubiste avant-gardiste.

Ils incarnaient le centre d'une horloge morbide, aux hères se mouvant dangereusement, désormais métalliques, grimés d'étoiles. Les bouffonneries d'un auguste aux goûts burlesques.

Se greffant au dos de Scott en s'acculant, Lisette ouvrit prestement les pages de son curieux ouvrage. Répondant au mouvement, l'éclat de cristal divin éructa son rayon malachite caractéristique pour se condenser en une silhouette plus compacte. Sculptant la lumière comme du verre, y apportant des détails, progressivement des couleurs. Le prince issu de la création se libéra de sa condition de chose, d'un mouvement de poignet. Rapière écussonnée dans le poing. Prêt à se mettre en garde pour protéger lui aussi celle qui l'animait en pensée.


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MessageSujet: Re: Bedtime Stories - with Lisette Delcambre Lun 7 Sep - 17:40

Les visages gonflés par le vice des asservis semblaient prendre la couleur grisâtre d'un ciel orageux, trop pâle, trop terne, l'aspect d'un cuir élimé, gondolé par un déluge, propre à donner l'impression aux mortels que leurs âmes scellées aux ossements de fer ne désiraient rien d'autre que de s’évader de leurs corps décadents, souillés par la tentation d'un marchandage avec la Mort autant que par l’écœurante matière sombre dispensée par le Faiseur. Souffraient ils, ces esclaves assujettis aux émissaires de la fin des temps, contraints de trahir les leurs, ceux qu'ils étaient et ceux qu'ils auraient voulu être, devenant spectateurs hurlants leur peine face à la douleur que les dépouilles devenues marionnettes sèment aux mains du Comte Millénaire ?

Sûrement auraient ils souhaité passer leur vie dans l'ombre, ermite à l'écart d'une société sur le déclin, plutôt qu'à subir une éternité de tourments à l’intérieur d'une vierge de fer aux dards maculés de poison suffisamment insidieux pour corrompre jusqu'à l'ichor vital des macabbés : A chacun de leur pas résonnaient les cris silencieux et désincarnés de ceux dont l'esprit vicié se comprimait dans des carcasses d'acier, ceux dont les mains opalines agrippaient les murs, ceux dont la chair putride enflait désormais jusqu'à déchirer leur enveloppe charnelle par tous les pores, crevasses, canons organiques, avides de faire couler un sang qui plus jamais ne circulera dans leurs veines.

Masques d'augustes à la blancheur immaculée dont la torture n'est reflétée que par la tristesse de leurs yeux vides et sombres, aussi noirs que l'astre ornant leur front.

Pleuraient ils sous la mascarade, taisaient ils leurs larmes en faisant grâce à leurs maîtres d'un peu plus de désolation ? Ou trouvaient ils leur compte dans le fratricide le plus vil qui soit ?

Cela m'importait guère, j'avais pas un regard pour ceux qui ne verront l'aube se lever qu'au travers de pupilles artificielles, je ne me fendrais pas d'un quelconque cantique, comme le feraient mes frères afin d'accompagner leur second trépas. Je mettrais simplement fin à leur vie dans la mort, je rendrais son dû à la faucheuse, pour que ceux qui, contraints d'errer à travers un monde qui n'est plus le leur, se sont vus refuser l'accès au purgatoire par un Prince voué à une rage primordiale condamnant les jours à l'extinction, ceux là même se verront purger des péchés commis par leurs membres déshumanises, par ces outils organiques, piétaille maléfique faisant la part belle entre engrenage et nécromancie, propres à vouer un être au chaos.

Ils connaîtront la félicité éternelle, grand bien leur fasse, mais ils feront face à la psychopathie bien avant d'effleurer ne serait ce qu'un seul cheveux de celle que je m'étais promis de défendre, aux prémices de cette sombre matinée.

Je jouais mon rôle de salvateur, un chevalier dénué d'armure étincelante s’apprêtant à vaincre ses arrogants adversaires, convaincus de mériter la victoire en arborant les armoiries malsaines d'une patrie belliqueuse, dernier rempart entre les bellicistes damnés et la demoiselle qu'il se devait de préserver du glacial toucher de la Mort.

« Sans le moindre doute. Je ne m'attendais pas à en rencontrer à l’intérieur de ce bouquin. »

Mes yeux se plissèrent vers les prétoriens infernaux tandis que je m'imposais en pavois de chair au devant de ma jeune amie, mes bras levés dans un réflexe primal de protection alors qu'un pas après l'autre, ils s’avançaient, jusqu'à ce que les derniers haillons de peaux ne tombent et ne révèlent enfin aux grands jour les abominations qu'ils abritaient.

Un sourire mauvais étira mes lèvres, ils s'approchaient, lentement, inexorablement, flottant de quelques pieds au dessus du sol comme autant de poltergeist désireux d’intensifier l'instant seconde après seconde, exhiber à la vue de tous la beauté dramatique des poupées meurtrières, squelettes sombres de Niflheim à jamais figés dans une expression macabre par le froid et la brume.

« C'est la première fois que tu en vois, n'est ce pas ? »

Calme, mais une colère froide luisait au fond de mes yeux émeraude, sur mon visage trop paisible pour un homme faisant face à des êtres implacables et assoiffés de vie. Et seuls mes mots résonnèrent dans la pièce avant que je ne m'apprête à me jeter dans la mêlée, distribuant la parole divine, la délivrance, la sentence sacrée à tout ceux qui avaient le malheur de se trouver à distance de mes poings ou de mes impulsions saphirs, des syllabes prononcée distinctement malgré le danger mortel qui planait autour de nous tel une nuée funeste.

« Alors n'oublie pas trois choses. »

C'est à cet infime moment qu'ils traversèrent l'espace qui nous séparait, les quelques mètres que la crainte de disparaître repoussait, jusqu'à ce que la témérité et l’adrénaline ne fasse se dissiper la prudence et l'instinct de conservation. Et alors que je vis Lisette serrer contre elle l'ouvrage dans lequel s'était incrusté le cristal divin, je ne pus m'empêcher d'inspirer, confiant.

Un prince venait d'apparaître à ses côtés, second gardien prêt à donner sa vie pour l'enfant au fardeau trop lourd à porter. De ce que je pouvais en voir, l'innocence puisait dans l'imaginaire de la jeune ingénue, lui offrait la possibilité d'en puiser sa puissance, devenant la passerelle entre un monde onirique et merveilleux et celui où la fantaisie et les rêves d'enfants disparaissaient dans les relents putrides de la réalité.

La rêveuse n'était pas sans défense, certes.

Et lorsque les canons nous prirent tous en joue, à l'instar des criminels menés à l’échafaud, je ressentis pleinement la joie de me dire que je ne l'étais pas non plus .

« D'abord, ce ne sont plus des humains, ils ne souffrent plus d'aucune pitié. »

L'éclat des détonations résonna dans les corridors.

Le champ de force azuré que je venais d'incanter en tendant ma paume droite vers nos adversaires luit quelques instants, laissant les munitions envenimés scintiller quelques instants avant qu'elles ne s'effritent dans l'atmosphère, à peine quelques secondes avant que le bouclier translucide ne s’évanouisse.

« Ensuite, la croix qui luit sur ta poitrine les appâte aussi sûrement que la lumière attire un papillon »


Je faisais confiance au personnage de Comte pour faire passer la vie de son invocatrice avant la « sienne ». Face à la mort, a cette douzaine de globes plaintifs, je souris, mon corps tout entier se veina de marbrures bleu ciel, jusqu'à ce que je tende mes bras écartés vers le gros des troupes de démons, attentif à laisser à la nouvelle recrue une idée de ce que representait la guerre avant de mettre un terme à leur pitoyable existence, une nouvelle fois encore.

Ce n'était pas une bataille, nullement un véritable danger, à peine un exemple pour Lisette à vrai dire. Ce n'était ni plus ni moins qu'une annihilation.

Et le verdict sonna lorsque je fis pleuvoir la mort sans faillir à ma position de bouclier de chair.

« Et surtout, n'oublie jamais que tu auras toujours quelqu'un pour couvrir tes arrières »

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MessageSujet: Re: Bedtime Stories - with Lisette Delcambre Sam 26 Sep - 12:43




Des tiques grasses perforées de canons. Chair et métal se mésalliaient dans l'incarnation de ces gisants, armes et jouets d'une guerre illustre, déformés de leur dernière barrière d'humanité par une apparence tout aussi misérable qu'étaient leurs âmes garrottées aux entraves de leurs dépouilles. Ils s'agglutinaient en ronde de mort, affamés de broyer des vies qui leurs seraient vertueuses. Éteindre des existences qui ne brûlaient plus dans leurs corps était dans leur instinct. Le carnage, le salut vers une puissance espérée. Et n'étaient-ils pas des trophées méritoires, les deux exorcistes se réfléchissant dans le centre de leurs orbes dégoulinant de rimmel ? Tristes et létaux Pierrots.

Ses fragiles mains d'enfant agrippèrent véhément son ouvrage précieux. Un mouvement frénétique de créature apeurée, trahi par un vibrato nerveux. Brave Lisette. Malgré ses efforts pour endiguer la peur, son organisme la lui remémorait naturellement, avec une succession de mécanismes incontrôlables, démontrant derechef les failles et les limites de la force spirituelle.

Les adultes de la congrégation lui avaient conté la malveillance des akumas. Mais se retrouver face à ces démons était une toute autre épreuve. Lointaine des conforts théoriques, la moindre erreur était fatale. Et ces gueules de cauchemar, lunaires, diaboliques, jubilaient bien de son insignifiante carrure.

Des railleries dont Scott écarta les écorchures, grâce à sa présence tutélaire.

Confirmant le nom de ces sbires d'augustes qui sonnait encore farouchement dans les syllabes articulées par l'ingénue. Elle devrait cependant l'apprivoiser, à force d'usage, cette rencontre macabre se voulant vouée à la répétition tant que durerait la bataille contre le Comte adipeux. Des pensées miséreuses qui ne s'ancraient point dans la réalité de ce présent ci. Scott Nihil se trouvant sacré de l'auréole d'un ange salvateur, pour la vulnérable débutante Lisette Delcambre. Ses yeux azurin s'éclaircir de leur ombre de frayeur alors qu'elle scruta son protecteur, l'approuvant dans un murmure encore assourdi par l'intimidation.

Cette rixe était son baptême de confrontations. Touchante Lisette. Comment ressortirait le voile de son insouciance après les combats perpétués ? Serait-il toujours aussi blanc que son armistice d'ancienne vie ? L'absence de teintes ne resterait pas si immaculée mais malgré tout, la pureté en demeurerait intacte tant que ses camarades la délesteraient de ces expériences trop lourdes à ses chétives épaules. Une pensée naïve, mais l'illusion d'une vérité réconfortante dans ses jeunes rétines.

Imprégné du monde tridimensionnel, le troisième soldat – qui n'avait d'humain que l'enveloppe – s'enjoignait à la lutte menaçante. Sa lame damassée prête à s'enfoncer comme un dard dans la ferraille de ceux visant sa créatrice. Une volonté de protéger qui n'était que sa volonté d'être protégée. Ô Lisette. Réelles et tangibles ses créatures ne demeuraient que les reflets d'ouvrages inconscients. Un jeune mental sublimé de chimères bigarrées. De belles marionnettes tièdes, d'état vaporeux, contraintes à s'en retourner au royaume des songes, leur monde originel, une fois leur rôle joué, des mirages, matérialisations enfantines. Plus jeune, elle s'était laissée bercer et berner de rêves. Considérant son Prince en Homme et ami. Une interprétation analogue à ces minots animant leurs jouets, dans la tentative de gommer un sentiment de solitude ou d'égailler l'ennui. Un jeu qui n'eut pas été aussi innocent, l'ayant isolé dans un monde clos, gorgé d'une blancheur douloureuse à sa mémoire... Elle n'en regrettait rien, pour s'être délectée de l'inexistante relation et y avoir trouvé un atoll d'espérances alors que la déraison s'apprêtait à l'absorber.

Deux échines la consolaient, sous le déguisement d'un binôme d'éphèbes qui ne la laisseraient jamais esseulée dans la rixe. Une certitude qui ne l'empêcha point d'abaisser la tête dans la crainte des coups de canons éructés du cercle de démons.

Comme un dôme de givre protecteur, un écran bleuté annihila les projectiles. La réponse de Scott, qui s'annexa à sa parole, lui présentant les ennemis déjà récurrent à sa routine.

L'enseignement sur les véracités de ces Êtres maléfiques se scinda en trois temps.

Leur inhumanité. Fades copies de vivants, invisibles dans leurs costumes de peau jusqu'à ce que tombe le masque. Lisette ne savait discerner laquelle de ces peurs étaient la plus forte : Leur capacité à se confondre dans les masses anonymes ou leur réelle nature d'acier trempé de poison ? Anneaux de ciel embrumé, ses iris se heurtaient à la sinistre vision des visages grimés de pleurs. Le simple contact de ce sens, suffit à étendre le fer de leur composition sur son épiderme gelée de frousse. Pauvre Lisette. L'uniforme l'enrôlait dans une carrière d'exorciste pesante à ses clavicules de brindille. En enfant-soldat, elle arborait encore la puérilité des bambins de son âge. Avec la même crainte de monstres cachés dans le placard. Alors était-elle à blâmer, la statue de sel qui médusait son âme pétrifiée ?

Brave petite fille. Elle intériorisait ses angoisses, honteuse de sa jeunesse injuste dans un monde trop sombre à son essence.

Les appréhensions se nouèrent d'interrogations à savoir sa croix puissante aimant à akumas. Son esprit brouillé de doutes ne put se retenir d'en déformer les branches en mire. Et voir le rosaire muer en cible cousue sur le cœur l'enfonça plus dans la saisie de l'horreur ennemie.

Comme pour soulager sa génitrice de ses pensées obscures, le Prince fit rutiler sa rapière dans la direction du diable le plus proche à son tranchant. D'autres papillons fuligineux s'égrainèrent de poussière dans les résilles de ses synapses brouillées. Des mots aussi puissants que des armes. Jamais elle ne serait seule promit l'harmonique de Scott Nihil. Son corps se couvrit de veinules bleues et il s'engouffra dans la lutte sans cesser de la protéger. Les vieux démons étaient morts, les sphères grotesques et ceux parasitant son cœur.

Le miasme des homoncules tombés s'évapora condensé en vapeur éthérée. Le songe de Lisette s'évanouit dans des arabesques transparentes, sa raison d'être ayant cessé avec le danger – mais prêt à resurgir avec le fil sibilant de sa lame le cas échéant.

Épinglé à ses lèvres fines, le sourire crispé de la petite fille s'imposait en surface. Les émotions vécues enfouissaient les angoisses. Le rictus était une pâle singerie mais elle se l'imposait pour avoir elle même foi. Ressassant les énonciations de Scott pour se donner du courage. Le fixant d'iris vaillants, discourant des remerciements silencieux.

« Scott. » Sa langue vint claquer le long de son palais, dans l'articulation de ce nom allié. Un début de confession timide de ce timbre encore trop mouillé d'enfance pour se retrouver dans cette existence précaire. « Je ne savais pas du tout quel avis avoir sur les akumas avant... On les croise vraiment dans notre quotidien ? »

Son cœur d'une dizaine d'années s'enserra. Réalisant pour la première fois l'implication périlleuse que lui donnait son costume.
 
Ses valves cardiaques pulsaient avec célérité l'hémoglobine circulante, agitées par une adrénaline mue en sérum de vérité. S’en voulant d'exprimer une nervosité trop forte à sa réflexion et pour ne pas trahir les énonciations de Scott, elle prit la peine de renchérir. « Je suis contente d'être en sécurité avec vous, tous les exorcistes, mais je m'en voudrais tellement d'être un lot de préoccupations... »
 
Désolée d'être une enfant. Je voudrais être autonome. C'est parfois dur pour moi. L'inconscient la broyait de vagues cogitations expulsées en sons. Une faille qui allait se refermer sous peu à mesure que la raison la dominerait à nouveau... Même si pour l'heure, son âme de très jeune fille était encore effrayée par la lutte récente...

Qui n'était pas complètement achevée. Les innocents clos dans ce monde hurlant à la rescousse. Un rappel qui alerta son inquiétude, alors qu'ils se retrouvaient seuls dans le manoir.


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MessageSujet: Re: Bedtime Stories - with Lisette Delcambre Dim 31 Jan - 13:34

Bedtime Stories

ft Lisette Delcambre

Des hurlement stridents, dignes des plus viles banshee, de l'enfant ébranlé, témoin du plus atroce des drames, le son oh combien de fois ouït de chairs qui s'effritent, de fer sombre qui s'oxyde jusqu'à tomber en poussière à nos pieds, puis, porté par un courant d'air pourtant improbable dans ce couloir clos, ce dernier vestige de l'âme du défunt souillé par le pêché, désormais libre de ses entraves, prêt à entamer son ultime voyage vers le purgatoire, à obtenir le pardon pour n'être devenu rien de plus qu'une arme sanguinaire aux mains des hérauts de la fin des temps, pétris d'orgueil au point de désirer détruire de leurs mains la création de Dieu.

Seigneur, qu'ils me faisaient pitié.

L'amour que portaient ceux qui leur ont fait don de leurs corps n'était qu'un cadeau empoisonné, une arme à double tranchant qui ne put sauver leurs vies d'un terrible destin, mais qui pourtant se révélait assez intense pour passer outre le fin voile qui sépare les vivants des âmes des morts, rappeler dans notre monde les martyrs qui n'avaient guère demander à fouler de nouveau ces terres. La haine qu'ils éprouvaient alors pour leurs amis, leur famille et leurs amants ne pouvait qu'être égale à la souffrance qu'ils devaient ressentir, emprisonné dans cette carcasse de métal. Un sort funeste, pire encore que celui qui les sépara de ceux qui semblaient prêts à tout pour entendre une dernière fois leurs voix.

Au fond, cette résurrection impie n'était rien de moins que la plus accablante forme d'égoïsme qu'il m'ait était donné d'observer de mes propres yeux. Ces fous qui prenaient pour acquis le droit de vie et de mort, pourtant bien loin des prérogatives des mortels, sous les conseils du Diable lui même, ne pouvaient que faire preuve d'inconscience et de suffisance, et quand bien même ils ne semblaient nullement s'en apercevoir, ces deux sacrilèges constituaient les derniers actes que les enveloppes charnelles des akumas accomplissaient de leur vie d'êtres humains, peu de temps avant d'être précipité dans les limbes.

Nous ne pouvions alors qu’espérer que le Très Haut puisse leur accorder le pardon.

Mais ces mots, je ne pouvais les prononcer, et je pouvais moins encore me permettre de juger ceux qui ne pouvaient envisager la suite de leur existence sans la présence des disparus à leurs côtés. A leur place, dans leur situation, comment aurais je donc réagi ? Si l'on m'aurait permit de revoir, ne serait ce qu'un court instant, ceux qui désormais arpente un bien meilleur monde, qu'aurais je donc fait ? Aurais je résisté à la tentation de leur sourire une dernière fois, de les prendre dans mes bras, d'implorer leur pardon pour n'avoir su les protéger ? Athalie, Logan, Lelianna … Et si Roisin, Aon, Lisette ou même Akane tombaient un jour sous les balles, que ne donnerais je pas pour les faire revenir à mes côtés ? Et eux, souffriraient ils de ma perte, accepteraient ils ainsi l'offre du Faiseur ?

La réponse à cette question m'effrayait, trop pour que je puisse la garder en esprit, mieux valait tout simplement la laisser se dissiper, et penser à autre chose.

Heureux hasard, la voix de ma jeune compagne me tira de mes pensées, son regard vaillant emplit de questions silencieuses levé jusqu'à fixer mes prunelles. Sa voix d'enfant, trop douce pour avoir sa place sur un champ de bataille, emplit le corridor et, pendant cet instant, ses préoccupations auxquelles je me devais de mettre un terme, devinrent mes premières priorités, bien davantage que cette étrange mission qui nous emporta dans cet univers d'encre et de papier.

« Ils se dissimulent en revêtant la peau de ceux qu'ils traquent, si bien que personne ne peut discerner l'un de ces démons d'un être humain ordinaire. »

Un soupir traversa la barrière de ma lippe, et je ne pus que secouer la tête sous la réminiscence d'un souvenir douloureux. Ils pouvaient tout autant apparaître sous l'apparence d'un nourrisson dans les bras de sa génitrice que celle d'une vieille femme accompagnée de l'ensemble de sa famille. Et l'apostolat qui nous échût nous pousse à démasquer leur imposture, et ce devant tous témoins si il le faut … Peu importait les traumatismes que cela pouvait causer, au final, du moment qu'ils pouvaient tous demeurer en vie.

« En réalité, un homme que tu as rencontré la veille peut aisément devenir un akuma le lendemain, nous n'avons aucun moyen de le savoir, ni même de nous en rendre compte. »


Un sourire transcenda mes lèvres, mais il ne laissait apparaître aucune joie sur mon visage, simplement de la résignation. Pour sauver l'humanité, il fallait garder cette vérité en tête : Il n'y a plus rien d'humain dans ces armes organiques, si ce n'est l'âme meurtrie qui enclenche ces mécanismes dans l'unique attente d'être enfin libérée de ses tourments.

« Seules deux d'entre nous, à ma connaissance peuvent outrepasser ce camouflage, Allen Walker, et ma fian... mon ancienne maréchale, Akane Ushiromiya. »

Je les enviais, eux pouvaient distinguer le bien du mal dans ce monde de noir et de blanc. Tout ce que nous pouvions voir se résumait à  ce qu'observe le commun des mortels, des nuances plus ou moins prononcées de gris, et lorsque l'un d'eux transparaît sous les traits d'un enfant, nous ne pouvons que penser à la mère qui dut mettre un terme à ses jours pour endosser son enveloppe charnel. Mettre fin a l'existence du propre fruit de ses entrailles.

« Je ne dis pas ça pour t'effrayer, bien sûr, simplement pour t'inciter à rester sur tes gardes … Il n'est pas aisé de ne se fier qu'à ses coéquipiers … de se mefier de tout le monde, mais on fini par s'y faire … Nous serons tous présents pour t'aider, après tout ... »


Il m'apparaissait tout à coup plus que jamais qu'une société assez ruinée moralement pour placer sa conservation sur les épaules d'enfants méritait bien difficilement le droit d'exister.

« … Tu ne trouves pas ça normal de s'inquiéter pour sa famille ? »


C'est en me remettant à marcher, en l'incitant à me suivre, que de nouveaux souvenirs vinrent s'excaver du plus profond du sombre brouillard hantant ma mémoire. De ceux que j'aurais souhaité oublié pour l'horreur et la tristesse qu'ils m'ont apportés, mais que je me refusais de laisser s'effacer, pour garder vivante la promesse de ne plus jamais laisser de tels evenements se reproduire un jour, dussé-je y laisser la vie.

« Aon a beau être plus vieux que moi, ça ne m'a pas empêché de le suivre sur le lieu de l'une de ses missions sans prévenir qui que ce soit pour veiller sur lui, idem pour Akane que je suivrais jusqu'au bout du monde si il le faut. Et si il faut que je prenne des coups à ta place, je n'hésiterais pas. »

Et c'est avec un sourire, un véritable cette fois, que je mis un point final à mon trop long discours.

« C'est le rôle d'un grand frère que de veiller sur tout le monde, alors je n'ai pas vraiment le choix, quand bien même j'oserais m'en plaindre. »



HRP : Je crois que je ne m'excuserais jamais assez pour le temps que j'ai mit à te répondre, et pour la qualité de ce post (je reprends donc je suis rouillé, désolé et promis, je répondrais beauuuucoup plus vite à l'avenir)

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MessageSujet: Re: Bedtime Stories - with Lisette Delcambre Mer 10 Fév - 12:11




Les épidermes d'acier se déchirèrent en plaies niellées. Vacarme de guerre, ire des mortiers se graissant du sang de leurs victimes, oint morbide et toxique, leur lamento avait pourtant cessé que Lisette en gardait des frissons imprimés sur la surface devenue granuleuse de son échine. Les visages exsangues, au perceptible fard ocellé, flottaient encore de leur danse macabre dans l'ombre de ses rétines – à cette partie connectée à la mémoire, rembobinant les réalités ou jouant des spectres pour amplifier les souvenances de frayeur. Ces silhouettes d'Erèbe hideuses contractaient son myocarde d'une peur ineffable, lui faisant constater, pour une fois première, toute la grandeur de son insignifiance.  

Les échelles n'accordaient de réelles mesures en temps troubles. Sinon pourquoi se retrouverait-elle alourdie de ce rosaire ? La congrégation et l'humanité ne pouvaient se permettre de laisser à l'enfance le goût qu'il avait, cette saveur de sucre, s'affadissant de plus en plus aux flots des larmes versées en cachette. Comme s'il y avait une honte dans ces ténèbres où l'on apprécie de disparaître. C'était la planque facile, si illusoirement confortable, l'intervalle entre les quintes. Un refuge commun aux consciences à l'isolement profitable. La pensée se reconstruisait toujours après les traînes lacrymales.

Ne disait-on pas qu'après la pluie s'en suivait l'éclaircit ? Puiser toute l'eau de son corps en purifiait la réflexion. L'azur de ses yeux ne glisserait pas sur ses pommettes. Pas dans ce présent ci, où la lumière de Scott Nihil estompait à elle seule le brouillard des peurs.

Il les avait si bien perçu ces craintes nées de leur méconnaissance la plus abstraite. Celles qui brouillent, bouillent, les élans que le bon sens peut donner, et dont toute la petitesse de son expérience de vie s'abreuvait. Il résistait des monstres et des abysses fangeux, l'envers d'un imaginaire persistant, vivifié de coloris criards, de paysages sublimes, les deux mondes contrastaient pour mieux se compléter, fragiles écrins à un esprit juvénile.

Jolie fantaisie broyée dans un maëlstrom de questions muettes trouvant leurs réponses dans la considération à laquelle Scott s'appliquait de rétorquer à l'enfant.

Douce Lisette. Elle les plaignait ces âmes intestines à leur écorchoir, d'une vigueur égale à toute la peur pouvant remuer ses viscères. Ces parfaits simulacres d'humains, arrachés comme une moitié d'Orphé aux enfers, incarnaient les bourreaux de leurs pairs anciens. Les singeant dans leurs actes d'existence pour ricaner de leur naïveté au moment où les barillets irradiant leurs chairs flétrissantes du poison. Faméliques de mort, machines à tuer, et le dégoût ultime de rattacher à ces maques la possibilité de faciès familiers. Serait-elle capable du coup de grâce, si ces destinées mêlées à la sienne venaient à se mailler ? La perspective d'affliger un second trépas à ceux qui, dans un jugement égoïste et affectif, le méritait le moins, lui était inique. Quand bien même cette infamie d'ordinaire pourrait muer en geste d'amour, qu'elle ne parviendrait à y donner cette définition.

Si jamais son innocence venait à défigurer les visages diabolisés de leur réalité vétuste, et elle en était certaine, la souffrance la tirerait au plus bas. Et elle aurait l'impression de mourir à son tour, happée par la plus puissante vacuité souterraine, où la notion de vide comble les vérités les plus désagréables à endurer.

La mosaïque de ces Êtres chéris était vaste. Elle gagnait en couleurs et en espace dans le torrent des jours. A l'essence de ses parents portés encore aux nues, avec toute la véhémence de l'amour que le sang générationnel pouvait surmonter, se tissait d'autres vies toutes aussi inestimables. La congrégation recelait des auras magnifiques, les plus belles facettes humaines, dont la lumière engloutissait le quotidien de cette bataille ridicule. Elle les aimait, les adorait ces soldats au monde, luttant chacun à leur façon contre le malin. Ils avaient estompé les orages de cette période où l'action de penser était à elle seule un précipice. Et pour cela, elle ne cesserait jamais de brandir son affection, l'humeur de ses sourires, dans le remerciement ultime qui en resterait un toute son existence.

Elle serait peut-être systolique leur espérance, mais la solidité de leurs liens pouvait bien retenir un temps les aiguilles des horloges.      

Ses grands yeux transparents figés vers son aîné, Lisette s'abreuvait depuis un instant déjà de ses paroles. Les mots agissaient en élixir de népenthèse, puisque ses vieux démons d'angoisses s'assoupissaient pour éveiller une trêve à ce relâchement palpable.  

La lucidité regagnée, elle pouvait enfin lui transmettre la virulence de sa sensibilité la plus vive.

« Si. Et c'est même une inquiétude très saine en un sens... » Les cordes vocales reprenaient leur chant de ce petit éclat ingénu émergeant en crescendo. « Elle est la preuve de ce qui nous unit. Je suis heureuse de pouvoir également appliquer ce mot à la congrégation : Famille. » Sous ces vocables suintaient indirectement quelques fragments de son histoire qui s'obstinaient jusqu'alors dans la pudeur de son timbre. Si certains camarades orphelins trouvaient un foyer de substitution dans l'ordre noire, sa demeure première figurait le domaine de Delcambre. Cette nostalgie avait une telle douceur qu'elle se surprenait du réconfort des souvenirs. Les bras tendres de père et mère ne dessinaient plus ce cercle protecteur mais elle espérait en retrouver la tiédeur un jour, dans l'attente parfois insurmontable.

Sans  en débouter leur place sa nouvelle fratrie la berçait d'un amour jumeau, impactant, réciproque, qu'elle cueillait de ses risettes. Et Scott s'imbriquait à toutes ces figures chérissables avec son reflet fraternel. Frère qu'elle ne remercierait jamais assez pour l’énonciation de toutes les vérités précédemment dites. Elles étaient horrifiques, épouvantables mais réalistes. Ces explications avaient été prononcées sans amoindrissement pénible pour son statut d'enfant, d'une lucidité appelant à sa propre vigilance. Pour cette estime, Lisette en tirait une joie immense. Une lueur supplémentaire à chasser les abîmes.  

« Scott, je te remercie. » Sourire stellaire. Sa parole rattrapait ses sentiments. La réplique était brève mais égalait bien des discours. L'azurin de ses iris contrebalançait son obscurité vaporeuse par un nouveau scintillement de confiance, d'espoir et de peine abolie à la racine.

Lisette mêla ses pas à ceux de son confrère, allégés tel que pouvait l'être son cœur extrait de doutes. Peu importait que ces rixes ne soient que des laudes.

Elle ne serait jamais esseulée. Plus jamais.

« Vous m'êtes tous précieux. Et je me rends bien compte du bonheur que j'ai à vous connaître. Comme si la vie en était plus belle. »

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